L’opposition n’en peut plus d’entendre Legault dire que le Québec a gagné et perdu

Encore mercredi, le premier ministre déclarait dans une vidéo pour la Fête nationale : «On a connu une défaite dans nos centres de soins de longue durée […] mais on ne doit pas oublier que dans le reste de la société, les Québécois ont gagné».
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Encore mercredi, le premier ministre déclarait dans une vidéo pour la Fête nationale : «On a connu une défaite dans nos centres de soins de longue durée […] mais on ne doit pas oublier que dans le reste de la société, les Québécois ont gagné».

L’opposition veut que François Legault cesse de dire que le Québec a connu une défaite dans les CHSLD et une victoire dans la communauté.

Encore mercredi, le premier ministre déclarait dans une vidéo pour la Fête nationale : « On a connu une défaite dans nos centres de soins de longue durée […] mais on ne doit pas oublier que dans le reste de la société, les Québécois ont gagné ».

Cette métaphore sportive ne devrait plus jamais être utilisée, selon les trois partis d’opposition, qui accusent le gouvernement de relativiser les pertes de vie dans le but de faire passer un message positif et d’améliorer son image.

Le gouvernement Legault serait même à la limite de l’âgisme, soutient-on.

Par exemple, jamais M. Legault ne se serait permis de dire une chose pareille si la mort avait frappé des enfants, a illustré Québec solidaire (QS). « Imaginez si M. Legault avait dit : “Mis à part dans les pouponnières, on a bien géré ça”. Ça aurait été un scandale total, il ne se serait jamais permis de dire ça », a déclaré en entrevue le député Sol Zanetti.

Selon lui, il est « très problématique » que le premier ministre fasse le bilan de la première vague de la pandémie « en excluant les aînés ».

« C’est comme si en ce moment il disait : “Écoutez, la situation des feux de forêt au Québec, si on exclut le Lac-Saint-Jean, ça va très bien, c’est sous contrôle”. Dire ça, c’est dire : “Le Lac-Saint-Jean, ça ne compte pas tant que ça”. »

« Quand on dit : “À part les CHSLD au Québec, on gère bien la crise et on peut se féliciter”, bien on est en train de dire : “Les aînés, c’est moins grave”. C’est ça que ça sous-entend », a martelé M. Zanetti.

Réécrire l’histoire

Le Québec affiche l’un des pires bilans au monde avec ses 5448 décès liés à la COVID-19.

Dans ce contexte, la métaphore de M. Legault est « totalement inadmissible », malaisante et irrespectueuse envers les victimes et leurs familles, estime également le Parti québécois (PQ).

« On tente de faire disparaître le bilan négatif particulièrement chez les personnes aînées en institution, a déclaré son porte-parole en santé, Joël Arseneau. On dit : “Oubliez les CHSLD, ça n’existe pas, c’est une quantité négligeable, c’est un bilan positif”. »

Parler de victoire dans ces conditions, c’est faire fi de la réalité et tenter de « réécrire l’histoire », a renchéri la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade. « C’est d’essayer de dépeindre une histoire qui n’est pas exacte, a-t-elle dit en entrevue téléphonique. Je pense que quand on fait ça, on essaie de ne pas voir la réalité en face. »

Selon la cheffe libérale, les Québécois ensemble n’ont mené qu’une seule bataille, et ils doivent « prendre acte » du résultat : « On a perdu cette bataille-là. » Mme Anglade soutient qu’il faut admettre les ratés si on veut pouvoir les corriger avant une deuxième vague.

Elle se demande si le gouvernement a vraiment tiré des leçons de la première vague, dans la mesure où l’on tergiverse encore sur le port du masque obligatoire dans les transports en commun. « Est-ce qu’on a tiré des leçons quand on rend les informations moins disponibles, qu’on est moins transparent et qu’on ne prend pas des décisions de précautions de base ? »

Manque de transparence

Jeudi, l’opposition a déploré la décision de Québec de ne plus offrir de mise à jour du nombre de cas ou de décès qu’une fois par semaine.

Cette décision vise également à « masquer » une partie de la réalité, selon le PQ. « On ne révélera pas les chiffres, donc on va continuer à pouvoir dire à peu près ce qu’on veut sur la situation, sans nécessairement que ce soit appuyé par des données réelles », prévient M. Arseneau.

En conférence de presse jeudi à Montréal, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, s’est défendu de vouloir cacher de l’information. Il a expliqué que la décision n’était pas politique, et qu’elle avait été prise parce que la situation épidémiologique au Québec s’était stabilisée.

D’Ottawa, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s’est quand même montré critique : « Je pense qu’au Québec, on continue de voir de nouveaux cas à tous les jours. Et c’est important de voir comment cette situation est en train d’évoluer. J’espère que le premier ministre Legault va continuer d’être ouvert et transparent avec les citoyens comme il l’est depuis le début », a-t-il déclaré.