Les Mohawks bloquent la réouverture du parc d’Oka

Les Québécois ont pu renouer mercredi avec le réseau de la SEPAQ… sauf à Oka, où les visiteurs se sont heurtés à un blocus érigé par les Mohawks de Kanesatake, qui craignent d’être contaminés par le coronavirus. Le refus de Québec d’intervenir autrement que par la discussion choque le maire d’Oka.

Tous les visiteurs qui ont tenté de profiter de la réouverture du parcd’Oka ont donc dû rebrousser chemin mercredi. Dès le matin, les accès étaient bloqués par des membres de l’Unité d’intervention d’urgence de Kanesatake, qui sont restés sur place toute la journée et qui entendent faire de même dans les prochains jours.

Les Mohawks souhaitent ainsi que le parc demeure fermé au moins jusqu’au 1er juin.

À une résidente qui lui demandait ce qui se passait — le blocus étant à près de trois kilomètres de l’entrée du territoire autochtone —, le grand chef Serge Otsi Simon répondait en matinée : « On n’a pas de problème avec les locaux, c’est ceux qui viennent de Montréal. On essaie de se protéger. »

« Ce n’est pas une revendication politique, a soutenu M. Simon en entretien avec Le Devoir. Je mets ça de côté : c’est vraiment la santé de la communauté » qui est ici en jeu, dit-il.

« Nous avons l’obligation de protéger nos gens. On a 50 % de notre population qui fait du diabète, de l’hypertension, ou qui a le cancer. S’ils attrapent la COVID-19, il y a un haut risque de décès. »

M. Simon estime que le gouvernement aurait dû consulter « plus adéquatement » le Conseil mohawk de Kanesatake avant d’annoncer la réouverture du parc de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). 15 des 23 établissements du réseau ont pu ouvrir mercredi leurs sentiers, après deux mois de fermeture. Le vélo et la pêche sont aussi permis dans cette première phase.

 

Illégal

« C’est illégal, ce qu’ils font. » Pour le maire d’Oka, Pascal Quevillon, la Sûreté du Québec et le gouvernement Legault ne devraient pas tolérer une telle situation — d’autant que ce barrage des Mohawks s’ajoute à cinq autres points de contrôles érigés par la communauté depuis fin mars pour contrôler les allées et venues des visiteurs.

Ces contrôles ne visent pas que le territoire autochtone. « L’accès au village [d’Oka] est bloqué » aux non-résidents, soutient M. Quevillon. Ce dernier a envoyé des mises en demeure au ministère des Transports et à la Sûreté du Québec (SQ) pour qu’ils interviennent, sans succès.

Mercredi, la SQ se bornait à dire que le « dossier est politique » et que des négociations avaient lieu entre Québec et les Mohawks. Au point de presse de 13 h, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a indiqué que le gouvernement « est en train d’essayer de voir exactement quelles solutions on pourrait trouver à cette problématique ».

Elle a indiqué qu’« interdire l’accès au parc » ne fait pas partie des solutions. Mais dans l’immédiat, « ce n’est pas un enjeu [les barrages] qui relève de la SQ », estime Mme Guilbault.

Au cabinet de la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, on disait en fin de journée que « la santé publique régionale est en discussion avec le grand chef de Kanesatake pour prévoir un plan de déconfinement qui répondra aux préoccupations de la population plus vulnérable. »

« Le gouvernement est sensible aux réalités particulières qui touchent les communautés autochtones, ajoutait Lauréanne Fontaine, attachée de pressede Mme D’Amours. Toutefois, le blocage à l’entrée du parc n’est pas une solution pour protéger les populations de Kanesatake et d’Oka. »

Les préoccupations sanitaires du grand chef Simon font dire au maire Quevillon que « des personnes vulnérables, il y en a partout au Québec. Bien sûr qu’il faut protéger nos aînés et les plus vulnérables. Mais on ne va pas attendre un vaccin [en confinement complet]… Il faut apprendre à vivre avec la COVID-19. Si on respecte les règles, il n’y aura pas de problème, que les gens soient d’Oka ou de Montréal. »

Serge Otsi Simon aimerait en être convaincu. Mais il estime que ce « serait mieux d’attendre encore deux semaines [avant d’ouvrir] pour voir comment les infections évoluent. Je n’ai pas l’impression qu’on est sorti du bois. »

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