Une commande de 200 000 tests mise en attente

Le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux a déjà passé une commande pour 200 000 tests et 100 machines «cubes» auprès de Spartan, d’une valeur de 16 millions de dollars.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux a déjà passé une commande pour 200 000 tests et 100 machines «cubes» auprès de Spartan, d’une valeur de 16 millions de dollars.

Santé Canada soulève des doutes sur l’efficacité d’une trousse de dépistage rapide de la COVID-19, mise au point par une entreprise canadienne auprès de laquelle Québec a commandé 200 000 de ces tests.

Spartan Bioscience a confirmé dimanche la mise en attente de ces nouveaux dispositifs, qui avaient été approuvés sur une base intérimaire par Santé Canada le 13 avril dernier. L’entreprise souligne que c’est de l’efficacité du prélèvement de l’échantillon que l’agence fédérale doute, et non de l’analyse par l’appareil portatif nommé le « cube ».

D’ici à ce que des études supplémentaires s’avèrent concluantes, la trousse pourra continuer d’être utilisée à des fins de recherche seulement — et pas pour poser des diagnostics.

Les tests conçus par Spartan avaient obtenu de bons résultats en laboratoire, mais les écouvillons ont présenté des problèmes lorsque les études se sont poursuivies dans un contexte clinique, comme sur le terrain.

Les autorités sanitaires fédérales soutiennent que cette complication ne change rien à la capacité de dépistage envisagée à l’échelle du Canada, puisque leur cible de 60 000 testsquotidiens se base sur les moyens déjà à leur disposition.

Selon l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, Theresa Tam, il fallait s’attendre à de tels imprévus au moment où la mise au point et l’approbation de nouvelles solutions face à la nouvelle pandémie doivent se faire à la vitesse grand V.

Questionné dimanche lors de son point de presse quotidien, Justin Trudeau a lui aussi rappelé que son gouvernement agit dans l’urgence pour résorber la crise. « Quand on fait ça rapidement, on apprend aussi, rapidement, différents […] défis associés à certains […] équipements. Et donc, on continue d’y réagir », a expliqué le premier ministre.

Campagne massive

Au Québec, le ministère de la Santé a déjà passé une commande pour 200 000 tests et 100 machines « cubes » auprès de Spartan, d’une valeur de 16 millions de dollars. Une partie de cette commande devait arriver le 31 mai, précise-t-on, mais le gouvernement ne misait pas sur cette source d’approvisionnement pour mettre en œuvre sa campagne de dépistage « massif », annoncée cette semaine.

« Dans le cas où l’appareil ne reçoit pas l’homologation requise, la commande sera annulée en vertu d’une clause prévue à cet effet », précise par courriel un porte-parole du ministère.

Vendredi, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, avait annoncé que la capacité de dépistage du Québec passerait de 6000 à 14 000 tests par jour, en vue du déconfinement.

Selon les données de Spartan, seulement 5500 tests avaient été expédiés jusqu’à présent, dont 560 au Québec, pour validation auprès des organismes de santé. « Il n’y a eu aucune utilisation de cette trousse de dépistage qui aurait pu affecter les résultats de diagnostic de patients », assure la Dre Tam.

Ce revers touche surtout les communautés rurales et éloignées, fait-elle valoir, car l’intérêt du « cube » de Spartan était d’analyser les prélèvements en moins de 30 minutes, sans avoir à les acheminer au laboratoire le plus près.

Ce transport des prélèvements peut constituer un défi logistique de taille dans les régions plus reculées, en plus de ralentir les efforts de dépistage.

Des soins en ligne

Le gouvernement fédéral a annoncé dimanche l’octroi de 240 millions de dollars pour financer des soins de santé en ligne. Le premier ministre Justin Trudeau en a fait l’annonce dimanche matin. « Ces fonds serviront notamment à créer une plateforme en ligne qui offrira une multitude de services en santé mentale », a-t-il indiqué lors de son point de presse à Rideau Cottage. « C’est de l’argent qui va aussi nous permettre d’offrir une plus grande gamme de soins virtuels pour ces moments où il n’est pas nécessaire de voir un médecin en personne », a-t-il ajouté. Une partie de ces millions ira aux provinces et territoires, la santé relevant de leur compétence. Ottawa crée également un nouvel organisme pour gérer les achats nécessaires pour lutter contre la pandémie de la COVID-19. Un « Conseil pour l’approvisionnement » sera chargé de trouver « des solutions innovatrices » pour que l’on ne manque plus de masques ni de désinfectant pour les mains.


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