Québec veut relancer l’économie par ses projets d’infrastructures

Le ministre Eric Girard ne craint pas un retour à l’austérité au cours des prochaines années même si la pandémie a causé un déficit budgétaire qui oscillerait entre 12 et 15 milliards.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Eric Girard ne craint pas un retour à l’austérité au cours des prochaines années même si la pandémie a causé un déficit budgétaire qui oscillerait entre 12 et 15 milliards.

Maisons des aînés, CHSLD, écoles, transports collectifs… De nombreux projets déjà prévus au Plan québécois des infrastructures (PIQ) seront devancés par le gouvernement Legault pour relancer l’économie qui tourne au ralenti en raison de la pandémie.

Le président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, a annoncé jeudi que l’équivalent de 2,9 milliards de dollars en projets seront concrétisés durant l’année financière 2020-2021 et quiviennent s’ajouter aux 11 milliards déjà prévus.

« Cette mesure permettra d’injecter plus d’argent, plus rapidement, dans les secteurs que l’on dit prioritaires de l’économie du Québec », a-t-il affirmé en conférence de presse. Il était accompagné du ministre des Finances, Eric Girard. « En fait, ce qu’on fait un peu, c’est que la demande publique vient remplacer la demande privée qui est affectée par les conditions économiques », a expliqué celui-ci.

La part du lion de cette nouvelle somme revient au réseau de l’éducation qui recevra 1,1 milliard supplémentaire pour la réfection et l’agrandissement d’écoles. Le PQI prévoyait déjà 1 milliard durant l’année financière en cours pour donner un coup de neuf aux écoles négligées depuis 30 ans. C’est donc plus de la moitié de 5,9 milliards prévus jusqu’en 2030 pour l’agrandissement, à la rénovation et à la construction d’écoles qui sera allouée en 2020-2021. 

Le PQI prévoit une vingtaine de projets majeurs de 50 millions de dollars ou plus dans la grande région de Montréal et 2300 projets de rénovation un peu partout au Québec sur dix ans.

Le réseau de la santé disposera de 700 millions supplémentaires pour accélérer la construction des 30 maisons des aînés annoncées en juin 2019.

Le gouvernement a depuis fait passer le nombre de places de 2600 à 2900, a indiqué le ministre Dubé. Une trentaine de terrains avaient déjà été réservés. Une somme de 600 millions sera consacrée à des projets de transports collectifs principalement à Mont-réal et 370 millions seront alloués au réseau routier.

La crise a coûté 23 milliards

Le devancement de ces projets d’infrastructure s’ajoute aux montants déjà consentis pour permettre aux entreprises de passer à travers la crise et pour bonifier le salaire des travailleurs essentiels. « Nos interventions totalisent 23 milliards de dollars ou 5 % du PIB, a indiqué le ministre Girard. Je vous rappelle qu’il y avait 2,5 milliards pour les entreprises, plus d’un milliard pour les travailleurs essentiels, aujourd’hui, 3 milliards pour les infrastructures. »

Selon ses estimations, ces 3 milliards devraient avoir un effet positif sur l’économie qui ajouterait 1,5 milliard au PIB, soit 0,3 %. M. Girard ne craint pas un retour à l’austérité au cours des prochaines années même si la pandémie a causé un déficit budgétaire qui oscillerait entre 12 et 15 milliards. Il a rappelé que le Québec était dans une position économique enviable au début du mois de mars avec son surplus de 4 milliards de dollars. Le retour à l’équilibre budgétaire se fera donc graduellement.

« En le faisant sur un horizon de trois à cinq ans, on va pouvoir éviter l’austérité et surtout éviter les hausses d’impôts parce que les Québécois sont déjà suffisamment taxés », a-t-il affirmé.

Hors de question également de prélever un « impôt de pandémie » sur les grandes entreprises comme le propose Québec solidaire.

Le deuxième groupe d’opposition avait suggéré au gouvernement, plus tôt dans la journée, de puiser dans les poches des grandes bannières commerciales pour renflouer ses coffres étant donné qu’elles ont pu continuer d’engranger des profits en restant ouvertes durant les deux premiers mois de la pandémie, alors que le reste de l’économie a dû fermer.

« Les grandes entreprises font déjà leur part au Québec, a expliqué M. Girard. « Elles représentent 1 % des entreprises et 50 % des impôts corporatifs. […] On veut avoir plus de grandes entreprises, plus de sièges sociaux au Québec, et, de maintenir une fiscalité compétitive, c’est très important pour ça. »

Le ministre des Finances a indiqué qu’il ferait le point sur le déficit lors d’un énoncé complémentaire vers la fin du mois de juin. La mise à jour économique est prévue à l’automne.

Le ministre Christian Dubé a indiqué que le gouvernement travaillait sur l’élaboration d’un « deuxième budget » et d’un « deuxième PQI » sans indiquer quand ils seraient dévoilés.