La survie du français passe par l’État québécois, soutient Simon Jolin-Barrette

À mi-mandat, Simon Jolin-Barrette peut s’enorgueillir d’avoir mené plusieurs réformes controversées promises par la CAQ lors de la dernière campagne électorale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À mi-mandat, Simon Jolin-Barrette peut s’enorgueillir d’avoir mené plusieurs réformes controversées promises par la CAQ lors de la dernière campagne électorale.

Le ministre Simon Jolin-Barrette a mis au point un plan qui, selon lui, assurera la survie linguistique et culturelle de la nation québécoise dans le Canada. Il attend le feu vert du premier ministre François Legault pour le dévoiler.

L’élu de 33 ans entend faire mentir les indépendantistes selon qui la langue française peut s’épanouir seulement dans un « Québec pays ». « Le Québec a les compétences nécessaires pour agir en matière linguistique », affirme-t-il dans un entretien avec Le Devoir. « Ce n’est pas parce que le Parti libéral n’a pas agi pendant 15 ans, n’a pas défendu […] la langue française que l’État québécois n’est pas en mesure de le faire », ajoute-t-il à l’approche de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.

Quarante-trois ans après l’adoption de la « loi 101 », l’État québécois peut imposer de nouvelles mesures visant à protéger le français des assauts de l’anglais, et ce, sans transgresser la Charte canadienne des droits et libertés, soutient-il, tout en repoussant l’idée qu’il puisse de nouveau recourir à la disposition de dérogation. « La langue française est un fondement de l’identité québécoise. On doit s’assurer de la protéger, de la préserver. Je crois que les tribunaux sont extrêmement sensibles à ça »,déclare l’élu, qui a été gratifié du titre de procureur général du Québec en juin dernier.

À la mi-août, Simon Jolin-Barrette avait promis aux partis d’opposition de présenter un plan d’action « costaud » dans les semaines suivantes. Pourtant, le premier ministre, François Legault, n’a dit mot du projet du ministre responsable de la Langue française lorsqu’il a présenté les priorités de son gouvernement — la lutte contre la COVID-19 et la relance de l’activité économique — vendredi dernier.

« L’ensemble du gouvernement est préoccupé par la situation du français au Québec. On s’est engagés à agir. On va agir au cours des prochaines semaines », continue d’affirmer Simon Jolin-Barrette — qui est assigné àdomicile par la Santé publique jusqu’à mercredi. « Les mois sont composés de semaines, les années aussi », souligne-t-il.

Le député de Borduas dit observer « un appétit [de] pas mal tout le monde aujourd’hui [pour] des mesures importantes » afin d’assurer que le français soit la « langue commune » et, par conséquent, la « langue d’intégration » et la « langue de travail ».

« Combatif » face au statu quo

Malgré les chutes, Simon Jolin-Barrette promet de continuer à courir et à étourdir. « Lorsqu’on est en politique, on est là pour amener des changements », souligne l’homme décrit comme « le plus nationaliste » des caquistes par le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

À mi-mandat, Simon Jolin-Barrette peut s’enorgueillir d’avoir mené plusieurs réformes controversées promises par la Coalition avenir Québec lors de la dernière campagne électorale : adoption d’une loi sur la laïcité de l’État québécois, « fait » ; abaissement des seuils d’immigration, « fait » ; implantation d’une évaluation sur les valeurs québécoises « fait »… Il gouverne comme s’il n’y avait pas de lendemain.

La contestation n’était pas parvenue à le freiner jusqu’à ce qu’il présente, il y a près d’un an, un règlement resserrant l’accès au Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui permet à des étudiants internationaux et à des travailleurs étrangers d’obtenir leur certificat de sélection du Québec (CSQ) et, par ricochet, leur résidence permanente du Canada de façon accélérée. « J’ai eu certaines difficultés au mois de novembre dernier », dit-il du bout des lèvres.

La réforme du PEQ faisait unanimité contre elle. La « Liste des domaines de formation admissibles au PEQ », sur laquelle figurait le programme de « sciences domestiques » qui visait jadis à maintenir les femmes dansleurs rôles de ménagère, de mère et d’épouse, avait poussé le premier ministre, embarrassé, à renvoyer Simon Jolin-Barrette à sa table à dessin. Le ministre hyperactif s’affaire toujours aujourd’hui à dissiper l’impression qu’il a bâclé la réforme du PEQ. « Ça n’a pas été écrit sur le coin d’une table. D’ailleurs, vous voyez la table, il n’y a pas de coin », lance-t-il, dans une salle de conférences du palais de justice de Montréal.

Durant l’élaboration de son plan d’action « global » visant à renforcer la présence du français au Québec, Simon Jolin-Barrette a sollicité l’avis de dizaines de personnes, y compris celui du coauteur de la Charte québécoise de la langue française Guy Rocher. « Lorsqu’on fait bien le travail, on consulte, puis c’est ce que je fais, lance le ministre. Je consulte beaucoup. »

Ceux qui croient qu’il s’effacera derrière son titre de ministre de la Justice se trompent. « Il y a énormément de travail à faire au ministère de la Justice », indique-t-il. L’avocat entend parachever le virage informatique de la justice entrepris par sa prédécesseure libérale, Stéphanie Vallée, au coût de quelque 500 millions de dollars sur cinq ans, d’ici 2023. « La pandémie a devancé certaines choses. Nécessité fait loi », mentionne-t-il.

Simon Jolin-Barrette dit avoir tiré quelques leçons depuis son entrée au Conseil des ministres, le 18 octobre 2018. Il reconnaît avoir notamment sous-estimé les « efforts » à consentir pour changer les choses lorsqu’il se trouvait dans l’opposition, de 2014 à 2018. « Il faut travailler extrêmement fort pour mettre en place les réformes qu’on veut. […] Ça peut paraîtresimple de dire : “Il y a ça, ça et ça à changer !” Mais, c’est plus complexe que ça. La complexité — je vous dirais même la lourdeur, parfois — à laquelle il faut faire face pour effectuer les changements, peut-être que j’avais sous-estimé ça », souligne le leader parlementaire du gouvernement. « Il faut redoubler d’efforts pour mener nos dossiers, et être combatif aussi », conclut-il.

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