Québec solidaire change de stratégie

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois
Photo: Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois

Québec solidaire (QS) a choisi de revoir ses priorités face à la crise causée par la pandémie. Près de 200 délégués réunis en conseil national extraordinaire — et virtuel — ont accepté samedi d’abandonner la campagne « Ultimatum 2020 », dont le but était d’exiger un plan d’action crédible de lutte contre les changements climatiques, pour demander aux dirigeants du parti de proposer un plan pour une relance « juste et verte » face à la crise.

« Ils nous ont donné un mandat ambitieux, comme toujours, de créer un plan d’urgence pour remettre le Québec sur les rails », a réagi la co-porte-parole solidaire, Manon Massé, en point de presse à l’issue de la rencontre.

« Écoutez, on peut vous confirmer dès maintenant qu’il n’y aura pas de blocage parlementaire, a-t-elle ajouté. Nos membres ont rejeté cette approche-là, mais par contre, nous avons trois grandes priorités qui, elles, pourront guider tant l’aile parlementaire que tout le travail [sur le] terrain qu’ils nous ont aussi invités à faire. »

Les délégués ont accepté d’orienter le message du parti autour des trois priorités qui leur avaient été proposées : la défense des services publics, la transition écologique et la lutte contre les inégalités. Ils ont toutefois demandé à leurs élus de mobiliser la population autour de mesures concrètes qui pourraient être immédiatement réalisées par le gouvernement du Québec et d’accorder une place équivalente aux enjeux des régions rurales et à ceux des grands centres urbains.

Le premier jalon de cette nouvelle action politique sera le dépôt d’un projet de loi lors de la rentrée parlementaire, mardi, pour instaurer Pharma-Québec, une nouvelle société d’État dont le mandat serait d’assurer l’autosuffisance médicale du Québec. « S’il fallait prendre un seul exemple d’un projet solidaire de longue date dont la pandémie a démontré l’absolue nécessité, c’est bien celui-là », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du parti, dans son discours aux militants. Il s’agissait d’une des promesses de QS lors de la dernière campagne électorale, en 2018.

M. Nadeau-Dubois a rappelé que le projet, d’abord évoqué par l’ex-co-porte-parole du parti Amir Khadir, n’était alors pas pris au sérieux. « La réalité a éclaté au visage de nos détracteurs au printemps dernier, a-t-il dit. Dix ans plus tard, où étaient tous ces gens-là quand le Québec s’est mis à manquer de masques, de blouses, de gants ? Ils étaient où, ces gens-là, quand, au Québec, on a frôlé, en fait, une pénurie de médicaments dans nos hôpitaux ? »

Il a avancé qu’une telle société d’État, vouée à l’achat de médicaments et à la recherche, au développement et à la production de médicaments génériques, pourrait générer des économies de 2 milliards de dollars par année au Québec. « C’est beaucoup d’argent qui, au lieu d’aller enrichir les grandes compagnies pharmaceutiques, resterait au Québec et avec lequel on pourrait financer nos services publics, notamment notre réseau de la santé », a-t-il affirmé en point de presse.

Militants critiques

Quelques heures plus tôt, les dirigeants de QS avaient essuyé les critiques des membres du parti pour avoir manqué de fermeté à l’égard du gouvernement Legault durant la pandémie. « La première personne que j’ai entendue se ranger complètement derrière [le premier ministre, François] Legault, c’est [la co-porte-parole de QS] Mme Massé et ça m’a profondément choqué », a déclaré le militant Julien Daigneault.

« On a 24 000 membres, je suis persuadé qu’on a plus d’imagination que ça ! […] Est-ce qu’on va avoir une attitude plus agressive par rapport à la catastrophe de gestion de la Coalition avenir Québec ? » a-t-il poursuivi.

Plusieurs ont fait écho à ces propos, parfois en étant très durs à l’endroit des députés. « Occasions ratées », « visibilité nulle », « absence des députés sur le terrain », les accusations ont fusé aussitôt les micros ouverts. Au plus fort de la crise de la COVID-19, les Québécois n’avaient d’yeux et d’oreilles que pour François Legault, qui multipliait les consignes de santé publique, a relevé Manon Massé.

« Nous avons été très gentils avec la CAQ, a déploré Molly Alexander. Je comprends qu’il y avait une crainte de mal paraître, mais en même temps, ça nous a pris du temps avant de réagir avec des propositions concrètes. »

Tant Manon Massé que Gabriel Nadeau-Dubois ont tenté de calmer le jeu en rappelant que les députés avaient défendu toutes sortes de causes, tant au parlement que dans leurs circonscriptions. La pandémie a toutefois rendu le travail difficile en raison de l’attention médiatique qui était accordée aux mesures du gouvernement Legault pour y faire face.

« En bout de ligne, je pense que nos autres membres ont convenu […] que nous avions pris la bonne posture, pas par manque de radicalité, au contraire, mais parce que quand la planète est en pandémie, bien peut-être qu’il faut que tu modères un peu tes transports », s’est défendu Manon Massé en point de presse.

La question environnementale demeure

Même s’il a mis de côté son « Ultimatum 2020 », QS souhaite continuer à inciter le gouvernement à adopter des politiques pour lutter contre les changements climatiques.

« La question climatique, la question environnementale, on va l’aborder dans un nouveau contexte, celui de la relance économique, a expliqué M. Nadeau-Dubois. Puis, on va mener le débat avec la Coalition avenir Québec : quel type de relance économique voulons-nous ? Est-ce qu’on veut une relance qui accélère la crise climatique ou qui la ralentit ? »

L’an dernier, QS avait donné jusqu’au 1er octobre 2020 au gouvernement Legault pour présenter un plan d’action crédible et efficace pour lutter contre les changements climatiques. S’il échouait au test, le gouvernement allait subir l’obstruction parlementaire systématique des solidaires, qui entendaient bien utiliser tous les moyens à leur disposition pour bloquer l’adoption de projets de loi et entraver les travaux.

Avec La Presse canadienne

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