Un chef humoriste ne passe pas pour Paul St-Pierre Plamondon

Le deuxième débat de la course s’est éloigné du thème de l’indépendance pour s’attarder à plusieurs sujets, dont certains soulevés par la pandémie de COVID-19.
Photo: Parti québécois Le deuxième débat de la course s’est éloigné du thème de l’indépendance pour s’attarder à plusieurs sujets, dont certains soulevés par la pandémie de COVID-19.

L’avocat Paul St-Pierre Plamondon a mis en doute mardi, lors du deuxième débat de la course à la direction du Parti québécois (PQ), la capacité de l’humoriste Guy Nantel à poursuivre sa carrière sur scène tout en aspirant à diriger le Québec. Une opinion partagée par le député Sylvain Gaudreault, mais pas par l’historien Frédéric Bastien. Les quatre aspirants à la succession de Jean-François Lisée se sont de nouveau affrontés mardi soir à Granby sur le thème de l’équité et de la justice.

Lors d’un échange sur la réponse du système de justice quant aux agressions sexuelles, M. St-Pierre Plamondon a fait allusion aux blagues que l’humoriste avait faites sur Alice Paquet, une jeune femme qui avait déclaré en 2016 avoir été agressée sexuellement par le député Gerry Sklavounos. « Je sais que comme humoriste, t’as souvent fait des blagues à propos de victimes présumées d’agression sexuelle, a-t-il rappelé. T’en as fait des blagues et t’as le droit, t’es humoriste à ce moment-là, mais si ton intention, c’est de faire des spectacles en 2021 et en même temps d’être chef du Parti québécois, comment vas-tu légiférer sur les agressions sexuelles et en même temps te permettre de faire des blagues sur ce sujet-là le soir dans le cadre d’un spectacle ? »

« Je te rappellerai ta visite au Patriote de Sainte-Agathe, où t’as attendu une demi-heure après mon spectacle pour me demander un autographe, puis pour avoir une photo avec moi… » a répondu M. Nantel avant de se faire interrompre par son adversaire qui a nié avoir demandé un autographe et une photo, mais a admis avoir apprécié le spectacle de l’humoriste qu’il avait vu ce soir-là. M. St-Pierre Plamondon a ensuite exigé une réponse à sa question.

« Je trouve ça un peu cheap de faire de la petite politique sur l’idée qu’il y a eu la COVID et que je suis tenu contractuellement — puis je l’ai expliqué à tout le monde — sinon j’ai une poursuite d’un quart de million de dollars si je ne termine pas des contrats qui étaient déjà prévus, a répliqué M. Nantel. Toi, je comprends que tu veux te faire du capital parce que les sondages ne sont pas très bons en ce moment, mais ce n’est pas la bonne façon de faire. »

Il a par la suite expliqué en point de presse devoir terminer 22 représentations qui ont été retardées par la pandémie. Sa tournée de spectacles qui chevauchait la course à la direction devait initialement se terminer juin.

Rares échanges corsés

En point de presse, Frédéric Bastien s’est montré plutôt compréhensif à l’égard de M. Nantel. « Moi, je pense que ce n’est vraiment pas une situation idéale, a-t-il reconnu. Cela dit, M. Nantel est vraiment “pogné” à cause de la COVID. Je pense que ce n’est pas de la mauvaise volonté de sa part. »

« Ça m’apparaît incompatible et ça m’apparaît une confusion des genres », a affirmé quant à lui Sylvain Gaudreault.

Ce moment a offert l’un des rares échanges corsés entre les quatre candidats qui aspirent à diriger le PQ. Le deuxième débat de la course s’est éloigné du thème de l’indépendance pour s’attarder à plusieurs sujets, dont certains soulevés par la pandémie de COVID-19. La formation politique avait essuyé les critiques il y a deux semaines au lendemain de son premier débat parce qu’il avait mené à des échanges sur la mécanique pour réaliser l’indépendance du Québec plutôt que sur la crise qui sévit depuis le mois de mars. Cette fois ils ont porté sur la santé, les services sociaux, les soins pour les aînés, l’économie, l’équité salariale et la justice.

Un sondage Léger effectué pour les journaux de Québecor et publié mardi indiquait que 21 % des mille répondants estimaient que Guy Nantel ferait le meilleur chef pour le Parti québécois, devant Sylvain Gaudreault, à 14 %. Paul St-Pierre Plamondon a récolté 6 % et Frédéric Bastien, 3 %, alors que 56 % des répondants ont indiqué ne pas savoir qui serait le meilleur. Parmi les militants péquistes, tous les candidats obtenaient davantage d’appuis à l’exception de M. Bastien.

La course à la direction du Parti québécois a repris le 5 juin après une pause de deux mois en raison de la pandémie. Le nom du prochain chef sera connu le 9 octobre. Le chef parlementaire, Pascal Bérubé, continuera d’assurer l’intérim d’ici là. Un autre débat est prévu le 22 septembre sur le thème du nationalisme, de la protection de l’environnement et du territoire. Pandémie oblige, seuls un membre de l’équipe de chaque candidat et les responsables de la diffusion du débat sur les réseaux sociaux étaient autorisés dans la salle mardi soir. L’ex-présidente du parti, Gabrielle Lemieux, assurait l’animation.

Pour la première fois, les non-membres pourront se prononcer sur le choix du prochain chef, pourvu qu’ils adhèrent aux grands principes du parti. Ils ont jusqu’à 17 h mercredi pour obtenir ce statut de sympathisant moyennant cinq dollars en s’inscrivant sur le site Internet du PQ. Ils seront ainsi considérés comme des « membres ponctuels » par Élections Québec et pourront prendre part à l’élection du prochain chef du parti indépendantiste. Les membres ont jusqu’au 18 septembre pour renouveler leur carte de membre.

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