Le masque pourrait devenir obligatoire hors de Montréal

Le premier ministre François Legault fait le point sur la pandémie de coronavirus au Québec.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Le premier ministre François Legault fait le point sur la pandémie de coronavirus au Québec.

Le premier ministre François Legault songe à l’idée d’exiger le port du masque dans des lieux publics fermés où il est difficile de maintenir une distance de deux mètres entre deux individus.

«Il ne faut rien exclure, incluant d’obliger le port du masque dans tous les lieux publics intérieurs», a-t-il déclaré lors d’un point de presse à Saint-Jérôme mardi après-midi. «Je ne suis pas fermé à cette idée-là», a-t-il répété.

M. Legault a dit s’efforcer depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, à la mi-mars, de confiner, déconfiner et, si nécessaire, reconfiner «graduellement» afin de freiner autant que possible la propagation du virus sans perdre l’appui de la population. «Le défi, c’est toujours de maintenir l’adhésion», a-t-il dit à la presse.

Le chef du gouvernement a souligné l’importance du masque «quand on n’est pas capable de rester à deux mètres», «quand on est plusieurs à l’intérieur». «Est-ce qu’on devrait exiger le masque lorsqu’il y a un certain nombre de personnes dans des lieux publics, à l’intérieur […] ça fait partie des scénarios qu’on regarde. Mais, on essaie de pas mettre trop de contraintes», a-t-il poursuivi.

Le premier ministre a appris avec étonnement lundi, sur les réseaux sociaux, la décision de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, d’adopter un règlement municipal afin de contraindre toute personne se trouvant dans un lieu public fermé dans la métropole à porter un couvre-visage. «Je n’étais pas au courant. Je l’ai appris… Bon, ça fait partie des pouvoirs qu’elle a», a fait remarquer M. Legault à la presse lundi.

La décision de l’administration Plante suscite un certain nombre de questions auxquelles le gouvernement Legault attend des réponses. «Qui va appliquer la loi? Est-ce que ça va être le SPVM? Comment on va l’appliquer? […] Comment on fait ça dans un magasin. Combien il y a de personnes qui vont “visiter” les magasins?» a énuméré M. Legault devant la presse. «C’est le genre de choses que je vais vouloir discuter avec elle.»

Cela dit, M. Legault s’est bien gardé de critiquer publiquement Mme Plante. «Moi, mon défi, c’est de s’assurer que ce soit le plus clair possible mais en même temps il faut comprendre que la situation est différente d’une municipalité à l’autre», a-t-il affirmé.

Le chef du gouvernement a rappelé sa décision de «rend[re] obligatoire» le port du couvre-visage dans le transport collectif, et ce, à compter du 13 juillet. Après une période transitoire de deux semaines, une personne qui refuse de porter le masque dans un transport en commun se verra refuser l’accès. Ce sont «les personnes à l’entrée» des autobus, des stations de métro, qui feront «finalement respecter le règlement», pas la police, a précisé M. Legault.

Par ailleurs, le premier ministre a dit trouver «malheureux» de voir les mesures de distanciation sociale «vraiment pas respectées» dans des bars et des restaurants. «Il faut être un peu compréhensifs. Les gens ont été confinés pendant trois quatre mois. Là il commence à faire beau. Ils voient leurs amis. Bon, après quelques verres, ça peut être le “fun” de s’approcher, mais il ne faut pas, il ne faut pas! Il faut garder le “deux mètres”, sinon on va être obligé de confiner et personne ne souhaite ça», a-t-il insisté.

Selon ses informations, ces écarts de conduite ne se sont pas déjà traduits par une hausse des cas de personnes déclarés positives à la COVID-19. «Il y a moyen d’avoir du plaisir et de se parler à deux mètres», a-t-il conclu.

Le Dr Arruda aussi

Le Dr Horacio Arruda affirme lui aussi réfléchir fortement à élargir l’obligation du masque dans les lieux publics fermés au territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, voire ailleurs dans la province.

Le directeur national de la santé publique était de passage mardi au CISSS de Lanaudière, à Joliette, alors qu’il poursuit sa tournée des régions.

En réponse aux questions des journalistes, il a dit évaluer les avantages et les inconvénients de recommander au gouvernement de rendre le port du masque obligatoire. Dr Arruda dit notamment craindre qu’une obligation entraîne une partie de la population à résister et à s’y opposer.

Il souligne aussi le fait qu’une obligation s’accompagne également d’une mécanique complexe de coercition. Il faut déterminer qui est chargé de faire respecter la règle, qui en est exempté et quelles sont les conséquences auxquelles s’exposent les récalcitrants.

Horacio Arruda a profité de sa tribune pour rappeler que l’épidémie n’est pas terminée et que le virus circule toujours dans la population.

«Les indicateurs sont à la baisse, ce qui est une bonne nouvelle, mais ça ne veut pas dire qu’on doit baisser la garde», a-t-il déclaré.

Une fois de plus, il insiste sur l’importance d’être prudent et de respecter les consignes de prévention. Il compare le déconfinement à une libération conditionnelle selon laquelle on doit respecter les règles d’hygiène et la distanciation physique.

«Le relâchement peut être la source d’une flambée dans la communauté. Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher la distanciation sociale», a-t-il répété.

Le Dr Horacio Arruda était accompagné du directeur régional de santé publique de Lanaudière par intérim, Dr Richard Lessard, et du président-directeur général du CISSS de Lanaudière, Daniel Castonguay.

Un peu plus tôt, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, s’est dit « très préoccupé » des relâchements des mesures sanitaires dans la population.

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