Québec songe à nationaliser des CHSLD privés

Le premier ministre François Legault fait le point sur la pandémie de coronavirus.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault fait le point sur la pandémie de coronavirus.

La pandémie de COVID-19 pousse Québec à revoir l’ensemble de son système d’hébergement pour les aînés, si bien que le premier ministre François Legault a dit vendredi qu’il songeait à nationaliser des CHSLD privés.

Son gouvernement entend accélérer les constructions des maisons des aînés, « changer les normes », « embellir et rénover » les CHSLD, et même convertir l’Hôtel-Dieu de Montréal afin d’y aménager des espaces « plus agréables » où loger les personnes âgées.

« Au Québec, les soins, c’est un système public. Donc, est-ce qu’on devrait avoir tous les CHSLD qui soient publics ? Je n’exclus pas ça », a déclaré le chef de la Coalition avenir Québec lors de son point de presse quotidien. Dans l’échéance prochaine des contrats de divers CHSLD privés conventionnés, il a dit voir une occasion de « transférer ces CHSLD au public de façon relativement facile ».

François Legault a aussi lancé un appel à son collègue au Trésor, Christian Dubé, afin qu’il accélère la construction des maisons des aînés, qui doivent à ce jour permettre l’ouverturede 2600 nouvelles places avant la fin de 2022. Il n’aime ni le nom des CHSLD — « très bureaucratique » — ni leur configuration — « les gens sont trop tassés ».

D’ici deux ans, le gouvernement entend construire « le maximum de maisons des aînés », a dit le premier ministre. Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a déclaré que Québec entend contrecarrer le ralentissement anticipé dans le secteur de la construction privée en hâtant la mise en chantier des maisons des aînés.

60
Les grands-parents de 60 ans et plus doivent désormais s’abstenir d’entrer en contact avec leurs petits-enfants, étant donné la réouverture prochaine des écoles et des garderies. « On sait le sacrifice que ça représente », s’est désolé Horacio Arruda.

Le premier ministre du Québec a levé les yeux au ciel lorsque la possibilité qu’Ottawa place les CHSLD sous l’égide de la Loi canadienne sur la santé a été évoquée en point de presse.

Au premier ministre Justin Trudeau, qui a dit croire que « le fédéral doit faire partie de la solution », François Legault a répliqué qu’il n’avait qu’à augmenter les transferts fédéraux en santé.

« Si j’ai une demande à faire à M. Trudeau, c’est qu’il revienne à 50 % », a-t-il lancé. « Nous autres, on va s’occuper de gérer le réseau. »

 

En données


Le Québec avait enregistré 97 nouveaux décès vendredi, portant le nombre de morts attribuables à la COVID-19 à 1340. Quelque 778 nouveaux cas ont été confirmés, pour un total de 22 616. En tout, 1460 personnes sont hospitalisées (+49), dont 227 aux soins intensifs (+20).

Des renforts (encore) recherchés

Dans une énième tentative d’attirer des renforts dans les CHSLD — où « le feu a pris comme dans le foin », selon le premier ministre —, François Legault s’est attelé à détailler les salaires qui seront offerts aux personnes qui viendront y prêter main-forte.

« Toutes les personnes, même celles qui ne sont pas qualifiées » gagneront « 21,28 $ l’heure, 777 $ par semaine, 3368 $ par mois », a énuméré le chef du gouvernement, dans une tentative apparente de faire contraste avec les montants mensuels de 2000 $ qui ont été réservés par le gouvernement fédéral pour les travailleurs qui se retrouvent sans emploi.

Ses équipes ont ensuite envoyé un communiqué de presse qu’ils ont coiffé du titre « Aide dans les CHSLD : 3368 $ par mois, même sans qualifications ».

Au départ, on avait besoin d’expertise en santé et en services sociaux », a dit la ministre de la Santé, Danielle McCann. « Là, on a besoin de bras. » Pour les trouver, Québec épluchera une fois de plus les candidatures du site Je contribue !.

EN RÉSUMÉ

Convaincre les Québécois de sortir
François Legault prépare les esprits à un déconfinement progressif des Québécois. « On ne peut pas attendre un vaccin », car l’arrivée de celui-ci pourrait prendre « 6, 12, 18 ou 24 mois », a-t-il précisé. En se disant « victime de son succès » et de la bonne discipline des Québécois, M. Legault a dit être conscient du travail de « déprogrammation » qui attend ses équipes, afin de convaincre la population de mettre le nez dehors. Mais son gouvernement a en main des données inquiétantes au sujet de la santé mentale et de la sécurité de certaines personnes, pour qui le confinement est pénible. « On a besoin que le Québec re-naisse », a-t-il dit. Et si la courbe repart à la hausse, on prendra un pas de recul, a prévenu le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda.

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