Québec octroie 20 millions pour le rattrapage scolaire

Pour solidifier le soutien aux élèves en difficulté et panser les plaies scolaires causées par la pandémie, Québec a annoncé lundi l’ajout de 20 millions de dollars en services directs aux élèves dès la rentrée.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a reconnu qu’il « manquait quelque chose » au plan révisé pour la rentrée scolaire qu’il a présenté la semaine dernière.

Ce « quelque chose » tient dans une série de mesures visant à rattraper les retards causés par la pandémie de COVID-19, qui aura tenu les élèves loin des écoles pendant plusieurs mois.

En clair, 20 millions d’argent frais — par rapport à ce qui avait été prévu dans le dernier budget — permettront d’ajouter l’équivalent de 350 postes d’enseignants et de professionnels de l’éducation à temps plein afin d’aider les élèves en difficulté. Le montant servira notamment à ajouter des heures de travail aux professionnels et aux enseignants qui travaillaient jusqu’ici à temps partiel.

Dans l’espoir de raccrocher des jeunes à l’école, Québec a aussi consacré 3,6 millions à une campagne publicitaire dans laquelle le psychologue Égide Royer s’adresse aux parents. « Si vous jugez que votre jeune a développé des retards d’apprentissage importants, communiquez avec son enseignant », leur suggère-t-il notamment dans la vidéo accompagnée d’une mélodie au piano.

Jean-François Roberge a également reconduit pour deux ans — de façon urgente et sans la nécessité de valider des « codes de difficulté » — les budgets destinés aux élèves à besoins particuliers. En libérant ainsi les professionnels de « toute forme de pression bureaucratique », le ministre estime pouvoir fournir 560 000 heures de plus en soutien aux élèves.

« C’est certain que tous les élèves qui ont un plan d’intervention vont avoir des services professionnels », s’est-il félicité en commission parlementaire.

Soulagement

Dans le milieu de l’éducation, divers acteurs se sont réjouis de l’annonce de Québec. Mais ils ont dit se croiser les doigts pour que les candidats soient au rendez-vous, dans un contexte de pénurie de personnel.

Selon eux, la levée d’obstacles bureaucratiques annoncée par le ministre pourrait nourrir l’intérêt de certains candidats. « Ça fait des années qu’on demande ça », a notamment rappelé la présidente de l’Association des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois. Elle a dit avoir bon espoir que les assouplissements, tout comme les investissements pour les embauches, soient pérennisés par le ministre Roberge.

« Cet allègement est l’annonce la plus importante pour nous : on n’aura pas à valider des codes administratifs pendant des semaines et des semaines », a aussi réagi Paul-André Gallant, président de l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec. « Le gouvernement nous a écoutés, on est bien contents », a-t-il ajouté.

M. Gallant a dit croire que l’assouplissement administratif annoncé par Québec est susceptible d’attirer des orthophonistes dans les écoles, en rendant leur travail plus satisfaisant. Le nombre de ces professionnels a doublé depuis une quinzaine d’années au Québec (de 1500 à environ 3000), mais le milieu scolaire en manque cruellement, notamment à cause des conditions de travail plus attrayantes au privé, selon le président de l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes.

Les syndicats d’enseignants ont quant à eux demandé au gouvernement de confirmer rapidement la reconduction des budgets supplémentaires de 20 millions, au-delà de deux années, pour attirer des candidats. « Un contrat d’un an ou deux, ce n’est pas attractif. On doit éviter la précarité pour attirer du personnel en temps de pénurie », a fait valoir Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

L’opposition sceptique

Les critiques des oppositions en matière d’éducation ont accueilli l’annonce du ministre Roberge avec circonspection.

« Encore des emplois précaires ! Difficile, voire impossible de retenir des profs sans stabilité ! » a réagi la libérale Marwah Rizqy. Elle a dit souhaiter que les allègements administratifs soient reconduits au-delà de deux ans.

L’élue péquiste Véronique Hivon s’est quant à elle dite « perplexe » quant à la stratégie préconisée par Québec pour convaincre les jeunes de rester aux études — en faisant appel à Égide Royer. « Je pense que quand on veut motiver des jeunes de à 16 ans de retourner à l’école […], ça prend des messages percutants qui vont les rejoindre eux, directement », a-t-elle déclaré. Elle aurait préféré une campagne permettant de « faire sortir des gens de la jeune génération pour parler aux jeunes », comme cela s’est fait afin d’encourager le port du masque.

La députée solidaire Christine Labrie a mis en contexte l’ajout des 350 professionnels et enseignants souhaité par Québec. « Ça a l’air beaucoup, mais c’est très peu », a-t-elle dit. « On a plus de 400 écoles secondaires au Québec, 1700 écoles primaires. Imaginez-vous à quel point c’est un très faible ajout de ressources. »

De l’avis de la députée de Sherbrooke, l’arrivée de renforts ne « donner[a] pas grand-chose de plus », étant donné les besoins criants dans les écoles. « Ça ne fait même pas un professionnel de plus par école secondaire, alors que les besoins, ils sont partout, ils sont dans toutes les écoles », a-t-elle dit.

Dans un contexte de pénurie, la députée Hivon aurait aimé voir le ministre Roberge proposer « des moyens concrets » pour attirer davantage de personnel dans les écoles. « Comme dans le milieu de la santé, [le gouvernement aurait pu] faire un appel du pied pour que des enseignants, des spécialistes retraités, des gens qui sont dans le privé, des étudiants en enseignement ou dans les services spécialisés d’orthopédagogie, d’orthophonie, soient au rendez-vous, lèvent la main, quitte à créer des incitatifs financiers pour les amener », a-t-elle suggéré.

Des parents veulent obliger Québec à offrir les cours en ligne

Des parents jugeant les mesures sanitaires insuffisantes dans les écoles déposeront cette semaine une demande devant le tribunal afin qu’il ordonne au ministère de l’Éducation du Québec de permettre à tous les enfants de suivre des cours en ligne. Pour l’instant, seuls les enfants qui ont certains problèmes de santé précis, ou dont les parents sont à risque, peuvent être exemptés de fréquenter l’école. Mais en cette période de COVID-19, tous les parents devraient avoir ce choix, fait valoir Politimi Karounis. Avec d’autres parents, cette mère de deux jeunes d’âge primaire a retenu les services de l’avocat Julius Grey. Mme Karounis ne veut pas que ses enfants retournent en classe, car elle juge que les mesures sanitaires mises en place ne seront pas suffisantes pour protéger les élèves et les enseignants. Sa demande sera notamment fondée sur la Charte canadienne des droits et libertés, dont son article 7, qui établit le droit à la vie et à la sécurité. Le ministère a reçu cet été 900 demandes de plus qu’à l’habitude de la part de parents souhaitant faire l’école à la maison.

La Presse canadienne

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2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 18 août 2020 06 h 53

    TROP PEU, BIEN TROP TARD POUR ENDIGUER L'ÉCHEC PROGRAMMÉ DES EHDAA (1 de 2)

    TROP PEU, BIEN TROP TARD POUR ENDIGUER L'ÉCHEC PROGRAMMÉ DES EHDAA (1)

    NÉGLIGENCE SYSTÉMIQUE OCCULTÉE
    Le discours d'un Égide Royer tourne beaucoup autour du décrochage, lequel se produit au secondaire et est l'aboutissement de la négligence systémique de la gestion et de la coordination préventives des plans d'intervention (PI ou PSII) des élèves en difficulté d'apprentissage ou d'adaptation et des élèves handicapés (ÉHDAA).
    Comme en 1991, ce discours colle bien au laxisme ministériel historique relatif au sort réservé, dans notre système scolaire, aux écoliers vulnérables.

    MASQUER LES BESOINS
    En 1991, ce discours, accompagné d'interventions professionnelles à l'aveugle, résulte de la mise en place de l'économe modèle de l'Iowa, promu par Royer, modèle que je caricature à peine en disant qu'il impose d'intervenir d'abord et d'évaluer ensuite. (On devrait étendre cela en médecine pour mesurer les dégâts...)

    Ce discours d'une nocivité intense, qui suggère de différer les catégorisations diagnostiques est à présent relayé par la présidente de l’Association des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois, et par Paul-André Gallant, président de l’Ordre des orthophonistes du Québec.
    Il faut fonctionner en dichotomie cérébrale pour ne pas comprendre que, si l'on reconnait à présent un taux avoisinant 25 % d'ÉHDAA, c'est parce que l'on a vaincu, dans les luttes épiques, le contingentement qu'a imposé le ministère des années durant pour masquer les besoins !

  • Patrick Daganaud - Abonné 18 août 2020 06 h 59

    TROP PEU, BIEN TROP TARD POUR ENDIGUER L'ÉCHEC PROGRAMMÉ DES EHDAA (2)

    ÉVALUER ET DIAGNOSTIQUER AVEC PRÉCISION SONT LES BASES
    Le camouflage de deux ans des effectifs réels d'ÉHDAA, prévu par le ministre Roberge, va nous ramener à l'ère du faire-semblant et de l’improvisation du modèle de l’Iowa parce qu'aucun professionnel, aussi brillant soit-il, ne détient la science infuse pour déceler avec précision les entraves à l'apprentissage et à l'adaptation et leurs causes ou les impacts dysfonctionnels des handicaps.

    APPROXIMATION
    Dans la pub à 3,6 millions, Égide Royer suggère aux parents. « Si vous jugez que votre jeune a développé des retards d’apprentissage importants, communiquez avec son enseignant »... Diable, diable, ce sera donc aux parents à évaluer les retards d’apprentissage importants : abracadabra!
    En libérant ainsi les professionnels de la validation des codes de difficulté, le ministre estime pouvoir dégager 560 000 heures de plus en soutien aux élèves…
    Quelle rigolade : ces heures vont être grugées par des interventions approximatives fondées sur des modèles dévoyés (RAI) qui servent à sous-estimer les besoins d’intervention clinique.

    RETOUR AU CONTINGENTEMENT
    En deux ans sans validation, les élèves ayant un plan d’intervention articulé vont disparaître, parce qu’un PI bien fait commande aussi des énergies concertées, et alors les services professionnels vont être artificiellement suffisants pour ce qu’il restera de cas connus…

    Et les enseignants vont continuer de pédaler en pure perte comme des canards hyperactifs, parce qu'ils n'auront pas le soutien approprié.

    Je suis désolé de vous annoncer que ce sont au moins la moitié de nos jeunes HDAA qui vont aussi payer cette facture-là!