Le projet de loi omnibus de la CAQ critiqué par deux grandes centrales syndicales

«Je l’ai dit la journée du dépôt, il n’est pas question de faire un bâillon, il n’est pas question que le gouvernement impose ce projet de loi», a affirmé le premier ministre François Legault en conférence de presse lundi.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Je l’ai dit la journée du dépôt, il n’est pas question de faire un bâillon, il n’est pas question que le gouvernement impose ce projet de loi», a affirmé le premier ministre François Legault en conférence de presse lundi.

La relance économique ne doit pas se faire au détriment des écosystèmes et de la diversité biologique, selon une centaine d’organismes environnementaux, de syndicats et d’universitaires. Plusieurs de ces groupes, dont Équiterre, la Fondation David Suzuki et le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), doivent témoigner en commission parlementaire mardi, lors de la deuxième journée d’audiences sur le projet de loi omnibus du gouvernement Legault.

Ces groupes estiment que le Québec devrait embaucher davantage de fonctionnaires pour assurer une relance durable au lieu d’assouplir les règles environnementales. Le communiqué commun est également signé par le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Daniel Boyer, et le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau, qui ont tous deux sévèrement critiqué le projet de loi caquiste lundi.

« Bravo, vous avez battu tous les records », s’est exclamé M. Boyer en commission parlementaire, après avoir indiqué qu’il avait seulement reçu son invitation à témoigner vendredi midi.

« Un gros 7 h 58 ouvrable pour préparer une réponse adéquate », a-t-il ajouté.

Ce volumineux projet de loi sur la relance économique vise à accélérer 202 projets d’infrastructure un peu partout au Québec — Maisons des aînés, CHSLD, hôpitaux, écoles primaires ou secondaires, réfection de routes et projets de transports en commun — pour stimuler l’économie québécoise durement touchée par la pandémie. Le gouvernement veut l’adopter d’ici la fin des travaux parlementaires vendredi, soit une semaine et demie après l’avoir déposé.

« Je l’ai dit la journée du dépôt, il n’est pas question de faire un bâillon, il n’est pas question que le gouvernement impose ce projet de loi, a affirmé le premier ministre François Legault en conférence de presse lundi. Moi, ce que je veux, c’est le bonifier avec les partis d’opposition, pour le bien de l’ensemble des Québécois et du Québec. »

 

« On est capables, dans les prochaines semaines, de mettre au travail une partie des Québécois au chômage », a-t-il poursuivi. Il a dit avoir l’intention de respecter « toutes les exigences environnementales » dans des « délais plus courts ».

Or, la relance économique ne doit pas uniquement reposer sur le secteur de la construction, selon la FTQ. La CSN s’inquiète, quant à elle, des pouvoirs élargis dont le gouvernement disposerait.

« La dimension infrastructure pour nous, ça va de soi, mais c’est clair qu’on pense que le maintien de l’urgence sanitaire, que donner des pouvoirs extraordinaires au gouvernement à la place de modifier des règlements, des lois, pour nous, ça ne passe pas », a affirmé M. Létourneau, lors de son témoignage.

À l’extérieur, quelques centaines de manifestants se réclamant du mouvement Appel à la liberté étaient réunis devant l’Assemblée nationale pour dénoncer ce projet de loi, qu’ils jugent liberticide, tout comme le port du masque et les mesures de distanciation physique recommandées par la Santé publique.

De grands absents

Les partis d’opposition ont déploré l’absence, durant les consultations, de la vérificatrice générale et du Barreau du Québec, qui n’ont pas été en mesure de se libérer pour participer aux audiences tellement l’échéancier est serré.

L’ex-directeur du Service de police de la Ville de Montréal et actuel inspecteur général de la ville de Saint-Jérôme, Jacques Duchesneau, a été ajouté à l’horaire de la commission parlementaire mardi. Les libéraux réclamaient également d’entendre l’ex-procureur en chef adjoint de la commission Charbonneau et premier inspecteur général de la Ville de Montréal, Me Denis Gallant, qui s’est montré très critique à l’égard du projet de loi 61 dans les médias.

« Le gars qui peut générer le plus d’amendements constructifs à ce projet de loi là, la CAQ refuse de l’entendre », a affirmé le député libéral, Gaétan Barrette.

La successeure de Me Gallant au Bureau de l‘inspecteur général de la Ville de Montréal, Me Brigitte Bishop, a également été ajoutée à l’horaire mardi. Des discussions sont en cours entre les partis d’opposition et le gouvernement pour permettre aux députés d’entendre le témoignage de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, et du Barreau du Québec.

Les partis d’opposition craignent que l’article 50 du projet de loi ne mène à des dérives semblables à celles étalées au grand jour lors de la commission Charbonneau. Cet article permettrait au gouvernement de déroger à la Loi sur les contrats des organismes publics pour conclure des contrats de gré à gré. Il n’aurait plus à se plier à la règle du plus bas soumissionnaire.

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