Les aspirants chefs du Parti québécois défendent leur plan vers l’indépendance

Le débat a donné lieu à quelques attaques bien senties entre l’humoriste Guy Nantel, le député Sylvain Gaudreault, l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et l’historien Frédéric Bastien.
Photo: Parti québécois Le débat a donné lieu à quelques attaques bien senties entre l’humoriste Guy Nantel, le député Sylvain Gaudreault, l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et l’historien Frédéric Bastien.

Le premier débat de la course à la direction du Parti québécois (PQ) a donné lieu à quelques attaques bien senties entre l’humoriste Guy Nantel, le député Sylvain Gaudreault, l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et l’historien Frédéric Bastien. Les quatre aspirants à la succession de Jean-François Lisée ont croisé le fer mercredi soir à Granby sur le thème de l’indépendance.

L’échange le plus acrimonieux est survenu après 1 h 30 de débat lors d’une question sur la réputation de « chicaniers » des péquistes. « T’étais où pendant ces 15 années-là ? », a demandé Guy Nantel à Sylvain Gaudreault en lui reprochant de ne pas avoir suffisamment parlé de souveraineté depuis qu’il est député. « T’étais où avant de prendre ta carte il y a six mois ? », lui a rétorqué M. Gaudreault.

En conférence de presse après l’exercice, Guy Nantel a dit avoir eu l’impression d’avoir gagné le débat. Le ton de cet échange a déplu à Paul St-Pierre Plamondon qui a dit préférer avoir une approche constructive pour éviter les sempiternelles chicanes sur la souveraineté.

Durant la première partie du débat, M. Gaudreault n’avait pas tardé à s’en prendre au jeune candidat, dont le discours a changé depuis sa participation à la dernière course à la direction.

« En 2016, à la course, tu étais le moins pressé et, là, tu es le plus pressé aujourd’hui, a-t-il fait remarquer. Alors, moi, je me demande comment on peut se baser sur des méandres comme ça pour dire “on va avancer pour l’indépendance.” »

« Tu te souviendras, Sylvain, que ma position en 2016, c’était 2022 pour le référendum, et il n’y a juste pas de raisons de repousser ça vers l’avant, a répondu M. St-Pierre Plamondon du tac au tac. Et à tout le moins, moi, je ne me suis pas contredit dans le cadre de cette campagne-ci. » Il a accusé l’élu d’avoir changé de position sur la tenue rapide d’un référendum en début de course et de l’avoir changée par la suite.

Lors du lancement de sa campagne en novembre, Sylvain Gaudreault avait évité de se prononcer au sujet d’un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec. « Si c’était rien que de moi, on aurait le pays demain matin, mais ce n’est pas la situation dans l’ensemble de la population », avait-il dit en entrevue au Devoir. Le député de Jonquière s’engage maintenant à tenir un référendum durant un premier mandat majoritaire péquiste. Il répète qu’il veut faire du Québec le premier pays vert à faire son entrée à l’ONU.

Paul St-Pierre Plamondon promet une consultation populaire sur l’indépendance dans un premier mandat. Il propose une « commission Bélanger Campeau 2.0 » sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec durant les 100 premiers jours d’un gouvernement péquiste.

Deuxième mandat, dit Bastien

Frédéric Bastien reporte plutôt la tenue d’un référendum à un deuxième mandat. Il soutient qu’un gouvernement péquiste devrait utiliser un premier mandat majoritaire pour forcer des négociations constitutionnelles. « La meilleure défense, c’est l’attaque, a-t-il affirmé, parfois hésitant. Voilà pourquoi il faut rouvrir la constitution, et également pour obtenir plus de pouvoirs en immigration. »

« T’auras aucune crédibilité parce que t’essaies de recréer ce qu’il y avait juste avant le référendum de 1995, mais ce qui fait que la tension a monté en 1995, bien, c’était parce que c’était Robert Bourassa, c’étaient les libéraux qui étaient là, lui a reproché Guy Nantel. Mais là, tu vas avoir l’air d’un poulet qui s’en va négocier avec le colonel Sanders. Ça n’a aucune crédibilité. Tu le dis d’avance que tu ne signeras rien avec eux autres ! »

« Ce que je comprends, c’est que vous dites qu’il ne faut pas parler de constitution », a répliqué Frédéric Bastien en prenant soin de vouvoyer son adversaire. « Alors, c’est comme Jean Chrétien qui disait dans les années 1990 “le chômage, la Gaspésie, la constitution, ça ne lui dérange pas !” », s’est-il exclamé en imitant la voix de l’ex-premier ministre fédéral.

Guy Nantel mise quant à lui sur des « gestes de rupture » pour créer un État québécois dès la formation d’un gouvernement péquiste et se soustraire sans détour à la Charte canadienne des droits et libertés. Il ne tiendrait aucune réforme tant que l’indépendance ne serait pas réalisée. « Nommez-moi un seul peuple sur la Terre qui regrette sa souveraineté et qui revendique un retour à son statut de subordonné à un autre peuple, ça n’existe pas parce que la liberté, c’est bon pour tout le monde, et si c’est bon pour tout le monde, c’est bon aussi pour nous, les Québécois », a-t-il dit lors de son discours d’ouverture.

La course à la direction du Parti québécois a repris le 5 juin après une pause de deux mois en raison de la pandémie. Le nom du prochain chef sera connu le 9 octobre. Le chef parlementaire, Pascal Bérubé, continuera d’assurer l’intérim d’ici là. Deux autres débats sont prévus les 8 et 22 septembre, le premier sur le thème de l’équité et de la justice. Le deuxième portera sur le nationalisme, la protection de l’environnement et le territoire. Pandémie oblige, seuls un membre de l’équipe de chaque candidat et les responsables de la diffusion du débat sur les réseaux sociaux étaient autorisés dans la salle mercredi soir. L’ex-présidente du parti, Gabrielle Lemieux, assurait l’animation.

Pour la première fois, les non-membres pourront se prononcer sur le choix du prochain chef, pourvu qu’ils adhèrent aux grands principes du parti. Ils peuvent obtenir ce statut de sympathisant moyennant cinq dollars en s’inscrivant sur le site Internet du PQ d’ici au 9 septembre. Ils seront ainsi considérés comme des « membres ponctuels » par Élections Québec et pourront prendre part à l’élection du successeur de Jean-François Lisée à la tête du parti indépendantiste.

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