Les agents correctionnels dénoncent le plan de déconfinement des prisons

Au plus fort de la crise, l’Établissement de détention de Montréal comptait 96 cas d’infection au coronavirus pour une population d’environ 900 détenus et prévenus.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au plus fort de la crise, l’Établissement de détention de Montréal comptait 96 cas d’infection au coronavirus pour une population d’environ 900 détenus et prévenus.

Le ministère de la Sécurité publique fait preuve de « négligence » avec le déploiement de son plan de déconfinement des établissements carcéraux québécois, selon le syndicat des agents correctionnels. Ce dernier « condamne fortement » ce plan, dont l’entrée en vigueur est prévue pour le 10 août, selon le ministère.

« Depuis le début de la pandémie, on vit avec des mesures restrictives, on vit avec des choses avec lesquelles on n’est pas habitués à travailler, on nous impose des équipements de protection, et là, on nous en rajoute une couche, mais on ne le fait pas pour les personnes incarcérées », s’est indigné le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ–CSN), Mathieu Lavoie, en entrevue.

Il s’explique mal comment le gouvernement peut imposer le port du masque dans les lieux publics fermés, mais le laisser optionnel pour les détenus dans certaines circonstances, tandis que les agents correctionnels doivent porter, depuis lundi, une visière en tout temps pour travailler. « La justification pour les visières, c’est de dire “[il y a un] risque que vous vous fassiez cracher au visage, donc ça vous prend une protection oculaire”, a-t-il expliqué. Ça ne tient pas la route parce que, lors d’une intervention, la visière ne tient pas en place. »

Depuis le début de la pandémie, on vit avec des mesures restrictives, [...] et là, on nous en rajoute une couche, mais on ne le fait pas pour les personnes incarcérées

 

Elle peut également poser des risques à cause de l’élastique qui la retient, fait-il valoir. M. Lavoie préférerait que les services correctionnels fournissent des lunettes de protection aux agents au lieu de visières. Il se demande également pourquoi le ministère applique cette mesure maintenant, dans les unités où il n’y a pas de cas de COVID-19. « En zone froide, on ne comprend pas pourquoi cette notion n’était pas mise en place au moment où on était dans le peak de la crise, d’autant plus que les recommandations de la Santé publique sur lesquelles le ministère se base, ce sont des recommandations qui datent du 15 mai », a-t-il souligné.

« Les services correctionnels recommandent fortement aux personnes incarcérées de porter le couvre-visage lors de leurs déplacements hors cellule, a répondu le ministère de la Sécurité publique par courriel. Par ailleurs, dans le cadre de reprise des activités normales des établissements de détention, les services correctionnels travaillent à établir les balises formelles qui serviront à encadrer le port du couvre-visage afin d’assurer la sécurité et de protéger la santé des personnes incarcérées et des employés. »

Série de mesures

Le gouvernement Legault avait instauré une série de mesures durant les premiers mois de la pandémie pour tenter de limiter la propagation du coronavirus à l’intérieur des établissements de détention. Par exemple, l’accès aux gymnases a été interdit pour limiter les déplacements à l’intérieur des prisons. Toutes les visites aux personnes incarcérées, à l’exception de celles de leurs avocats, sont suspendues depuis le 14 mars. Le ministère a confirmé qu’elles pourront reprendre à l’automne, selon le plan de déconfinement, qui n’a pas été rendu public.

Malgré tout, le virus a réussi à se propager à la prison de Bordeaux. Au plus fort de la crise, l’établissement de détention de Montréal comptait 96 cas d’infection au coronavirus pour une population d’environ 900 détenus. Robert Langevin, un détenu de 72 ans qui y était incarcéré, a succombé à cette nouvelle maladie.

La santé publique ne rapportait qu’un seul cas d’infection au coronavirus lundi à l’Établissement de détention d’Amos.

La Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN) craint que cette situation se répète si le gouvernement abandonne les mesures de protection qu’il avait mises en place. Le SAPSCQ–CSN représente 2800 agents en services correctionnels, qui travaillent dans 18 établissements de détention au Québec.

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