La Santé publique réclame plus de discipline

L’épidémie de coronavirus ne donne pas de signes de ralentissement à Montréal. C’est dans ce contexte que le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, a rappelé à l’ordre les personnes qui négligent de suivre les directives des autorités sanitaires dans le cadre des enquêtes.

De passage à Montréal-Nord vendredi, le Dr Horacio Arruda a lancé un appel à une plus grande discipline. « On a des échos sur le terrain selon lesquels plusieurs personnes qui sont des cas ou des contacts de cas sont contactées par les directions de santé publique qui mènent des enquêtes, mais qu’elles ne font pas le suivi qui leur est demandé, a-t-il dit. Soit qu’elles ne se rapportent pas, qu’elles ne surveillent pas leurs symptômes ou qu’elles ne restent pas isolées. Cette situation est très problématique et va nuire grandement au travail de nos équipes de santé publique qui travaillent jour et nuit à essayer d’éviter la propagation de façon intense. »

« Si on se laisse aller, on va devoir revenir en arrière et ce n’est pas ce qu’on veut faire », a-t-il ajouté.

En données


Quatre-vingt-quatorze décès s’ajoutent au nombre de vies déjà fauchées par la COVID-19, pour un total de 2725 morts. Le nombre de Québécois contaminés au nouveau coronavirus s’établit désormais à 36 150, une augmentation de 912 par rapport à la veille. Dans les hôpitaux, on a enregistré une baisse de neuf personnes hospitalisées, portant le total à 1827 vendredi. Et une baisse de 17 a également été relevée chez les patients aux soins intensifs, qui sont maintenant 207.

Accélérer le dépistage

Le Dr Arruda a fait savoir que la Santé publique comptait accroître le nombre de tests de dépistage, particulièrement dans les secteurs chauds de la métropole où la contamination communautaire demeure soutenue. Il a indiqué qu’un objectif de 14 000 tests de dépistage quotidiens était visé pour l’ensemble du Québec. À l’heure actuelle, quelque 10 000 tests sont réalisés chaque jour, a-t-il dit.

À Montréal, épicentre de la pandémie au Canada, la direction régionale de la santé publique souhaite augmenter la cadence des tests pour en réaliser 3000 par jour en misant sur les cliniques de dépistage avec ou sans rendez-vous, ainsi que sur les unités mobiles. À l’heure actuelle, deux unités mobiles se déplacent dans les quartiers les plus problématiques. « L’objectif des unités mobiles, c’est d’aller dans les points chauds où l’on voit une transmission plus soutenue ou dans des quartiers où il y a des barrières de langues, de transport et d’accès aux tests de dépistage », a expliqué la directrice régionale, la Dre Mylène Drouin.

La Dre Drouin a rappelé que le dépistage était une étape essentielle pour espérer la réouverture des commerces et des entreprises dans la métropole. Jeudi, le premier ministre, François Legault, a d’ailleurs repoussé d’une autre semaine le déconfinement dans le Grand Montréal, le reportant au 25 mai. La Dre Drouin a rappelé que le respect des consignes demeurait primordial d’autant que la courbe n’a pas encore été aplanie à Montréal.

Capacité d’enquête

La hausse du nombre de dépistages nécessitera d’augmenter aussi la capacité d’enquête. Selon la Direction régionale de santé publique de Montréal, 140 personnes sont actuellement affectées aux enquêtes pour retrouver les contacts des cas de COVID-19 et 24 au suivi étroit des personnes atteintes. Une soixantaine consacrent leur énergie sur les éclosions.

« Ce n’est pas beaucoup, dit la Dre Marie-France Raynault, médecin spécialiste en santé publique. C’est à peine suffisant. » Mener une enquête peut être long, rappelle-t-elle. « Cela peut prendre deux heures, dit-elle. Souvent, on annonce aux gens qu’ils ont la COVID-19. Il faut y aller doucement. » En plus de donner des consignes aux personnes infectées, les « enquêteurs » doivent leur poser de multiples questions pour retrouver les contacts significatifs des deux derniers jours, ajoute-t-elle.

La Dre Mylène Drouin a indiqué que ses équipes travaillaient de 8 h à 22 h, 7 jours sur 7. « Notre capacité est de 500 enquêtes par jour », a-t-elle dit. Une opération de recrutement est en cours pour embaucher de 50 à 100 employés supplémentaires. Du renfort dont l’équipe a bien besoin, estime la Dre Marie-France Raynault.

La Dre Mylène Drouin a souligné que son équipe mène habituellement 6000 enquêtes par année. « On a dépassé les 18 000 en huit semaines », a-t-elle dit.

Recruter cette centaine d’employés sera un défi. Les hôpitaux et les CHSLD sont en « compétition » pour trouver du personnel, comme des infirmières, d’après la Dre Marie-France Raynault. « On pige tous dans le même bassin », dit-elle.

Montréal-Nord

La députée libérale de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, reproche aux autorités de ne pas rendre les tests de dépistage suffisamment accessibles pour les citoyens de Montréal-Nord, une zone particulièrement touchée par la pandémie. Une clinique temporaire a été installée au CLSC, mais les unités mobiles n’ont toujours pas fait de halte dans ce secteur, a-t-elle signalé : « Les autorités sont en réaction. La politique de dépistage change tous les deux jours. Les gens de Montréal-Nord sont confus. Il y a peut-être une bonne volonté, mais il y a beaucoup de désorganisation. Je ne sens pas que la situation est sous contrôle ».

Le plus récent bilan fait état de 36 150 cas d’infection confirmés pour la province avec 2725 décès. Sur l’île de Montréal, le nombre de cas atteint 18 435 cas et 1727 décès.

EN RÉSUMÉ

Masques non conformes

Le gouvernement fédéral a suspendu les envois de masques N95 d’un fournisseur montréalais, sans l’identifier, après qu’environ huit millions de ces articles fabriqués en Chine eurent échoué à respecter les normes de spécification. Le cabinet de la ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, a déclaré que sur les près de onze millions de masques reçus du distributeur, environ un million seulement répondaient aux normes fédérales.

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