60 ans de l'élection de Jean Lesage: une révolution au diapason du monde

Lorsque Jean Lesage est élu premier ministre du Québec, il est déjà un vieux routier de la politique fédérale, habitué des effets de toge et de poses de voix dignes des concours oratoires des collèges classiques dont il est un produit.
Photo: Jerry Donati Archives Le Devoir Lorsque Jean Lesage est élu premier ministre du Québec, il est déjà un vieux routier de la politique fédérale, habitué des effets de toge et de poses de voix dignes des concours oratoires des collèges classiques dont il est un produit.

Le 22 juin 1960, il y a six décennies aujourd’hui, le Parti libéral, avec à sa tête Jean Lesage, remportait les élections québécoises. Avec un peu plus de 51 % des suffrages pour les libéraux, les conservateurs de l’Union nationale étaient défaits pour la première fois depuis 1944.

Tout commence en fait par la mort d’un homme, résume à l’époque, dans les pages du Devoir, l’éditorialiste en chef André Laurendeau. Mais suffit-il que le premier ministre, Maurice Duplessis, tombe en fonction, le 7 septembre 1959, pour qu’une autre époque se lève ?

À partir de 1956, les pratiques du duplessisme se voient de plus en plus dénoncées. Ces pratiques rendent l’État vulnérable aux contrecoups de la corruption et du clientélisme, observe l’historien Stéphane Savard, spécialiste de cette période. Le professeur de l’UQAM indique que l’expériencede Jean Lesage à Ottawa comme ministre lui a ouvert de nouvelles perspectives sur le fonctionnement d’un appareil gouvernemental. « Il voit comment une fonction publique fonctionne dans un État », avec du personnel dûment formé et compétent. Cette expérience s’accorde mal avec les pratiques autocrates qui sont monnaie courante au cours des années Duplessis.

« Ce que le régime Duplessis a de plus pernicieux, explique André Laurendeau en février 1959, c’est sa tendance constance à recourir à l’arbitraire, sa volonté d’échapper aux règles générales et fixes, son art d’utiliser les impulsions du chef comme moyens de gouvernement. » Et Laurendeau d’évoquer les contrats sans soumissions, les octrois non conformes aux règles, les représailles contre les personnes et des manifestations quotidiennes de l’arbitraire, tout cela étant lié à une intolérance, affirme Laurendeau, qui fait que « la liberté de tous est en danger ».

Un temps nouveau

Cette date du 22 juin 1960, par commodité en tout cas, est souvent présentée comme le début d’un temps nouveau connu sous le nom de « Révolution tranquille », un qualificatif d’abord forgé en anglais par un journal de Toronto.

Sur plusieurs aspects, ce que vit alors le Québec n’est pas différent de ce qui se joue ailleurs, même si cela apparaît teinté par une question nationale particulière

Pour l’historien Stéphane Savard, il est abusif d’emblée d’envisager les changements des années 1960 sous le seul prisme de cette élection du gouvernement Lesage, bien que cet événement particulier demeure marquant à force d’avoir été martelé dans les consciences.

Cette élection annonce tout de même la mise en place d’un appareil d’État professionnalisé et, surtout, des rapports de force nouveaux en société, lesquels sont engendrés par la croissance rapide de nouveaux groupes de pression ainsi que par de nouveaux types de mouvements sociaux, teintés par la question nationale tout en demeurant au diapason de préoccupations internationales, à commencer par le mouvement de décolonisation.

Réformes plutôt que révolution

Après la mort de Duplessis, son successeur désigné, Paul Sauvé, promettait des réformes sur la base d’un slogan certes sonore, mais qui n’en demeurait pas moins un simple slogan : « Désormais ! »

Paul Sauvé ne restera au pouvoir que 112 jours, emporté par une mort prématurée. Lui succède Antonio Barrette, figure de notable de province, engoncé dans un univers unioniste jugé passéiste, bref trop attaché, dans ses manières comme dans ses fondements, aux anciennes façons de faire pour espérer trouver à sauver son parti de la débâcle.

Au soir du 22 juin 1960, l’« équipe du tonnerre » de Jean Lesage, selon les mots par lesquels elle se présente, obtient un peu plus de 51 % du suffrage populaire. C’est bien assez pour lui assurer la majorité des sièges à l’Assemblée législative, comme on appelle alors l’enceinte du parlement à Québec.

Vieux routier de la politique fédérale, habitué des effets de toge et de poses de voix dignes des concours oratoires des collèges classiques dont il est un produit, Jean Lesage appuie le programme politique échafaudé par son prédécesseur, Georges-Émile Lapalme, tout en enfourchant l’idée qu’il faut vite faire courir le capital national. Lesage n’en appartient pas moins, souligne l’historien Stéphane Savard, à la branche plutôt conservatrice des libéraux.

Ce seront surtout ses ministres, à commencer par Paul Gérin-Lajoie et René Lévesque, qui vont l’encourager à poursuivre des réformes substantielles. Le chantier de l’éducation et de la gestion des ressources naturelles s’impose aux consciences. Des sociétés d’État, vouées à l’administration des capitaux nationaux, sont créées en série. « C’est une période où l’État québécois devient le centre d’attention pour réaliser le bien commun », explique l’historien Stéphane Savard.

Des retards

Cependant, l’impression que cette révolution charrie avec elle un vent de renouveau des idées immédiat s’avère trompeuse. Par exemple, « dans le roman national qu’entretient l’idée de “Révolution tranquille”, explique la professeure émérite Denyse Baillargeon de l’Université de Montréal, les femmes occupent très peu de place ». Il faut attendre l’arrivée de Claire Kirkland-Casgrain, en 1961, pour que cette dimension politique fondamentale affleure, petit à petit, dans certaines préoccupations gouvernementales.

« Le Parti libéral voulait d’abord renverser Duplessis. Dans sa perspective, le Québec était en retard », observe l’historienne, rejetant pour sa part du revers de la main cette perspective. « Je ne crois pas que le Québec était en retard. Il avait sa façon d’avancer. Quel serait d’ailleurs l’étalon de mesure pour évaluer un tel retard ? Souvent, inconsciemment, on pense aux États-Unis ou au Canada anglais. »

Sur certains aspects, le Québec annonçait même une avance étonnante, porté par une période de croissance économique et de croissance démographique. « Qu’on pense par exemple à la place de la télévision, à la diffusion de la culture que cela permet alors », observe Denyse Baillargeon. « En 1960, au Québec, 89 % des foyers possèdent une télévision. En français, Radio-Canada règne seule sur les ondes. » Ce qui implique la diffusion d’une culture commune, symbolisée longtemps par des émissions comme Point de mire, de René Lévesque. « Je suis certaine qu’à cet égard, en France par exemple, on était loin d’un tel chiffre pour la pénétration de la télévision. »

Décloisonner

Il faut décloisonner notre regard sur cette période de l’histoire, croit Stéphane Savard. « On n’a pas assez abordé cette période en rapport avec les sixties. On a tendance à oublier que la Révolution tranquille ne se produit pas en vase clos, dans un simple creuset national. On la voit volontiers avec des responsables politiques qui opèrent un rattrapage avec le monde », mais ce n’est pas le tout de ce qui se joue alors en société.

« Sur plusieurs aspects, ce que vit alors le Québec n’est pas différent de ce qui se joue ailleurs, même si cela apparaît teinté par une question nationale particulière », affirme le professeur de l’UQAM.

Si cette période demeure encore d’actualité, au point de voir bien des premiers ministres sans cesse s’y référer, « tout ne commence pasavec la Révolution tranquille », plaide Stéphane Savard. Bien des choses « ont tout de même été engagées à ce moment », de sorte que cette période forme une sorte de réservoir dans lequel notre présent peut venir s’abreuver d’idées. « La Révolution tranquille a encore du sens parce qu’elle n’a pas tout accompli de son programme. Ses idées peuvent encore être significatives et adéquates devant les problèmes qui se posent à nous aujourd’hui », estime l’historien.

À voir en vidéo

12 commentaires
  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 22 juin 2020 07 h 59

    L'apparition de l'État du Québec : de Groulx à Lapalme


    Rappelons que ces nouvelles élites politiques ont tous été formés dans les collèges claisques durant cette période dite de la Grande noirceur !

    « Jean Lesage appuie le programme politique échafaudé par son prédécesseur, Georges-Émile Lapalme »

    Or d'où vient ce programme de Lapalme d'édification d'un État ? De Lionel Groulx, « notre État francaise nous le voulons nous l'aurons (1937. Le Chanoine ne s'est pas contenté de le sohaiter, il en a été l'achitecte, il fut le père de la Doctrine d'État du Québec. Et celui qui a livré le potentiel de l'avèǹement de l'État du Québec fut Duplessis (et ne serais-ce que pour cette réalisation, il fut le plus grand premier moinistre de notre histoire).

    Lapalme fut un groulxiste, ont lui doit l'élan décisive de l'édification de l'État de facto du Québec en 1960. Par la suite cela se gâte avec l'État qui devient obèse et sur endetté.

    Le dernier pm qui avait un sens de l'État et qui pensait le Québec comme un État et non une province fut Daniel Johnson, très clair dans Égalité ou indépendance. Pour lui l'indépendance était d'abord et avant tout une affaire d'État : « je trouve irréalistes et infantiles les querelles qu’on nous cherche depuis une quinzaine d’années, chaque fois que nous osons parler du Québec comme d’un État.»

    Ce qu'avait très bien comprise P E Trudeau (1994) :
    « Les professeurs enseignent le nationalisme dans les écoles. Ils disent à leurs élèves que le Québec est un État et c’est faux. Le Québec est une province, un canton, un district. » Pourquoi pas une commune, tant qu’à y être ? Trudeau dans toute sa méprisante splendeur.
    Michel David Le Devoir 29 oct 2016
    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/483399/le

    La souveraineté, une affaire d'État. Voilà exactement ce que les souverainistes n'ont jamais compris; ayant abandonné l'édification de l'État pour la quête d'un pays fantasmé.

    • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2020 11 h 28

      État provincial avec des pouvoirs définis dans la constitution de 1867, le Québec les a assumés en 1964 avec l'entente Pearson-Lesage. Il a joué du tambour glorifiant d'être « maître de ses pouvoirs » tout en acceptant de composer avec le Canada.

      Daniel Johnson voulait l'égalité des pouvoirs avec le Canada sans se rendre compte qu'elle impliquait l'indépendance. Le général de Gaule lui traça la voie. Il recula parce qu'il refusait l'indépendance tout autant que l'égalité. Il voulait plutôt être « maître » dans les pouvoirs provinciaux tout comme le chanoine Groulx rêva de l'autonomie culturelle des Canadiens français incarnée dans un État reconnu dans le Canada.

      M. Pomerleau, vous reprenez les mêmes arguments et vous affirmez que l'État peut se créer indépendamment de ses habitants et indépendamment de la division des pouvoirs institués dans le Dominion of Canada, devenus ceux au sein du Canada en 1931 puis revisités en 1982 par le PM Trudeau avec l'appui des provinces autres que celle du Québec.

      Pour tenir de tels arguments, vous faites implicitement appel, sans le dire, au pouvoir qu'auraient les descendants des Français de la colonie du Canada et ceux reconnus par la France. L'histoire ne vous donne pas raison. Par contre, votre propos contribue à enfermer les descendants des Français dans une logique ethnoculturelle aux antipodes des assises démocratiques qui se sont déployées après la révolution américaine.

  • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2020 09 h 05

    1. Ce texte présente le contexte en référence aux idées d'une historienne et d'un historien, qui mettent l'accent, à juste titre, sur des facteurs externes et internes.

    À cause du titre, je m’attendais à une grande évocation du contexte mondial et à une analyse révélant que cette « révolution » fut plus selon les vues du PLC dont M. Pearson, chef du PLC en 1958, chercha l'appui du Québec avec un programme de gouvernement décentralisé et coopératif pour prendre le pouvoir.

    À l'échelle internationale, l'après-Deuxième Guerre s’active selon les ententes de Yalta qui divisent le monde en capitaliste et communiste. Ces deux pôles majeurs donnent de l’élan aux Trente Glorieuses et promeuvent l’accession à l’indépendance des peuples colonisés. Cette accession deviendra une règle des Nations Unies en 1960, que connaissait le chef du PLC.

    Cet accès à l’indépendance est au cœur des mouvements de libération et le PLC s’emploie à trouver une façon de la contrer au Canada. La présence de Lesage à la tête du PLQ, ex-gestionnaire et député au Canada, en fait partie. Il pouvait sortir le Québec des ornières de l’UN, mais pas de celles du PLC, ce qui devint évident en 1968.

    C’est un point important à l’interne. Le fut aussi le rapport Rowell-Sirois après le krach de 1929. Il dessine des programmes centralisés au Canada pour construire sa nation. Le devinrent aussi les prêts de points d’impôts des provinces pour l’effort de guerre consentis par les provinces, y compris celle du Québec par le gouvernement Godbout à deux conditions : pas de conscription et retour des points d’impôts la guerre terminée.

    Au cours de la Deuxième Guerre, des mouvements autonomistes s’affirment au Québec contre la conscription. La guerre terminée, la Chambre de commerce de Montréal fait la promotion du retour de ces impôts pour relancer l’économie. Duplessis crée la commission Tremblay.

  • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2020 09 h 06


    2. Au même moment, René Lévesque, via Point de Mire, branche le Québec sur le monde.

    Les jeunes de l’époque découvrent avec lui un monde différent que celui mis de l’avant par des organismes parareligieux à leurs intentions. C’est tout ça et encore plus qui manque à ce texte pour comprendre que l’élection du PLQ annonçait, même si ce parti comprenait peu de candidates, un vent nouveau qui soufflait sur le Québec.

    Sans lui, il n’y aurait pas eu Expo-67, ni le « Vive le Québec libre » du Général de Gaule. On ne comprendrait pas pourquoi René Lévesque a voulu que le PLQ aille plus loin, mais dut le quitter pour fonder le PQ, ni que Pierre-Elliott Trudeau ait été élu en 1968 après avoir fait face aux manifestants lors de la Saint-Jean à l’aide des forces policières, encore moins que Radio-Canada eut pour mandat d’ancrer le Québec dans la vision canadienne.

    Tout ça demeure d’actualité parce que l’entente Pearson-Lesage, qui assura un deuxième souffle à la révolution tranquille, eut comme incidences de faire réaliser par le Québec des programmes canadiens en abolissant des doublets, mais surtout de cadrer les activités de la province dans ses champs de compétence (éducation, santé, municipalité et ressources) tout en laissant au Canada se pouvoirs régaliens et la possibilité qu’il s’investissent dans ceux des provinces par son pouvoir de dépenser.

    La conséquence est simple. Si 1960 place le Québec au diapason du monde, ça n’a rien de révolutionnaire comme l’est la création d’un nouvel état indépendant. Ce fut un exercice de mise à niveau au sein du Canada. Depuis, il y eut deux référendums négatifs alors que demeure toujours d’actualité l’idée de l’indépendance du peuple québécois qui ne peut survenir qu’avec

    • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2020 09 h 07

      Suite : une mobilisation des futurs citoyens et des futures citoyennes du Québec.

  • Louis Lapointe - Abonné 22 juin 2020 12 h 26

    Dans le ventre de la baleine

    Papineau a essayé de montrer le chemin à nos ancêtres, ça n’a pas fonctionné. Il y en a qui disent que c’est de la faute aux Anglais et aux curés. Moi je pense qu’on ne pouvait pas vouloir ce qu’on ne pouvait pas comprendre, parce qu’on ne pouvait tout simplement pas le voir. Nous étions tous déjà bien happés et emmitouflés dans le ventre de la baleine, bercés d’illusions tranquilles au milieu de cette grande noirceur.

    Si petite qu’elle fût, nous y étions tous tricotés très serrés, nous croyant à l’abri des vents et des marées.
    Quand la baleine s’est mise à grossir en 1960 et que la noirceur s’est faite moins dense, laissant plus d’espace à chacun, on a tous pensé que c’était ça la liberté. Alors, on s’est mis à se comporter comme si on était sorti de son ventre. La baleine était tellement grande qu’on n’avait même plus l’impression de tourner en rond. On pouvait aller n’importe où sur la planète, pourtant on était toujours dans son ventre. C’est là que ça s’est compliqué.

    Beaucoup de personnes d’autres contrées avaient entendu parler de cette baleine où tout le monde faisait ce qu’il voulait. Attirés dans son giron, ils y sont alors entrés, non sans laisser filtrer un peu de lumière au
    passage, et se sont vite rendu compte que les gens qui y vivaient ne savaient pas qu’ils habitaient encore dans une baleine. Au début, quand ils nous disaient qu’ils aimaient bien notre baleine, on les
    regardait comme des êtres bizarres. Quelle baleine ? Il y a longtemps que nous n’habitons plus une baleine, les grands espaces sont maintenant notre terrain de jeux. À preuve, les meilleurs d’entre nous triomphent tous
    à Las Vegas, en plein cœur d’une vaste étendue de sable.

    Le moment de vérité est maintenant arrivé. Par le passé, nous avons déjà essayé de prendre le contrôle de la baleine, ça n’a pas fonctionné. À défaut de prendre son contrôle, si nous ne la quittons pas bientôt, on va tous se retrouver dans des aquariums. On va alors devenir une espèce en voie d’extinction.

    • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2020 13 h 36

      Papineau eut l'appui d'une grande majorité des personnes qui avient un droit de vote, sauf celui des Britanniques et de personnes nommées au Conseil législatif et au Conseil exécutif, et, bien entendu, du gouverneur et des représentants de l'armée qui eurent l'appui du haut clergé en 1836.

      À cette époque, les gens le voyaient clairement. Ce n'est qu'après la suspension du parlement, son abolition et la création du Canada-Uni que le pouvoir du clergé s'est incrustré dans les cerveaux. Vous oubliez ce point, fondamental, pour comprendre ce qui s'est passé après la pendaison de Riel, la consription lors de la Première Guerre mondiale et le refus du gouvernement fédéral de retourner les points d'impôts prêtés sous Godbout.

      Les gens savaient ça. Ils savaient aussi que les entrepreneurs brtianniques après 1840 employaient surtout une main-d'oeuvre venu d'Irlande, ce qui contribua à l'émigration de 900,000 personnes venant du Québec vers les États-Uis entre 1840 et 1920.

      Aujourd'hui, les gens du Québec continuent d'émigrer parce que le Canada cherche depuis 1940 à les mouler en petits poissons à sa gloire, ce que vous oubliez comme vous oubliez que la baleine fut créée pour contrôler les petits poissons selon un moule religieux.

    • Louis Lapointe - Abonné 22 juin 2020 20 h 51

      Bonjour M. Bariteau,

      Tout semble si clair pour vous alors que j'ai écrit un texte aux contours flous en parlant d'une baleine imaginaire qui n'a rien à voir avec le Canada.

      Il s'agit plutôt d'une métaphore sur les limites que nous nous sommes imposées nous-mêmes tout au long de notre histoire en tergiversant sur notre appartenance au Québec et notre asservissement au Canada, déchiré que nous étions entre le chemin tracé par Papineau et le défaitisme de Parent, entre le franc-parler des Mercier et Bourassa et la compromission des Lafontaine et Laurier. Entre le conservatisme de Groulx et l'intellectualisme révolutionnaire de Marie-Victorin.

      Nous avons choisi la réforme tranquille des institutions plutôt que la révolution de l'indépendance.

      Par deux fois, nous avons choisi l'enferment tranquille dans le Canada, plutôt que le risque de l'indépendance.

      Nous sommes demeurés dans notre baleine, une espèce en voie de disparition.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 22 juin 2020 12 h 53

    @ Claude Bariteau Vous dites :

    @ Claude Bariteau Vous dites :
    « Pour tenir de tels arguments, vous faites implicitement appel, sans le dire, au pouvoir qu'auraient les descendants des Français de la colonie du Canada et ceux reconnus par la France. L'histoire ne vous donne pas raison. Par contre, votre propos contribue à enfermer les descendants des Français dans une logique ethnoculturelle aux antipodes des assises démocratiques qui se sont déployées après la révolution américaine. »

    Je fais une lecture géopolitique. Discipline qui fait de l'État l'objet premier de son étude. Et complètement absente du mouvement souverainiste, d'où votre projection complètement erronée en ce qui me concerne.

    Le Québec s'est reconnu comme État de facto lors de la Révolution tranquille, et de jure par la Loi 99 en l'an 2000.

    Le Québec est de par cette Loi 99 un État français en Amérique ( Préambule ) découlant de notre première constitution française , l'Édit de Création du Conseil Souverain de 1663.
    La Loi 99 précise le principe d'unité politique de l'État en définissant de manière statutaire la relation avec les nation autochtones et inuit, et avec une minorité anglaise au droits « consacrés ».

    • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2020 16 h 07

      M. Pomerleau, vous oubliez que la loi 99 dit, selon la juge Dallaire, que le peuple québécois, qui n’est pas l’État du Québec, peut décider de quitter le Canada de son propre gré. Cette loi dit aussi qu’une majorité de 50 % + 1 suffit, que l’intégrité du territoire du Québec ne peut pas être changée sans son accord et que le Québec, actuellement, reconnaît les droits aux peuples autochtones du Québec et aux anglophones qui constituent une minorité.

      Quant à l’édit de 1663, il fut signé par le roi au moment où le régiment de Carignan-Salières est expédié. Sa pertinence et sa portée disparaissent avec l’acte de 1763, qui se finalise dans le cadre des Accords de Westphalie de 1648. Ces accords encadrent par la suite les règlements entre les royautés à l’issue de conflits armés.

      La géopolitique ne peut pas faire table rase des règles internationales de reconnaissance, ni changer les visées d’une loi qui reconnaît au peuple sur un territoire le droit de s’autodéterminer selon une règle qui fait appel à un choix du peuple avec un appui de 50 % + 1 des votes exprimés soit par référendum, soit par élection plébiscitaire.

      Cela dit, l’État du Québec détient une forme de souveraineté en lien avec les pouvoirs qui sont les siens. Les démarches souverainistes de 1980 et de 1995 cherchaient à accroître ces pouvoirs et à réaliser une nouvelle entente avec le Canada, à défaut de laquelle l’option de l’indépendance devenait envisageable.