L’indépendance passe avant tout pour Guy Nantel

La plateforme de Guy Nantel, qui comprend près de 50 propositions, se concentre sur «la création d’un pays», mais aussi sur une «décentralisation» des pouvoirs vers les régions.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La plateforme de Guy Nantel, qui comprend près de 50 propositions, se concentre sur «la création d’un pays», mais aussi sur une «décentralisation» des pouvoirs vers les régions.

Le candidat à la direction du Parti québécois (PQ) Guy Nantel a dévoilé une plateforme électorale axée sur l’indépendance du Québec, promettant un référendum et une nouvelle Constitution dans ses deux premières années au pouvoir, s’il est élu.

« Je ne suis pas, à la limite, le candidat du Parti québécois, je suis le candidat de la souveraineté », a lancé l’humoriste de 51 ans devant ses militants et des journalistes mardi soir à Montréal.

De son propre aveu, gérer une province à l’intérieur du Canada ne l’intéresse pas. « Je ne ferai aucune grande réforme politique tant et aussi longtemps que la souveraineté n’aura pas eu lieu », a-t-il soutenu. Sa plateforme, qui comprend près de 50 propositions, se concentre sur « la création d’un pays », mais aussi sur une « décentralisation des pouvoirs » vers les régions.

Guy Nantel ne cache pas son empressement à réaliser l’indépendance. D’ici les élections de 2022, il compte sillonner les routes du Québec pour « expliquer » aux citoyens « les avantages » économiques, entre autres, de l’indépendance.

S’il est porté au pouvoir, un référendum aurait lieu dans la première moitié de son mandat. L’exercice, qu’il veut mener plus rapidement que ses rivaux péquistes, serait aussi l’occasion de sonder les Québécois sur leur nouvelle Constitution, « écrite par le peuple » au préalable.

Dans la première année de son éventuel gouvernement, une assemblée constituante serait chargée d’élaborer la « Constitution initiale du Québec », jetant les bases d’un futur pays. L’instance, qu’on promet paritaire et diversifiée, aborderait des enjeux comme le régime politique, la gestion des frontières et les valeurs québécoises.

Celui qui a pour idole politique René Lévesque — fondateur du Mouvement souveraineté-association et premier chef du PQ — s’engage aussi à signer avec le Canada une « entente d’association » assortie d’accords économiques, pour éventuellement mettre en commun la poste, la monnaie ou les chemins de fer, a illustré celui qui doute fort qu’Ottawa refuse de négocier. « J’ai bien l’impression qu’il n’aura pas le choix de le faire. »

Langue et immigration

Le « recul » du français inquiète particulièrement l’humoriste devenu politicien. « Il est minuit moins cinq », s’est-il alarmé, proposant entre autres d’étendre la loi 101 aux cégeps et au diplôme d’études professionnelles (DEP). Il souhaite également donner un coup de barre dans la francisation des immigrants et taxer les entreprises n’ayant pas une bannière francophone.

Pour les nouveaux arrivants, Guy Nantel veut exiger d’eux « des compétences dans les secteurs d’emploi à forte demande » et « une connaissance suffisante du français pour entretenir une conversation ». Il est ouvert à modifier les seuils d’immigration, mais pas avant d’avoir mené une « étude indépendante » pour le guider dans cette décision « hautement politique ».

M. Nantel promet par ailleurs de donner à l’anglais un statut de langue nationale minoritaire, désireux de « rassurer » la « communauté minoritaire historique » et de les « inclure davantage dans le projet de pays ». Les anglophones « continueront de recevoir des services dans leur langue dans les régions où le nombre le justifie », lit-on dans sa plateforme, sans avancer de seuil précis.

Par ailleurs, le candidat veut reconduire la disposition de dérogation sur la Loi sur la laïcité de l’État et interdire les exemptions scolaires pour des motifs religieux.

De manière générale, Guy Nantel veut donner plus de pouvoir aux régions, en leur confiant notamment la gestion de leurs infrastructures routières. Il souhaite ainsi créer dans chacune d’elles un conseil régional (17 au total), avec des membres élus. Ces « assemblées délibérantes » auraient aussi leur mot à dire pour la santé et l’éducation.

L’aspirant chef du PQ promet également la gratuité scolaire de la maternelle à l’université. Mais un étudiant de niveau postsecondaire devrait rembourser les frais s’il abandonne ou reprend un cours. « Bien sûr, la gratuité a un prix : le succès », a-t-il exposé.

M. Nantel a en outre fustigé le maigre budget du ministère de l’Environnement, accaparant seulement 0,25 % du budget global du Québec. Il le ferait passer à au moins 1 % au bout de quatre ans de règne, sans retour en arrière possible. Il promet aussi une loi pour forcer le gouvernement à respecter ses cibles de réduction des gaz à effet de serre.

Course à la chefferie

Le Parti québécois doit couronner son prochain chef le 9 octobre. Outre l’humoriste Guy Nantel, le professeur d’histoire Frédéric Bastien, l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, font également partie de la course à la succession de Jean-François Lisée. Selon un récent sondage mené auprès de membres du PQ et publié par Le Journal de Québec, M. Gaudreault mène le bal, récoltant 30 % des intentions de vote, devant MM. Plamondon (20 %), Nantel (15 %) et Bastien (10 %). Trois débats auront lieu les 26 août, 8 septembre et 22 septembre prochains.


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1 commentaire
  • Christian Roy - Abonné 19 août 2020 12 h 00

    « Il est minuit moins cinq »,

    Il est minuit moins cinq pour la langue française... et pour la souveraineté.

    Je trouve l'approche de M. Nantel extrêmement rafraîchissante. Voter pour le PQ aux prochaines élections, c'est voter pour la souveraineté du Québec. Un point c'est tout. On revient à sa raison d'être. Oubliez l'étiquette de "bon gouvernement". Faut arrêter de finasser avec les Québécois.

    Un référendum perdant devrait signifier la démission en bloc du gouvernement qui l'a intitié. "Nous mettons nos sièges en jeu" aurait dit l'Autre. On croit à son affaire ou on n'y croit pas ?

    Nous sommes en neuvième manche, 2 retraits... 2 prises... "Le lancer"... (lire avec la voix de Roger Brulotte.)

    Oups ! j'oubliais... le stade est vide.

    Qu'à cela ne tienne !