Des cas de COVID-19 dans 47 écoles

Le ministre de la Santé avait d’abord indiqué que des cas de COVID-19 avaient été recensés dans une trentaine d’écoles, mais la liste publiée en fin de journée en contenait davantage: 47.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le ministre de la Santé avait d’abord indiqué que des cas de COVID-19 avaient été recensés dans une trentaine d’écoles, mais la liste publiée en fin de journée en contenait davantage: 47.

Une semaine après la rentrée, tout près de 50 écoles du Québec recensent au moins un cas de COVID-19, selon une première liste dévoilée vendredi par le gouvernement. Ce portrait attendu de pied ferme laisse sur leur faim des syndicats inquiets.

« Le gouvernement ne peut pas prétendre qu’il était prêt pour la rentrée alors qu’il a attendu au 4 septembre pour donner un portrait incomplet », lance Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« C’est un virus qui est potentiellement mortel et on fait comme si les choses peuvent se mettre en place au fur et à mesure. »

La liste dévoilée en fin de journée vendredi avait été annoncée plus tôt par le ministre de la Santé, Christian Dubé. En point de presse à Montréal, il avait alors évoqué une trentaine d’écoles touchées.

La recension concoctée par les ministères de la Santé et de l’Éducation en contient finalement 47, sur les quelque 3100 établissements d’enseignement du réseau scolaire — excluant les cégeps et les universités. Ces écoles se retrouvent dans différentes régions, dont Montréal (14), Québec (8), la Montérégie (8) et Laval (6).

Le nombre de cas précis par établissement reste inconnu. Idem à savoir si la personne infectée est un élève ou un employé. Seuls le nom de l’école, le centre de services dont elle relève et la date de divulgation du premier cas sont précisés.

Québec compte toutefois la semaine prochaine « bonifier » quotidiennement ce portrait « en identifiant les nouveaux cas rapportés au cours de la journée précédente », a-t-il indiqué dans un communiqué. Il promet aussi « prochainement » un tableau du nombre de nouveaux cas chez les élèves et les membres du personnel, « par région sociosanitaire, par centre de services scolaire et par école ». « D’autres données complémentaires y apparaîtront ultérieurement. »

Or, Sylvain Mallette, de la FAE, accuse le gouvernement de vouloir « minimiser » la situation en ce moment. Car la liste diffusée vendredi garde sous silence selon lui les chamboulements vécus dans plusieurs classes en raison des cas déclarés.

« Des élèves sont présentement confrontés à des bris de services éducatifs », relève-t-il. Il donne l’exemple de la polyvalente de Deux-Montagnes, dans les Laurentides, où six enseignants ont contracté la maladie et vingt autres sont toujours en isolement préventif.

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La FAE réclame un portrait qui détaille si, par exemple, un membre du personnel infecté est un enseignant ou un technicien — en préservant son anonymat —, et qui fait le suivi des tests et des quarantaines.

Le syndicat exige aussi de Québec la mise en place d’un mécanisme de dépistage accéléré dans les écoles. Il est sur le point de s'adresser à la Cour supérieure.

« Un père de famille préoccupé par la sécurité du personnel et des enfants avait réussi en quelques jours, dans son sous-sol, à faire plus et mieux que les ministères de la Santé et de l’Éducation réunis », commente de son côté la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Ethier, qui regroupe la Fédération des syndicats de l'enseignement.

Olivier Drouin, un Montréalais ayant deux filles au secondaire, a en effet créé un site Web pour recenser les établissements scolaires où ont eu lieu des éclosions. Il invitait les citoyens à lui soumettre anonymement les cas avérés.

Devant la presse, Christian Dubé s’est voulu rassurant quant à la situation dans les écoles depuis la rentrée, qu’il a qualifiée de « beau succès ».

Pour la plupart des établissements, il s'agit d'un cas isolé et non d’une éclosion, a-t-il assuré. À l’exception de la polyvalente de Deux-Montagnes et d’une autre éclosion de seulement deux cas au préscolaire, a précisé le Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal.

« On est capable d’éteindre nos petits feux de bosquet », s’est félicité le ministre Dubé, en référence au travail des enquêteurs de la santé publique.

« Prudence » pendant le long congé

Après les 187 cas recensés la veille, le bilan restait peu reluisant vendredi : 184 nouveaux cas de COVID-19 ont été rapportés. Le Québec a ainsi franchi le cap des 63 000 personnes infectées depuis le début de la pandémie.

« Ça fait deux jours aujourd’hui qu’on est au-dessus de 180 cas. Ça, pour moi, c’est un niveau d’alerte que je trouve important », a soutenu le ton grave vendredi le ministre de la Santé, Christian Dubé. Et selon lui, ce chiffre risque de continuer de monter dans les prochains jours

La province dépasse aussi pour une deuxième journée de suite le seuil de 20 cas par million d’habitants, que le ministre Dubé espérait fermement éviter.

Le virus circule surtout au sein de la population, lors d’activités sociales et familiales, a-t-il relevé. Pour preuve : à Laval, 14 des 17 convives d’un souper « entre amis » ont contracté la maladie. Le groupe pourrait s’exposer à des amendes pour ne pas avoir respecté la limite de 10 personnes rassemblées dans un lieu privé.

Le long week-end de la Fête du travail qui démarre — propice aux rassemblements — préoccupe le ministre Dubé. Celui-ci incite les Québécois à « redoubler de prudence ».

Il a notamment eu vent que des activités d’initiations au cégep et à l’université avaient été organisées. « Je demande très clairement aux responsables de ces party de les revoir, de les [annuler] », a-t-il insisté, voulant éviter un scénario comme celui du bar Kirouac à Québec (à l'origine d'au moins 58 cas).

« Surprenez-nous en fin de semaine », a lancé Christian Dubé, espérant avoir « des bonnes nouvelles » au sortir de ce congé sonnant la fin de l’été.

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