Simon Jolin-Barrette dévoile sa nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise

Après réflexion, M. Jolin-Barrette a laissé tomber l’idée d’admettre exclusivement les finissants de certains domaines de formation au PEQ.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Après réflexion, M. Jolin-Barrette a laissé tomber l’idée d’admettre exclusivement les finissants de certains domaines de formation au PEQ.

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, revient à la charge en plein état d’urgence sanitaire pour réformer le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Il a dévoilé jeudi un projet de règlement visant à resserrer l’accès à cette voie express permettant aux étudiants internationaux et travailleurs étrangers d’obtenir leur certificat de sélection du Québec (CSQ) et, par ricochet, leur résidence permanente du Canada.

Après réflexion, M. Jolin-Barrette a laissé tomber l’idée d’admettre exclusivement les finissants de certains domaines de formation au PEQ. Il exigera plutôt une expérience de travail d’au moins une année aux détenteurs d’un doctorat, d’une maîtrise, d’un baccalauréat ou d’un diplôme d’études collégiales (DEC) qui ont complété un programme d’études techniques, et une expérience de travail d’au moins deux années pour les détenteurs d’un diplôme d’études professionnelles (DEP).

« L’expérience de travail acquise n’a pas à être en lien avec le domaine de formation », a précisé M. Jolin-Barrette en conférence de presse jeudi. « Prenons un exemple, le mien. J’ai étudié en droit, je suis avocat. Je pourrais pratiquer comme technicien juridique, comme avocat, ou comme secrétaire juridique, ou comme secrétaire médical, ou comme journaliste, ou comme chargé de communications », a-t-il poursuivi.

Ce ne sont toutefois pas toutes les expériences de travail qui ouvrent les portes du PEQ. En effet, les emplois requérant généralement un diplôme d’études secondaires ou une formation en milieu de travail (bouchers, conducteurs de grand routier, serveurs d’aliments et de boissons, etc.) ainsi que les emplois manuels nécessitant généralement une formation en cours d’emploi (cueilleurs de fruits, préposé à l’entretien ménager, etc.) ne sont pas admissibles.

« Avec un taux de chômage de plus de 17 %, l’adéquation entre les personnes immigrantes et les besoins de main-d’œuvre du Québec est au cœur de nos préoccupations. C’est pourquoi nous devons nous assurer que ces personnes puissent participer à la relance économique à la hauteur de leurs compétences par le biais de nos programmes d’immigration. Cette réforme nous en donne les moyens. Avec ces modifications le PEQ favorise davantage le succès de l’immigration permanente au Québec », a plaidé M. Jolin-Barrette jeudi.

Même si elle note des « changements [qui] semblent respecter davantage les besoins du marché du travail et pourraient permettre une meilleure intégration des immigrants », la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) juge que la réforme du PEQ survient « au mauvais moment ».

Mais, M. Jolin-Barrette a su convaincre l’équipe du premier ministre d’effectuer une deuxième tentative de modifier du PEQ en quelques mois. Sa première tentative avait tourné au fiasco.

En effet, M. Jolin-Barrette avait dû abandonner en novembre dernier — à la demande expresse du premier ministre François Legault — son règlement modifiant les critères d’admission au PEQ.

Le sous-ministre adjoint Alain Dupont avait été affecté à un autre poste dans l’administration publique. Celui-ci avait supervisé l’élaboration de la « Liste des domaines de formation admissibles au PEQ », qui a mis dans l’embarras le gouvernement caquiste. Des programmes de formation saugrenus y apparaissaient comme celui de « sciences domestiques » qui était jadis offert aux jeunes femmes afin de les maintenir dans leurs rôles de ménagère, de mère et d’épouse. Des « enjeux », des « ambiguïtés » se sont retrouvés sur la liste des 218 domaines de formation privilégiés, avait reconnu M. Jolin-Barrette.

« Il n’est plus question de liste dans la réforme proposée », a souligné à gros traits le ministre caquiste jeudi.

Le Conseil du patronat s’en réjouit. La Fédération des cégeps, aussi. Mais, le projet de réforme « néglige notamment [les] programmes d’attestation d’études collégiales (AEC) et fixe des conditions supplémentaires d’accessibilité susceptibles de rendre [les] formations [collégiales] moins attractives à l’international », déplore-t-elle. « Cette nouvelle réforme du PEQ pourrait encore fait l’objet d’ajustements », soutient le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay.

De son côté, Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) s’explique mal l’augmentation des délais de traitement des dossiers, de 20 jours à 6 mois, dans la mesure où « elle ne répond pas à la volonté d’efficacité voulue par le ministre ».

Deux programmes pilotes

M. Jolin-Barrette, qui se retrouvait dans l’ombre depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, a aussi annoncé jeudi le déploiement de deux programmes pilotes d’immigration permanente à compter de juin. Le premier vise à recruter 550 préposés aux bénéficiaires à l’étranger par année. Le second consiste à recruter des chercheurs du secteur de l’intelligence artificielle et des technologies de l’information.

C’est une « bonne idée [d’]aller chercher du monde pour venir en aide à nos personnes aînées », trouve l’élu libéral Monsef Derraji. Le député se demande toutefois comment le gouvernement québécois s’y prendra pour recruter des travailleurs alors que les vols commerciaux sont presque tous suspendus.

« Dès que les frontières vont rouvrir, on va être en mesure d’être opérationnels pour faire en sorte de sélectionner des préposés aux bénéficiaires de l’étranger qui ont une compétence dans ce domaine-là et qui veulent venir travailler au Québec pour occuper cet emploi-là », a promis M. Jolin-Barrette.

L’annonce du ministre prévoit un programme pilote pour recruter des préposées aux bénéficiaires à l’étranger, mais « rien de neuf pour reconnaître le travail de ceux et celles qui sont déjà au front », s’est désolé l’élu solidaire Andrés Fontecilla. Le second projet de réforme du PEQ en moins d’un an est ni plus ni moins qu’une « mauvaise suite » à un « mauvais film », a-t-il fait valoir.

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