Le Québec se remet en branle à son rythme

La peur du coronavirus ne sera pas suffisante pour justifier un refus de travailler lors de la réouverture de l’économie québécoise. Le retour sera obligatoire pour les employés à moins qu’ils évoquent une situation particulière déjà prévue dans la loi ou leurs conventions collectives, a indiqué le ministre du Travail, Jean Boulet, au Devoir mardi en marge du dévoilement du plan de reprise.

« Si la personne n’a pas de motifs raisonnables, c’est sûr que ça fragilise la relation, puis il y a des employeurs qui pourraient considérer la personne comme quittant volontairement son emploi », a affirmé celui qui a fait carrière comme avocat en droit du travail.

« Si l’employé dit “je ne peux pas retourner travailler, je suis malade ou je dois prendre soin d’un parent qui est malade ou j’ai une condition personnelle qui me fragilise tenant compte de tel ou tel risque dans le milieu de travail”, ce sera à évaluer au cas par cas », a-t-il ajouté en faisant appel à « l’accommodement raisonnable des employeurs » qui peuvent s’appuyer sur la Loi sur les normes du travail et les conventions collectives.

L’économie québécoise doit rouvrir à petits pas à compter du 4 mai. Le calendrier annoncé mardi lors de la conférence de presse quotidienne du premier ministre, François Legault, permet la réouverture de certains secteurs de l’économie bien précis, mais en laisse d’autres fermés.

Les magasins dont la porte d’entrée donne sur l’extérieur pourront rouvrir dès le 4 mai à la grandeur du Québec, sauf pour la grande région de Montréal. Les commerces de la communauté métropolitaine de Montréal ouvriront le 11 mai, soit une semaine plus tard. Les centres commerciaux devront toutefois demeurer fermés jusqu’à nouvel ordre. La fermeture des magasins non essentiels le dimanche, quant à elle, est maintenue.

« Mettre le Québec en pause n’a pas été une décision facile à prendre, a déclaré le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. La situation, par contre, se stabilise dans la très grande majorité des régions du Québec et on a obtenu l’autorisation de la Santé publique pour annoncer graduellement, et de façon sécuritaire, la réouverture de notre économie. »

« On n’hésitera pas à revenir en arrière si jamais il y avait une nouvelle éclosion du virus », a-t-il ajouté.

Le plan a été élaboré en concertation avec quatre équipes, soit celles du ministère de l’Économie, de la Direction de la santé publique, du ministère du Travail et de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

 

L’organisme a publié une « trousse COVID-19 » sur son site Internet qui contient un guide sur les normes sanitaires en milieu de travail ainsi que huit aide-mémoire pour les employeurs. Il s’agit de « règles très claires que toutes les entreprises autorisées à rouvrir devront respecter en tous points », a précisé M. Fitzgibbon. Par exemple, le guide préconise l’utilisation de cloisons transparentes entre les postes de travail, le maintien de la distanciation physique et le nettoyage des surfaces fréquemment touchées. L’équipement de protection individuelle, comme le masque ou la visière, devra être fourni selon le risque.

En tout, trois groupes d’entreprises pourront rouvrir « graduellement » au cours du mois de mai. Outre le commerce au détail, il y a également le secteur de la construction en génie civil — travaux routiers et chantiers d’infrastructures — et les entreprises manufacturières. Les usines devront s’assurer qu’il y a un maximum de 50 travailleurs sur le plancher et 50 % des employés excédentaires par quart de travail. Si tout se passe bien, elles pourront rouvrir « sans restrictions » à partir du 25 mai. Le secteur de la construction, qui emploie 85 000 personnes, rouvrira complètement le 11 mai.

Tous les autres lieux qui invitent à la proximité ou au rassemblement entre les gens demeureront fermés jusqu’à nouvel ordre, comme les centres commerciaux, les restaurants, les salons de coiffure, les salons esthétiques, les salles de spectacles, les théâtres, les musées, les cinémas et les lieux touristiques. Les déplacements interrégionaux seront autorisés, mais seulement dans le cadre du travail.

 


Le Québec a déploré 83 nouveaux décès mardi, pour un total de 1682 depuis le début de la pandémie. La santé publique compte 25 757 cas confirmés. Il s’agit d’une augmentation de 775 cas en 24 heures. En tout, 1625 personnes sont hospitalisées, dont 217 aux soins intensifs. C’est 84 hospitalisations de plus que la veille.

Peur du virus

Reste que le retour au travail suscite des craintes dans la population. « J’ai peur qu’on déconfine trop vite, a confié au Devoir la conceptrice publicitaire Josiane Cossette. Cette mère de deux enfants, dont l’un a une fragilité pulmonaire, craint une seconde vague d’infections.

« Je ne suis pas à l’aise que la société reprenne son cours et que des personnes plus vulnérables soient mises en danger quand on ne comprend pas encore exactement comment ce virus-là fonctionne et à qui il s’attaque gravement et pour quelles raisons, a-t-elle expliqué. On peut tous être vulnérables jusqu’à un certain point sans le savoir. »

Le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, concède que le coronavirus pourrait être accompagné de « phénomènes plus rares » comme la formation de caillots sanguins, mais qui ne sont pas suffisamment « significatifs » pour empêcher la reprise.

Il s’est rallié au plan de redémarrage de l’activité économique après avoir obtenu l’assurance qu’il pourra s’en éloigner en cas de nouvelle flambée de la COVID-19. « Je suis confortable, mais avec le conditionnel que ça va être réévalué chaque jour », a-t-il souligné en conférence de presse. Il a admis que le Québec prend un « risque pondéré » en amorçant la reprise des activités économiques puisque le déconfinement se traduira nécessairement, selon lui, par une recrudescence des cas d’infection à la COVID-19 et éventuellement des hospitalisations et des décès. Un élément que le gouvernement espère minimiser avec sa réouverture graduelle.

Avec Marco Bélair-Cirino

Ce qui demeure fermé

Centres commerciaux
Restaurants
Salons de coiffure
Salons esthétiques
Salles de spectacles, théâtres, musées, cinémas
Lieux touristiques

Calendrier de reprise

4 mai


Magasins avec entrée extérieure dans l’ensemble du Québec sauf pour la grande région de Montréal
 

11 mai


Magasins avec entrée extérieure de la grande région de Montréal
L’ensemble des chantiers de construction
Entreprises manufacturières avec restrictions (maximum de 50 % des travailleurs)
 

25 mai


Entreprises manufacturières sans restrictions

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2 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 29 avril 2020 06 h 07

    Le danger et la peur

    La peur n'est pas suffisante pour justifier un refus
    Lorsque la classe économiquement dominante décide de stopper partiellement l'économie pour l'ajuster à la pandémie, elle le fait pour parer au DANGER. Lorsque les autres classes hésitent à reprendre le collier, elles le font par PEUR. D'un côté, il y a la RAISON du plus fort, et de l'autre, l'ÉMOTION des faibles. Les inégalités réelles du capitalisme sont ainsi projetées dans le monde des idées et servent à maintenir le joug sans lequel elles devraient être abolies.

  • Samuel Prévert - Inscrit 29 avril 2020 06 h 57

    Les centres de francisation

    J'aimerais qu'on m'explique comment il se fait que les profs qui sont à la francisation des immigrants doivent retournerner, dès le 4 mai, dans les centres où ils travaillaient (jusqu'au 13 mars) pour donner un enseignement à distance à leurs étudiants qui, eux, restent à la maison.

    Ces centres sont situés à Montréal. Certains des profs utilisent les transports en commun. Certains ont plus de 55 ans.

    Pourquoi ne pas continuer à enseigner à distance à partir de chez soi? Pourquoi exposer inutilement des professeurs?

    Puisque ces centres sont vides d'étudiants, pourquoi ne pas laisser le choix aux profs d'y retourner ou non?