«Imputabilité», le mot-clé de Christian Dubé

Tous les CHSLD du Québec devront s’assurer d’avoir un « gestionnaire responsable » lors d’une deuxième vague de COVID-19 et il ne sera plus question de permettre au personnel soignant de se déplacer d’un établissement à l’autre, a annoncé mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Pas question, non plus, de regarder des drames se jouer en centres d’hébergement sans pouvoir intervenir : Québec entend se doter de nouveaux pouvoirs législatifs afin d’intervenir de manière « exceptionnelle » dans des milieux privés lorsque la situation le commande.

En clair, le gouvernement souhaite avoir les « coudées franches » pour avoir accès à des établissements privés lorsqu’il y constate des situations préoccupantes, explique l’entourage du ministre.

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Depuis le début de la pandémie de COVID-19, 89 % des décès ont été recensés dans des centres de soins et d’hébergement de longue durée. Le drame vécu au CHSLD Herron de Dorval a « mené au constat que l’encadrement des milieux privés de soins doit être renforcé », lit-on dans le « Plan d’action pour une deuxième vague » présenté par le ministre Dubé.

Un autre aspect notable de cette première vague aura été celui de la main-d’œuvre, mobile et rare dans un système « déjà fragilisé » avant même la crise, a souligné le ministre de la Santé. « Il est excessivement difficile de rendre les gens imputables quand ils n’ont pas les ressources pour agir », a-t-il déclaré.

Or voilà : les dirigeants seront désormais « imputables », puisqu’ils ont jusqu’au 30 septembre pour intégrer le plan déposé mardi.

« Il y a une commande très, très claire du premier ministre de faire arriver ce plan-là. Pour chacune des actions, on va s’assurer d’avoir une personne responsable et — vous allez l’entendre souvent — imputable », a affirmé le ministre Dubé.

Au-delà du 30 septembre, « moi, ce que je ne veux plus avoir comme excuse, c’est : ce n’était pas clair », a averti M. Dubé, dont le ministère a émis 260 directives au cours de la première vague. « Assurons-nous que ces directives, ces règles, sont claires et acceptées par tout le monde. »

Il y a une commande très, très claire du premier ministre de “faire arriver” ce plan-là

 

Fini, le déplacement de personnel

L’une des règles édictées dans le plan consiste à interdire la mobilité de personnel. Celle-ci a contribué à la propagation du virus d’un établissement à l’autre lors de la première vague. « Si un dirigeant, peu importe son niveau, fait de la mobilité de personnel, eh bien, il y aura des conséquences », a encore averti le ministre.

L’arrivée de 10 000 préposés aux bénéficiaires, dont 8000 dès septembre, devrait aider à contourner ce problème, s’est réjoui M. Dubé. « Là où on a un enjeu, c’est du côté des infirmières et des auxiliaires », a-t-il cependant ajouté.

Au cours des prochains jours, ses équipes continueront de s’atteler à la tâche d’identifier les personnes responsables dans chacun des CHSLD, afin que celles-ci puissent rendre des comptes. À certains endroits, le personnel ignore toujours qui est le responsable — s’il y en a un — et quel est son titre.

Québec s’engage aussi à nommer un responsable de la prévention et du contrôle des infections dans chacun des établissements. Par cela, il entend combler les lacunes qu’il a observées dans les milieux de vie, où les habitudes de prévention des infections sont moins bien implantées que dans les milieux hospitaliers. Québec souhaite en outre maintenir « un accès sécuritaire » pour les proches aidants dans les CHSLD et résidences pour aînés.

1000 embauches en santé publique

Christian Dubé a aussi annoncé l’octroi de 106 millions de dollars à la santé publique afin que celle-ci puisse recruter « 1000 équivalents temps complet » pour mieux retracer les cas de COVID-19, prévenir et gérer les éclosions, puis coordonner l’administration d’un vaccin, le temps venu.

« Le dépistage, c’est le nerf de la guerre », a répété le ministre. « Par contre, je dois dire, je ne suis pas encore satisfait du temps de réaction. […] C’est encore trop long pour recevoir nos résultats, particulièrement pour ceux qui ont des résultats négatifs. Il faut améliorer le processus », a-t-il déclaré.

Les documents qu’il a présentés permettent de constater que le Québec teste 10 411 personnes par 100 000, derrière l’Alberta, l’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard. « Au Canada, le Québec représentait à lui seul, à la date du 6 août 2020, 50 % des cas confirmés de contamination et 63,4 % des décès », lit-on aussi dans le plan du ministre, où il est cependant indiqué que la méthodologie utilisée par le Québec est « inclusive ».

Le plan du ministre Dubé fait également état de la volonté du gouvernement de conclure des ententes avec des fabricants québécois afin d’« assurer l’approvisionnement en équipement de protection individuelle ». Pour l’heure, un premier accord devrait permettre à Québec d’assurer son approvisionnement en masques N-95 à compter du début de l’année 2021, a déclaré le ministre Dubé.

Une seconde vague de COVID-19 ne devrait pas mener à un délestage aussi important que la première, a aussi fait valoir l’élu. Celui-ci sera plus « chirurgical », plus ciblé, afin de rattraper les retards dans certains secteurs. En cancérologie notamment, les activités ont été maintenues à 70 %. En date du 30 juillet, « le réseau de la santé avait effectué environ 91 000 chirurgies électives de moins qu’à pareille date l’année précédente », lit-on aussi dans le document. « Ceci aura des répercussions sur les délais d’attente », y est-il écrit.

La FMSQ ravie ; les oppositions, moins

Le plan du ministre Dubé a été fort bien accueilli par la Fédération des médecins spécialistes du Québec. « Nous saluons la lucidité et le leadership du ministre Dubé sur les leçons à tirer de la première vague et les défis réalistes et mesurables de la deuxième vague. Notre collaboration lui est assurée », a écrit la Fédération sur Twitter.

À l’Assemblée nationale, les oppositions se sont étonnées des avertissements envoyés par le ministre aux dirigeants du réseau de la santé. « Le premier ministre Legault et le ministre Dubé ont déjà désigné les prochains coupables à l’avance s’il y a des ratés… voilà leur définition de l’imputabilité », a réagi l’élue libérale Marie Montpetit.

« On commence à connaître cette stratégie de la CAQ de mettre la faute sur les autres, mais de le faire à l’avance, c’est une première ! […] Les p.-d.g. ont assurément à être imputables, mais la responsabilité d’assurer un déploiement adéquat des équipements, des ressources, de l’information et des fonds nécessaires, ça tient du ministre de la Santé ! », a ajouté Sol Zanetti, de Québec solidaire.

« Il faut s’assurer, non pas seulement que les directions d’établissement soient imputables, [mais que] le gouvernement [le soit] tout autant », a renchéri le péquiste Joël Arseneau.

Bilan du jour

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 continue de baisser au Québec, le ministère de la Santé faisant état mardi de 46 nouveaux cas. Le total de personnes infectées depuis le début de la pandémie s’élève ainsi à 61 252. Il s’agit d’une cinquième journée d’affilée où moins de 100 cas sont rapportés par le ministère. Deux décès sont par ailleurs survenus dans les 24 dernières heures, auxquels s’ajoutent deux décès survenus entre le 11 et le 16 août, un autre survenu avant le 11 août et un autre dont la date est inconnue. Le total des décès s’élève maintenant à 5727. Le nombre d’hospitalisations est demeuré stable par rapport à la veille, soit 145. Parmi ces patients, 27 se trouvent aux soins intensifs, une augmentation de deux.

La Presse canadienne


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