Les risques de reconfinement bien réels

Le premier ministre, François Legault, a rejoint son ministre de la Santé et le directeur de santé publique au point de presse télévisé, mardi, pour demander aux Québécois de faire un effort supplémentaire pour éviter la multiplication des éclosions.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre, François Legault, a rejoint son ministre de la Santé et le directeur de santé publique au point de presse télévisé, mardi, pour demander aux Québécois de faire un effort supplémentaire pour éviter la multiplication des éclosions.

Quatre nouvelles régions du Québec ont été placées en « préalerte » mardi (zone jaune) et certaines pourraient bientôt atteindre le niveau d’« alerte modérée ». Jugeant la situation « critique », le gouvernement Legault a encore une fois appelé les citoyens à se montrer plus responsables, en limitant les rassemblements privés et en respectant les mesures de santé publique.

« Il y a un vrai risque de deuxième vague, une vague assez forte pour qu’on soit obligés de recommencer à confiner les Québécois. On ne veut pas ça », a déclaré le premier ministre, François Legault, en conférence de presse à Québec mardi, aux côtés du ministre de la Santé, Christian Dubé, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

Estimant la situation « critique et inquiétante », le premier ministre a lancé un « appel à la solidarité » et demandé aux Québécois de limiter « les partys de famille ou les partys d’amis », responsables de la transmission communautaire qui s’accélère ces dernières semaines. « Si le virus continue de se propager à ce rythme-là, on risque d’avoir des personnes qui vont occuper des lits d’hôpitaux, des personnes qui vont éventuellement mourir. On risque aussi d’engorger les hôpitaux, et des personnes vont voir leur chirurgie être reportée », a dit M. Legault.

Près de 300 nouveaux cas ont été enregistrés mardi — un record depuis le mois de juin —, poussant le gouvernement à placer les régions de Montréal, de la Montérégie, du Bas-Saint-Laurent et de Chaudière-Appalaches en zone jaune « préalerte », le niveau 2 du système d’alertes régionales à quatre paliers adopté par Québec.

Ces régions s’ajoutent à celles de la Capitale-Nationale, de l’Estrie, de l’Outaouais et de Laval, qui étaient déjà en « préalerte » depuis la semaine dernière. Au total, huit régions sur 18 ont présentement atteint ce niveau, ce qui représente 75 % de la population.

Les citoyens situés en zone jaune doivent s’attendre à davantage d’inspections et à une vigilance accrue des policiers pour faire respecter les directives de santé publique, telles que le port du masque, la distanciation physique et la limitation de personnes dans les rassemblements.

Vers le orange

Si aucune région n’est passée en zone orange, soit « l’alerte modérée », certaines pourraient l’atteindre très bientôt, croit le gouvernement, qui dit surveiller de près les régions de Québec et du Bas-Saint-Laurent.

« C’est sûr qu’on va avoir du orange sous peu », a déclaré le Dr Horacio Arruda, suppliant les Québécois de respecter les mesures afin d’aplatir de nouveau la courbe des contaminations. « C’est la vie et l’économie d’un peuple qui risqueraient encore d’être amochées. On n’a pas le goût de jouer dans ce film-là. »

À ce palier d’alerte, les restrictions augmenteront. On parle de fermeture des bars et des salles à manger dans les restaurants, qui devront se limiter aux commandes à emporter. Le nombre de personnes autorisées dans les rassemblements publics passera de 250 à 50 et de 10 à 6 dans les résidences privées.

 

« Les partys privés, c’est notre plus gros problème », a souligné pour sa part M. Dubé. Il a donné comme exemple un rassemblement de 17 personnes dans un restaurant en Montérégie qui est à l’origine d’au moins 31 cas. « On va devoir faire le dépistage de 330 clients qui sont inscrits au registre de ce restaurant-là. Alors, imaginez-vous la charge de travail pour les gens de la Santé publique de contacter tout ce monde-là. Et malheureusement, il y a des gens qui ne répondent même pas aux appels », déplore-t-il.

Le ministre de la Santé a ainsi annoncé l’interdiction de la vente de nourriture après minuit dans les bars, une tactique utilisée dans certains établissements pour poursuivre la vente d’alcool, propice aux rapprochements.

Dans le Bas-Saint-Laurent, plusieurs fêtes privées et des regroupements dans des bars ont également mené à une explosion des contaminations. Dans les 48 dernières heures, la région a enregistré 40 nouveaux cas, dont 30 reliés à des rassemblements privés.

Plusieurs personnes n’ont également pas respecté leur isolement, ce qui a aggravé la situation, selon le directeur de santé publique du Bas-Saint-Laurent, Sylvain Leduc, qui a commenté la situation plus tard dans la journée. Il n’a pas exclu d’avoir recours à des mesures légales pour freiner la propagation du virus. « Si jamais des ordonnances légales sont nécessaires pour faire respecter des isolements, on va le faire. »

À Montréal, les rassemblements privés causent aussi des maux de tête aux autorités, qui ont récemment constaté des éclosions à la suite de deux mariages et d’une fête d’adolescents. La métropole a enregistré 96 nouveaux cas dans les 24 dernières heures, contre 36 la veille.

Masque obligatoire

Par ailleurs, M. Dubé a annoncé que le port du masque sera désormais obligatoire dans les espaces communs, les corridors et les ascenseurs des résidences pour aînés. Plusieurs éclosions se sont déclarées dans ce type d’établissement dernièrement, notamment dans la région de Chaudière-Appalaches, où une coiffeuse infectée sans le savoir s’est rendue dans six milieux différents pour coiffer des aînés. Une fois le virus entre les murs, il s’est propagé à la vitesse grand V.

Pour le Regroupement québécois des résidences privées pour aînés, il s’agit toutefois d’une mesure « démesurée », qui ne tient pas compte du niveau d’alerte de chaque région. « Ce n’est pas modulé, note son président-directeur général, Yves Desjardins. On a des zones vertes, des zones jaunes. On en demande beaucoup aux aînés. »

Il se demande surtout comment cette mesure pourra être mise en application de façon rigoureuse alors que le personnel manque. « On n’a pas un employé tous les 20 pieds pour vérifier si les aînés le portent, dit-il. Les gens atteints de déficit cognitif, c’est extrêmement difficile de leur faire comprendre les mesures. »

Avec Jeanne Corriveau et Marie-Eve Cousineau

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2 commentaires
  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 16 septembre 2020 11 h 35

    Parfois, un peu de répression a meilleur goût

    Il y a 50 ans, en pleine crise d’octobre, les policiers ont obtenu tous les droits.

    Pendant cette crise: un seul mort, Pierre Laporte.

    L’arbitraire policier le plus absolu était au rendez-vous de l’histoire.

    On arrêtait, perquisitionnait et enquiquinait ad libitum.

    Nul ne voudrait revivre cela,

    Mais la crise actuelle entraîne des morts et des victimes, souvent très maganées.

    On sait que dans l’ensemble ce sont surtout, mais pas exclusivement, des jeunes qui posent problème, des jeunes souvent mal éduqués par une génération de parents minables, éduqués par leur progéniture, progéniture non éduquée.

    Il ne s’agit pas de trop généraliser, mais sauf erreur les faits sont là, éloquents, loquaces.

    Certains jeunes veulent vivre leur jeunesse, ce que je comprends.

    MAIS moi qui suis âgé de 77 ans, je veux vivre mes dernières années sans attraper le fameux virus.

    Nul ne souhaite vivre dans une société policière. Cela existe.

    Mais vivre dans une société légèrement policé, sans que ça devienne permanent, pourquoi pas?

    Legault, comme Trudeau, craint ces jeunes qui pourraient ne peut-être pas voter pour lui.

    La lâcheté, ça suffit. Il faut sortir les dents et mordre.

    Nous n’allons pas reprendre le confinement, à cause d’écervelés et écervelées irresponsables.

    Il faut y penser.

    JSB, sociologue

  • André Nickell - Inscrit 16 septembre 2020 12 h 13

    Comment obtient-on les chiffres sur les nouveaux cas?

    J'aimerais bien savoir comment le gouvernement obtient ces chiffres sur les nouveau cas quotitiens de Covid-10.