Démission de la présidente de la Fédération des femmes

Gabrielle Bouchard a été la première femme trans à occuper le poste de présidente de la Fédération des femmes du Québec.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Gabrielle Bouchard a été la première femme trans à occuper le poste de présidente de la Fédération des femmes du Québec.

La présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Gabrielle Bouchard, a remis sa démission.

L’annonce en a été faite aux membres mardi, dans l’infolettre de l’organisme, mais la démission est effective depuis vendredi, selon l’organisme.

L’infolettre contient un bref message dans lequel Mme Bouchard affirme qu’« après mûre réflexion, j’ai décidé de mettre un terme à mon mandat comme présidente de la FFQ ».

Elle ajoute qu’« ensemble, nous avons fait avancer la cause des femmes au Québec et au Canada et je suis sûre que ce travail important, vous le continuerez pour encore longtemps. La FFQ est entre de bonnes mains avec des femmes fortes dans l’équipe et au conseil d’administration. »

Selon les informations obtenues par La Presse canadienne, ce départ ne serait cependant pas survenu dans des circonstances sereines. Mme Bouchard n’a toutefois pas pu être rejointe pour commenter.

Gazouillis provocateurs

En janvier dernier, la présidente avait provoqué une énième tempête sur les réseaux sociaux avec un gazouillis affirmant que « les relations de couple hétérosexuel sont vraiment violentes. En plus, la grande majorité sont des relations basées sur la religion. Il est peut-être temps d’avoir une conversation sur leur interdiction et abolition ».

Gabrielle Bouchard avait par la suite admis « avoir été trop loin » et avoir été « maladroite » en émettant ces propos et s’était empressée de préciser qu’elle ne s’exprimait pas au nom de la Fédération, mais bien en son nom personnel. Cette controverse signalait d’ailleurs le début d’une prise de distance publique entre la Fédération et sa présidente.

La FFQ s’était en effet dissociée de ces propos, écrivant sur le compte Twitter de l’organisation que « la Fédération des femmes du Québec, son conseil d’administration, son équipe et ses membres n’endossent pas ces propos qui ont été émis en son propre nom et non au nom de l’organisation ».

La controverse était la dernière d’une série de déclarations malhabiles de la présidente.

En novembre, Gabrielle Bouchard avait fait la promotion du port du voile dans une autre sortie sur la plateforme Twitter, alors que le port d’un chandail en coton ouaté par la députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, à l’Assemblée nationale avait provoqué un certain débat. La présidente de la Fédération avait alors affirmé que « le coton ouaté, c’est cute… mais le voile, c’est vraiment badass. Mardi prochain, portez le voile ».

Quelques mois plus tôt, en juin, Mme Bouchard avait émis un autre gazouillis intempestif, affirmant par la suite avoir volontairement voulu faire de la provocation. Elle avait écrit qu’« on devrait discuter de la vasectomie obligatoire à 18 ans », déclenchant là aussi une réaction virulente sur les réseaux sociaux.

La Fédération l’avait endossée cette fois, disant avoir voulu répondre « aux récentes attaques contre le droit à l’avortement des femmes ici et ailleurs », soutenant que les questions touchant les droits des hommes donnaient lieu à des « polémiques futiles » alors que la remise en cause des droits des femmes ne soulevait pas autant de réactions publiques.

L’élection de Gabrielle Bouchard en novembre 2017, première femme trans à occuper ce poste, n’était pas passée inaperçue. Elle se présentait alors comme celle qui voulait défendre plus particulièrement celles qui se trouvent marginalisées, telles les femmes handicapées, autochtones ou issues de la diversité sexuelle.

Tensions internes

Depuis quelques années, la FFQ doit composer avec d’importantes divisions en son sein, divisions qui ont été mises en lumière par des débats musclés autour de questions controversées, notamment celles du port du voile islamique et de la reconnaissance de la légitimité du travail du sexe. L’entrée en fonction de Gabrielle Bouchard témoignait de ces luttes internes, la nouvelle présidente étant représentative et tenante du recentrage de la Fédération vers l’intersectionnalité.

De son côté, la Fédération des femmes salue son passage en affirmant que « la présidence de Mme Bouchard a été marquée par des prises de position courageuses, ainsi que par un engouement marqué d’une nouvelle génération de féministes. Durant les dernières années, la FFQ a en effet élargi ses rangs et accueilli un nombre record de nouvelles membres individuelles de tous les horizons. »

« Bien avant son élection à la présidence de la Fédération en novembre 2017, Gabrielle était déjà reconnue pour sa défense des droits humains. Avec sa visibilité grandissante, elle est devenue un symbole de ralliement fort pour les groupes historiquement sous-représentés dans les plus grandes institutions du mouvement féministe québécois », poursuit-on dans l’infolettre.

Cependant, les démarches que propose la Fédération pour la « suite des choses » témoignent des tensions internes. On peut y lire notamment que « la FFQ doit se pencher dans les prochains mois sur ses modes de fonctionnement, sa gouvernance et ses structures, ce qui n’exclut pas une réflexion sur ses statuts et règlements, le rôle de la présidence et le fonctionnement du porte-parolat ».

Le conseil d’administration invite les membres à participer à un comité de réflexion à cet effet afin d’entamer les travaux d’ici la prochaine assemblée générale annuelle, qui doit avoir lieu du 25 au 27 septembre prochain.