Fatima Houda-Pepin se défend d’avoir instauré un climat de travail «toxique»

L’ex-déléguée générale du Québec à Dakar, Fatima Houda-Pepin
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’ex-déléguée générale du Québec à Dakar, Fatima Houda-Pepin

Silencieuse depuis des mois, l’ex-déléguée générale du Québec à Dakar, Fatima Houda-Pepin, se défend d’avoir instauré un climat de travail « toxique » et réfute les allégations à son endroit. Elle reproche au gouvernement Legault d’avoir mis fin à son mandat « sans justification valable » et lui demande de rendre public le rapport de l’enquête interne menée dans sa délégation.

« Je suis en profond désaccord avec [ce renvoi], pris sans justification valable et alors que le ministère reconnaît ma compétence et le fait que je n’ai commis aucune faute », écrit-elle dans une lettre envoyée au Devoir, affirmant avoir toujours assumé ses responsabilités « avec honnêteté, loyauté, et intégrité ».

C’est « l’ampleur des attaques publiques et leur impact sur [son] intégrité, [sa] famille et [ses] proches » ainsi que « l’absence de réponse du MRIF » qui l’ont poussée à prendre la parole publiquement pour donner sa version des faits.

Jeudi dernier, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) a mis fin à son mandat au Sénégal, moins d’un an après son entrée en poste. Les détails de cette « décision administrative » n’ont pas été révélés puisqu’ils sont jugés « confidentiels » par le ministère. Celui-ci a invoqué son droit « de remplacer en tout temps un délégué général sous réserve d’un préavis de trois mois ».

Le rappel de Mme Houda-Pepin est toutefois survenu quelques mois après l’intervention du MRIF à Dakar pour enquêter sur sa gestion des ressources humaines au sein du personnel de la délégation, à la suite de plaintes formulées par des employés, selon plusieurs médias.

Dans sa lettre, l’ex-déléguée générale dit avoir elle-même demandé l’envoi d’un administrateur expert, non pas pour enquêter sur un prétendu « climat toxique », mais plutôt pour faire un état des lieux des pratiques en matière de gestion administrative et financière prévalant dans la délégation avant son arrivée.

Mme Houda-Pepin demande d’ailleurs à la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Nadine Girault, de rendre public le rapport de l’administrateur, qu’elle n’a jamais pu consulter et qui pourrait, selon elle, apporter des réponses aux allégations rapportées à son endroit par plusieurs médias.

« Allégations graves »

Dans un reportage de Radio-Canada en février dernier des employés et ex-employés ont reproché à Mme Houda-Pepin d’avoir instauré un climat de travail « toxique » et « malsain » au sein de leur équipe dès son entrée en fonction en novembre 2019.

Certains disent avoir été victimes d’humiliation de la part de l’ex-déléguée générale, avoir été mis volontairement à l’écart ou s’être fait refuser une nomination pourtant approuvée par son prédécesseur. Une situation qui en a poussé plusieurs à quitter leurs fonctions, lorsqu’ils n’avaient pas déjà été congédiés.

Des employés locaux ont également raconté s’être fait ordonner l’ancienne députée libérale de parler essentiellement français dans les bureaux et non wolof, leur langue maternelle.

Jugeant ces allégations « graves » Fatima Houda-Pepin dit être « en mesure de réfuter chacune d’entre elles ». Elle explique qu’à son arrivée, « ses efforts pour implanter des mesures de contrôle et une saine gestion des fonds publics à la délégation » ont été accueillis par des « réactions négatives » de la part de certains employés, ce qui a mené à ces allégations.

Elle soutient également n’avoir jamais empêché les employés de la délégation d’échanger entre eux en wolof. Elle aurait simplement demandé à ce que les échanges reliés au travail se passent en français, pour que tous puissent y participer.

Économies

Dans sa lettre, l’ex-déléguée générale se défend également d’avoir logé dans un hôtel pendant plusieurs mois au lieu d’emménager dans la résidence officielle du Québec à Dakar. C’est un des faits qui lui étaient reprochés considérant que le MRIF dépensait près de 14 000 $ par mois pour la villa.

Fatima Houda-Pepin affirme qu’en juin 2019, un professionnel du ministère avait examiné la résidence et conclu qu’elle n’était pas sécurisée. « Cette situation prévalant toujours à mon arrivée à Dakar, mon séjour à l’hôtel a été autorisé par le ministère. La résidence était de plus dans un état insalubre en dépit du fait que deux femmes de ménage étaient rémunérées par la Délégation pour en faire l’entretien quotidien », écrit-elle.

Elle assure par la suite avoir exprimé un certain malaise devant le prix de location de la villa et avoir proposé au ministère de chercher un appartement à plus faible coût. « Ceci a permis des économies récurrentes annuelles de 70 000 $. J’ai agi dans un souci de saine gestion des fonds publics », souligne-t-elle.

Contacté par Le Devoir, le cabinet de la ministre Nadine Girault a précisé que la décision de mettre un terme à son mandat a été prise « en raison d’une incompatibilité entre le travail qui était demandé à Mme Houda-Pepin et la vision que cette dernière en avait ». Mis au courant du contenu de la lettre de celle-ci, le cabinet a indiqué qu’il ne ferait pas d’autres commentaires sur le sujet.

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