Québec balise les rassemblements extérieurs

La vice-première ministre et titulaire de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a présenté comme un assouplissement les conditions dans lesquelles les gens peuvent se rendre visite, ce qui constitue en fait un resserrement des règles de voisinage.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La vice-première ministre et titulaire de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a présenté comme un assouplissement les conditions dans lesquelles les gens peuvent se rendre visite, ce qui constitue en fait un resserrement des règles de voisinage.

Les rassemblements extérieurs étaient déjà permis à condition que les gens soient à deux mètres de distance, mais le gouvernement Legault a senti le besoin de les encadrer avec l’arrivée du beau temps. La Santé publique restreindra dès vendredi ces rassemblements à un maximum de dix personnes provenant de trois familles ou adresses différentes, qui devront continuer de respecter les mesures de distanciation physique et d’hygiène recommandées.

Les rassemblements intérieurs demeurent interdits, pour l’instant. « C'est évident que quelqu'un, à un moment donné, va devoir entrer pour peut-être aller à la salle de bains », a reconnu la vice-première ministre Geneviève Guilbault en conférence de presse, donnant aussi l'exemple de jeunes enfants à qui on doit changer la couche. « Mais, s'il vous plaît, on vous demande d'éviter de vous rassembler à l'intérieur. On n'est pas rendus là pour le moment », a-t-elle insisté.

La ministre a parlé de « mesures d’assouplissement » pour les rassemblements extérieurs plutôt que de restrictions. Pourtant, le décret du 20 mars sur le renouvellement de l’état d’urgence sanitaire permet les rassemblements extérieurs lorsqu’ils réunissent « des occupants d’une même résidence privée », une personne qui donne un service ou du soutien à quelqu’un d’autre ou « si une distance minimale de deux mètres est maintenue entre les personnes rassemblées ».

 

En données


 

Le Québec a déploré 71 nouveaux décès mercredi pour un total 3718 depuis le début de la pandémie. Selon le dernier bilan, 578 nouvelles personnes ont été déclarées positives à la COVID-19, ce qui porte le total à 44 775. Mercredi, 183 personnes étaient hospitalisées aux soins intensifs, soit 3 de plus que la veille. En tout, 12 822 personnes qui avaient développé des symptômes sont rétablies.

« On vient clarifier, en fait », a indiqué Mme Guilbault. Si le décret permettait déjà des rassemblements extérieurs dans la mesure où la distanciation physique est respectée, le gouvernement décourageait les citoyens de le faire dans leur cour ou sur leur terrain, «dans des endroits qui sont propices à ce que, tôt ou tard, on ne soit plus à deux mètres ou qu'on veuille rentrer en dedans», s'est défendu la ministre.

Il s’agit d’un compromis, selon elle, à l’approche de la saison estivale entre le besoin de se rassembler en famille ou entre amis après deux mois de confinement « sans mettre en péril la santé des Québécois ».

À son cabinet, on indique qu’un autre décret devrait bientôt officialiser les nouvelles balises annoncées mercredi. Une information que l’attachée de presse de la ministre de la Santé, Danielle McCann, n’a pas été en mesure de confirmer.

L’application de ces nouvelles règles demeure donc floue pour l’instant, mais le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, espère qu’elles entreront dans l’usage. « Il faut que ça devienne comme une norme sociale, a-t-il expliqué. Ce n'est pas le temps de faire des partys, 30 personnes dans la cour autour de la piscine. Mais dix personnes avec la distanciation, ça va être permis. »

Le gouvernement n’exclut pas de faire marche arrière si de nouveaux foyers d’infection au coronavirus faisaient leur apparition.

 
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C’est le nombre d’hospitalisations mercredi (il était de 1784 la veille) avec la nouvelle méthode de comptabilisation. « On a le nombre, maintenant, de personnes qui ont été infectées et qui ont été traitées dans des milieux non hospitaliers », a expliqué la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, en conférence de presse. Environ 200 personnes traitées dans des centres de convalescence ou de réadaptation ont donc été retirées mercredi de la compilation des hospitalisations. Vingt autres personnes ont également quitté l’hôpital.

Geneviève Guilbault a par ailleurs invité les Québécois qui seraient tentés de dénoncer d’éventuels rassemblements illégaux de ne pas «tomber dans la surparanoïa». « S’il y a 25 voitures chez votre voisin et qu’ils sont normalement deux dans la maison, on peut comprendre que vous ayez des doutes. Mais des fois, ça se peut qu'il y ait des gens qui viennent avec plus qu'une voiture aussi », a-t-elle illustré, appelant la population et les policiers à faire preuve de « gros bon sens ».

Justement, l’annonce de jeudi va-t-elle modifier le travail des agents sur le terrain? La Sûreté du Québec (SQ) entend s’ajuster quand le nouveau décret sera publié, sans plus de détails. Du côté du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on se refuse à tout commentaire pour l’instant. Quant au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), on continuera de miser sur la « collaboration » des gens et sur le «discernement» des agents. « Des amendes sont données seulement en dernier recours », assure-t-on.

Depuis le début du confinement en mars, le SPVQ a dressé 192 constats d’infraction pour non-respect des consignes de santé publique, y compris pour rassemblement illégal. Le SPVM en a remis quant à lui 2515, dont 267 seulement la semaine dernière. C’est plus que la SQ, qui a donné 2153 constats et rapports d’infraction généraux.

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