Les éducatrices veulent des tests

Les éducatrices des services de garde d’urgence exhortent Québec à leur garantir l’accès aux tests de dépistage avant d’aller de l’avant avec l’ouverture graduelle des écoles.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les éducatrices des services de garde d’urgence exhortent Québec à leur garantir l’accès aux tests de dépistage avant d’aller de l’avant avec l’ouverture graduelle des écoles.

Devant l’impossibilité d’appliquer une distanciation physique avec les enfants, les éducatrices des services de garde d’urgence exhortent Québec à leur garantir l’accès aux tests de dépistage avant d’aller de l’avant avec l’ouverture graduelle annoncée lundi.

« Je n’ai pas fait le choix d’être sur la première ligne. Tous les jours, on change des couches, on essuie des nez et on réconforte des enfants, et jusqu’à présent, on ne nous a pas donné de matériel de protection », souligne Paula Romero.

L’éducatrice au CPE Pierrot La Lune, sur la Rive-Sud à Montréal, confie s’être sentie laissée pour compte dans les dernières semaines. « Chaque matin, je fais abstraction du fait que nous sommes en pandémie parce que sinon, je serais trop frustrée de venir travailler », laisse tomber Mme Romero. « J’aime vraiment ma job, mais ce qui vient me chercher, c’est le traitement qu’on nous a réservé. En ce moment, nous avons environ quatre enfants par local et c’est difficile. Soit on désinfecte, soit on anime, mais faire les deux en même temps, c’est impossible », poursuit-elle.

Le plus frustrant, racontent plusieurs éducatrices contactées par Le Devoir, c’est d’être tenues dans l’ignorance de l’état de santé des parents des enfants qu’elles gardent.

« Je suis sous le choc parce qu’on n’a pas vraiment été épaulées. J’ai été témoin d’un enfant dont la mère a été déclarée positive à la COVID-19, et la direction ne nous a jamais avisées », se désole Johanne (nom fictif), une éducatrice en milieu scolaire qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. C’est que Johanne travaille dans une école de Laval où les enfants des employés du CHSLD Sainte-Dorothée, important foyer d’éclosion de la COVID-19, sont accueillis.

« On rentre travailler la peur au ventre et on n’a même pas de garantie qu’on pourra être dépistées », se désole-t-elle.

À ce jour, 28 cas de COVID-19 ont été déclarés dans 22 services de garde d’urgence, a indiqué le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. « Il faut remettre ça en perspective […] alors qu’on accueille plus de 5000 enfants par jour dans plus de 1000 établissements un peu partout au Québec », a-t-il noté lundi.

Jusqu’à présent, l’application des recommandations de la santé publique a été à géométrie variable, explique Louise Labrie, représentante des CPE à la Fédération de la santé et des services sociaux.

« Les chiffres du ministre Lacombe sont, à notre avis, erronés et ne reflètent pas la réalité puisque ce ne sont pas tous les CPE qui ont eu accès à des tests de dépistage », dit-elle.

Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec, convient que la réduction du nombre d’enfants par éducatrice, combinée à une diminution du taux d’occupation dans les établissements, a contribué à limiter une propagation du virus. Elle estime cependant que, lors du déconfinement, il faudra s’assurer de l’accès aux tests pour éviter que des CPE deviennent des foyers d’éclosion.

« On était déjà en manque de personnel et nos listes de rappel sont vides, alors il faut éviter de se placer dans une mauvaise posture », prévient-elle.

L’Association québécoise des centres de la petite enfance demande aussi un meilleur accompagnement pour assurer une gestion des risques plus uniforme d’une région à l’autre. « Il faut que tous les CPE aient accès à un contact à la santé publique. On veut des mécanismes uniformes pour que, lorsqu’un cas est rapporté, la direction du CPE puisse rassurer le personnel et poser les gestes nécessaires », plaide la directrice générale de l’association, Geneviève Bélisle.