Québec pourrait élargir des autoroutes pour créer des voies réservées

Les autoroutes 25 (sur la photo), 13, 20 440 et 660 de même que la route 116 pourraient être dotées d'une voie réservée pour le covoiturage et les autobus dans les couronnes de Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les autoroutes 25 (sur la photo), 13, 20 440 et 660 de même que la route 116 pourraient être dotées d'une voie réservée pour le covoiturage et les autobus dans les couronnes de Montréal.

Québec promet d’aménager des voies réservées pour les autobus et le covoiturage sur six autoroutes du Grand Montréal sans retrancher de voies de circulation aux automobilistes. Pour y parvenir, le gouvernement pourrait devoir élargir certaines autoroutes.

De passage à Longueuil mercredi, le ministre des Transports, François Bonnardel, a annoncé en compagnie de sa collègue ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, le lancement d’un premier appel d’offres lié au projet de Réseau métropolitain de voies réservées (RMVR) pour la réalisation d’une étude d’opportunité. Le projet vise les autoroutes 13, 20, 25, 440 et 640 ainsi que la route 116 situées dans les banlieues nord et sud de Montréal.

Québec ne compte pas retirer de voies aux automobiles pour réaliser le projet. « Il n’est pas question pour moi de « vol de voies » — c’est le terme qu’on utilise au ministère des Transports. Moi, c’est un ajout de voies que je souhaite avoir », a-t-il expliqué.

Dans certains cas, le réaménagement des voies et l’utilisation d’un accotement pourraient permettre l’ajout d’une voie réservée, mais il pourrait être nécessaire de procéder à l’élargissement de l’autoroute si l’espace est insuffisant. « Ce sera du cas par cas pour chaque voie. Certains tronçons ne nécessiteront pas d’élargissement, mais des réaménagements. Certains oui. L’étude qui découle de l’appel d’offres permettra de statuer à cet effet », a précisé l’attachée de presse de la ministre Rouleau, Sarah Bigras.

Lutter contre l’auto solo

Le ministre Bonnardel croit que ces voies dédiées sauront convaincre les automobilistes d’abandonner l’auto solo. « Si l’automobiliste voit un véhicule en covoiturage qui file à 100 km / heure dans la voie réservée et que lui est pris dans le trafic à 60 km / heure, il va se dire qu’en termes de durée, il perd son temps dans son véhicule et qu’il est mieux de prendre le véhicule avec un collègue de travail », a-t-il avancé.

Le ministre espère que d’ici la fin de 2022, les travaux de plusieurs tronçons auront été lancés. D’ici cinq ans, ce sont donc quelque 200 kilomètres de voies réservées qui pourraient se déployer dans les couronnes nord et sud de Montréal.

François Bonnardel juge qu’il est prématuré d’estimer les coûts de ces projets. « Le dossier d’opportunité va nous permettre d’évaluer les besoins et les différentes solutions, de quelle façon on va mettre ces voies réservées en opération », a-t-il dit.

Ainsi, Québec veut d’abord déterminer quels véhicules seront autorisés sur ces voies, qu’il s’agisse d’autobus, de véhicules en covoiturage ou de véhicules verts. Le gouvernement envisage aussi une « gestion dynamique » de ces voies, ce qui permettrait par exemple d’ajouter à l’heure de pointe une voie supplémentaire pour le covoiturage. Le ministre a précisé que le modèle des voies réservées ne sera pas appliqué de manière « mur-à-mur » sur l’ensemble des autoroutes visées.

« Il y a 4,8 millions de véhicules immatriculés au Québec, s’il n’y a pas une tendance à la baisse dans les prochaines années, on aura peut-être échoué», a déclaré M. Bonnardel.

Directeur général de Vivre en ville, Christian Savard remet en doute de la stratégie gouvernementale. «Il y a beaucoup d’élargissements d’autoroutes qui se font sur le dos des voies réservées», dit-il.

Sur certaines autoroutes, le nombre d’autobus ne justifie pas une voie réservée, c’est pourquoi le gouvernement autorise le covoiturage avec un minimum de deux passagers et même les voitures électriques, rappelle-t-il. Mieux vaudrait privilégier le covoiturage avec un minimum de trois passagers sur les voies réservées pour avoir l’effet recherché car déjà, un quart des véhicules sur les autoroutes comptent deux passagers, signale-t-il.

Le transport collectif en crise

La pandémie de coronavirus et le télétravail ont plongé le transport collectif dans une crise financière majeure avec une baisse marquée de l’achalandage depuis les mois de mars dernier. François Bonnardel croit qu’un retour à la normale pourrait être possible d’ici un an, voire d’ici 18 mois.

D’ici là, les sociétés de transport de la région de Montréal chapeautées par l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) devront procéder à des compressions de plus de 400 millions sur trois ans.

Le ministre Bonnardel promet de bonifier l’aide consentie par le gouvernement aux sociétés de transport en difficulté. « Le premier 400 millions [déjà consenti] est une première étape pour financer et épauler les sociétés de transport. On travaille très fort, ma collègue Chantal [Rouleau] et moi avec l’équipe du ministère des Finances, pour s’assurer d’avoir les sommes additionnelles qui seront annoncées très bientôt, a-t-il assuré. Je suis conscient qu’avec un taux d’achalandage qui est d’à peine de 25 %, ou un peu plus, on ne voit pas la lumière avant la fin de 2021. »

Selon lui, avec le masque, le transport en commun est sécuritaire. C’est le message que doivent transmettre les employeurs à leurs travailleurs, particulièrement à Montréal, a-t-il souligné.

En attendant de connaître la décision du gouvernement, François Pepin, président de Trajectoire Québec, croit que les sociétés de transport ne pourront se permettre de réduire leurs services en 2021 et 2022 ou d’augmenter indûment les tarifs. «Si on veut ramener les gens dans le transport collectif, il faut garder un bon niveau de service, dit-il. Quand il y a une augmentation de service, il y a plus de gens qui l’utilisent. Mais quand il y a des coupures, comme en 2015, automatiquement, l’achalandage diminue».

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