Québec remboursera 75% des billets perdus en culture

La mesure est offerte partout au Québec — même là où les salles sont ouvertes —, avec une compensation adaptée au taux d’occupation.
Photo: Cirque du Soleil La mesure est offerte partout au Québec — même là où les salles sont ouvertes —, avec une compensation adaptée au taux d’occupation.

Payer 75 % des pertes de revenus de billetterie causées par les mesures sanitaires : voilà l’essence du plan d’aide dévoilé vendredi par Québec pour aider les salles de spectacle à encaisser le coup des fermetures annoncées cette semaine. Un programme étalé sur six mois, et qui a été bien accueilli par le secteur.

Après avoir essuyé toute la semaine de vives critiques des organismes culturels et des artistes indignés de la décision de Québec de fermer les salles de cinéma et de spectacle en zone rouge, le premier ministre Legault a répété vendredi que le gouvernement n’avait « pas le choix ».

« Ça m’arrache le cœur d’être obligé de prendre la décision de fermer les salles, a-t-il dit en point de presse à Montréal. Mais il faut réduire les contacts sociaux, c’est une question de vie ou de mort. » Ainsi, « l’idée n’était pas de dire que les salles n’ont pas fait assez d’efforts, on va les fermer pour les punir, a-t-il affirmé. C’est de limiter les contacts sociaux. »

Et d’autres champs d’activités seront bientôt touchés par des mesures semblables, a-t-il affirmé en parlant d’une « situation vraiment critique » au Québec (1052 cas de plus en 24 heures). Tout indique ainsi que les sports d’équipe seront interdits en zone rouge — l’annonce à ce sujet devrait être faite lundi.

François Legault a autrement martelé vendredi un message qui a donné du fil à retordre au gouvernement cette semaine, mais dont il a simplifié les paramètres pour un maximum de clarté : « Restez dans votre bulle familiale. Et si vous allez jouer dehors, restez à deux mètres des autres personnes. »

50 millions

Le programme annoncé par M. Legault et la ministre de la Culture, Nathalie Roy, coûtera 50 millions et devrait bénéficier à quelque 500 organismes culturels qui présentent des spectacles québécois. Il s’ajoute au plan de relance de 400 millions dévoilé en juin.

Fait à noter : les salles de cinéma et les musées privés ne sont pas admissibles à ce programme (mais le sont au plan d’aide annoncé jeudi par Québec pour les petites entreprises). Concernant les premières, la ministre Roy a mentionné être en discussion pour trouver une autre forme d’aide (ce qu’a confirmé au Devoir l’Association des propriétaires de cinémas du Québec). Les musées recevront pour leur part une bonification de 23 % du soutien annuel accordé par Québec.

Le mécanisme prévu par Québec consiste à payer aux diffuseurs et aux producteurs de toute taille « 75 % des revenus de billetterie qui auraient été normalement touchés sans la pandémie ». La mesure est offerte partout au Québec — même là où les salles sont ouvertes —, avec une compensation adaptée au taux d’occupation.

Selon ce que le ministère expliquait vendredi, le calcul se fera sur une base comparative, en remontant trois ans en arrière et en faisant une moyenne. Par exemple : un théâtre qui vend habituellement pour 20 000 $ de billets en octobre pourra recevoir 75 % de cette somme.

« Pour avoir droit à cet argent, les diffuseurs et les producteurs devront nous donner l’assurance que les artistes, et tous les artisans, seront payés, jusqu’aux maquilleurs », a dit Mme Roy.

Celle-ci a invité ceux qui auraient abandonné des projets à les remettre sur la table. « On invite ceux qui n’avaient pas planifié de programmation à le faire, parce qu’on veut [les] payer pour qu’il y ait de la création » et des artistes qui travaillent, a-t-elle dit.

Pour avoir droit à cet argent, les diffuseurs et les producteurs devront nous donner l’assurance que les artistes, et tous les artisans, seront payés, jusqu’aux maquilleurs

 

Le programme sera en vigueur jusqu’au 31 mars 2021. Il ne faut pas y voir le signe que les salles resteront fermées jusque-là, a soutenu M. Legault, mais plutôt la reconnaissance qu’on ne peut pas redémarrer une programmation en un tournemain.

Bon accueil

L’annonce de Québec a été saluée vendredi par plusieurs intervenants du milieu culturel — malgré des questions qui restent en suspens, et des inquiétudes qui demeurent sévères.

« Les mécanismes prévus, en plus de compenser les pertes découlant des récentes annulations, visent à inciter au maintien et au développement de spectacles malgré l’incertitude qui plane et à faire en sorte que l’ensemble de l’écosystème en bénéficie », a souligné l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo).

L’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU) s’est dite satisfaite que le gouvernement « offre de l’aide aux diffuseurs de tout le Québec, et non pas seulement en zone rouge, et qu’il se soit engagé à verser cette aide [peu importe] que les spectacles puissent être diffusés ou non. »

L’Union des artistes (UDA), la Fédération nationale des communications et de la culture et la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec ont, d’une même voix, accueilli « favorablement » les mesures. « La ministre a bien saisi la détresse qui afflige les artistes, les créateurs, les professionnels et les artisans du milieu culturel », estime Sophie Prégent, présidente de l’UDA.

Au Partenariat du quartier des spectacles, la présidente du conseil d’administration, Monique Simard, a salué le fait que les mesures compensatoires soient prévues pour six mois, permettant au milieu de penser davantage « à long terme ». Le Conseil de la Culture de Québec estime pour sa part que « le milieu pourra reprendre son souffle et assurer une continuité de ses activités pour les prochains mois » avec ce plan.

Avec Caroline Montpetit et François Lévesque

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