Legault s’impatiente et se rend à Montréal

Après avoir essuyé les tirs des groupes d’opposition mercredi, le premier ministre, François Legault, rentre pour la première fois en deux mois à Montréal, où il compte interroger les dirigeants du réseau de la santé sur leur gestion de la crise.

Il s’entretiendra notamment jeudi et vendredi avec les directeurs régionaux de santé publique et les présidents-directeurs généraux des CIUSSS et des CISSS. Il visitera aussi, pour la première fois depuis le début de la crise d’urgence sanitaire, un centre hospitalier.

La progression du « maudit virus » sur l’île de Montréal — qui abrite la moitié des personnes déclarées positives à la COVID-19 — suscite l’inquiétude à la fois du gouvernement et des oppositions.

M. Legault et sa garde rapprochée comptent d’ailleurs y multiplier les apparitions publiques au fil des prochaines semaines. Le point de presse du premier ministre et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, sur la situation du nouveau coronavirus, se transportera jeudi du Parlement à la cinquième salle de la Place des Arts.

En point de presse mercredi, le chef caquiste a dit s’attendre à « des obligations de résultat partout » dans le réseau de la santé. « Je comprends qu’à l’impossible nul n’est tenu. Pendant un certain temps, il y a eu un manque de personnel important », a-t-il commencé. « Je pense que les postes sont pas mal comblés actuellement, donc il n’y a pas de raison », a-t-il cependant ajouté.

 

En données


 

En date de mercredi, Québec avait recensé 89 nouveaux décès dus à la COVID-19, pour un total de 3220. Il y avait 706 nouveaux cas, pour un total de 39 931. Quelque 1876 personnes étaient hospitalisées, dont 194 aux soins intensifs.

M. Legault s’est montré agacé de la performance du réseau sur deux aspects. « Je ne suis pas content, je l’ai dit aux personnes concernées », a-t-il d’abord dit au sujet de la cadence des tests de dépistage. Québec est loin de l’objectif quotidien de 14 000 tests qu’il s’était fixé au début du mois. Le nombre de tests est passé à 10 000 vendredi, pour redescendre à 9000 par la suite.

Autre écueil, la communication avec les ressources d’hébergement demeure visiblement laborieuse. M. Legault a posé des questions « aux gens qui sont responsables » afin de connaître le nombre de cas de COVID-19 dans chacune des ressources d’hébergement. « Pourquoi on ne l’a pas résidence par résidence, puis avec le pourcentage ? », a-t-il demandé.

Les questions de l’opposition

Le premier ministre s’est aussi obligé mercredi à répondre aux interrogations des chefs des partis d’opposition dans la salle de l’Assemblée nationale, dépouillée de nombreux pupitres et désinfectée. Il s’agissait d’une première en près de neuf semaines.

« On a dû mettre, en quelque sorte, l’exercice démocratique qui se déroule couramment à l’Assemblée nationale sur pause […] pour pouvoir nous concentrer sur la gestion de la pandémie », a rappelé la vice-première ministre, Geneviève Guilbault.

 

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La nouvelle cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, a demandé au premier ministre pourquoi quelque 60 % des personnes décédées des suites de la COVID-19 au Canada étaient québécoises. « 3113 personnes décédées au Québec : c’est l’équivalent de la municipalité de Saint-Tite », a-t-elle illustré.

En guise de réponse, le chef du gouvernement a rappelé que, « pour toutes sortes de raisons », la société québécoise avait « choisi d’avoir trois fois plus de personnes, toutes proportions gardées, dans des centres de soins de longue durée » — où 90 % des décès sont survenus jusqu’ici.

Le Parti libéral comme le Parti québécois ont soumis l’exemple de l’État de New York au premier ministre. « À New York, c’est sept critères et, tant qu’on ne répond pas aux sept, on ne déconfine pas et on dit aux citoyens où on est rendus. Ça, c’est un plan. Ça, c’est de la transparence », a répété le libéral André Fortin. Au Québec, « on nage dans la confusion », a-t-il déploré.

Québec solidaire a aussi dit avoir l’intention de presser le gouvernement de questions afin de « comprendre quel est le plan du premier ministre de la CAQ pour sortir le Québec de la crise ». « C’est quoi, les courbes qui vont nous permettre de dire : là, c’est le moment ? », a demandé Manon Massé. « Actuellement, moi, ce que je vois derrière ça, c’est une décision politique. »

 

Le chef péquiste Pascal Bérubé s’est lui aussi évertué à presser les membres du gouvernement Legault de « questions essentielles que se pose le public ».

Son parti, comme le Parti libéral, a demandé au gouvernement de rendre le port du masque obligatoire — respectivement, dans les transports en commun à Montréal et partout au Québec.

« Si on voulait fournir des masques à tous les Québécois qui utilisent les autobus, le métro, partout au Québec, on aurait besoin de dizaines de millions de masques », a répondu le premier ministre, en larguant ses explications sur les implications légales que pourrait avoir l’obligation du port du masque.

Marguerite Blais critiquée

Les députés d’opposition ont dit regretter de voir la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, cantonnée à un rôle sans réel pouvoir dans le gouvernement Legault.

La députée de Fabre, Monique Sauvé, a souligné que des gestionnaires du réseau de la santé interdisent toujours l’accès à leurs établissements aux proches aidants en dépit de consigne de la part de Mme Blais. « Est-ce que ça va prendre une troisième directive pour que la ministre réussisse enfin à se faire entendre ? » a-t-elle demandé.

« Tous les P.D.G. [de CIUSSS et de CISSS] ont été extrêmement… Ils ont collaboré et ont dit que “Oui, parfois, c’est plus compliqué dans certains établissements où il y a une très forte présence de COVID-19” », a expliqué la ministre caquiste.

Selon M. Nadeau-Dubois, « le Québec a plus que jamais besoin » d’un porte-parole des aînés « qui a un pouvoir décisionnel » au sein du Conseil des ministres.

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5 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 14 mai 2020 06 h 30

    Montréal ville cosmopolite, devenue ingouvernable


    Beaucoup de fractures sur le plan social et économique apparaissent au grand jour avec toutes conséquences que cela comporte en temps de pandémie...

    • Raynald Rouette - Abonné 14 mai 2020 16 h 31


      Et la situation n'ira pas en s'améliorant avec ou sans le Covid-19, trop de non-dits et sujets tabous concernant cette ville depuis trop longtemps...

  • Michel Lebel - Abonné 14 mai 2020 09 h 54

    Trop de place!

    François Legault prend trop de place dans les médias ces jours-ci. Je perçois un certain désarroi chez l'homme. Il devrait plutôt laisser la ministre McCann, responsable de la Santé, prendre une place beaucoup plus importante. Le premier ministre doit montrer qu'il a un plan, un plan solide, afin de rassurer les citoyens. Il doit plutôt agir en retrait, supervisant les choses. Les explications plus précises doivent surtout venir de la ministre McCann. Ne comptons pas sur la ministre Marguerite Blais...

    M.L.

  • Bertrand Côté - Inscrit 14 mai 2020 11 h 08

    La ministre Blais

    Au point de presse de Monsieur Legault, il a affirmé toute sa confiance à Mme Blais; il n'avait pas le choix de dire autre chose voyons donc, mais s'il faisait un remaniment, je ne suis pas certain qu'elle resterait dans ses fonctions. Bye la visite

  • Gilles Théberge - Abonné 14 mai 2020 12 h 28

    Ben justement « En guise de réponse, le chef du gouvernement a rappelé que, « pour toutes sortes de raisons », la société québécoise avait « choisi d’avoir trois fois plus de personnes, toutes proportions gardées, dans des centres de soins de longue durée »...

    Il serait à peu prèe temps que l'on remette en question cet « pour toutes sortes de raisons »...

    Pour quelles raisons au juste ? Parce que ça coûtait moins cher n'est-ce-pas. Moins cher qu'un système efficace de services à domicile. Tel que le préconisé d'abord par Michel Calir et ensuite par le ministre Réjean Hébert.

    À titre d'exemple voici ce que déclarait Réjean Hébert alors candidat du Parti Québécois : « Le candidat vedette Réjean Hébert... a fait valoir que 3,5 % des aînés demeurent dans des centres. Ramener ce taux à 3% ferait économiser 365 millions $. «Je suis sûr que si on leur donne le choix (...), les gens vont préférer rester à la maison», a dit le spécialiste.»...

    Et la commision Clair, c'était bien avant le ministre Hébert. La commission qui a rejoint une foule de syndicats et d'associations reliées au monde médical que préconisait-elle ?

    Lisez les recommandations. Je dirais osez lire les recommandations... Vous verrez que le problème est bien conu. et les solutions sont là toutes : https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2000/00-109.pdf

    Alors les « maisons des aînés » c'est du pipi de chat(!), ou appelez ça comme vous voulez mais ce n'est pas la solution « idoine » préconisée par Marguerite Blais Qui ferait bien mieux d'aller s'occuper de ses marguerites et autre fleurs justement.

    Et débarrasser le paysage en même temps !