Québec repousse l’offre de médecins étrangers

Le cabinet de la ministre Danielle McCann n’écarte pas l’idée d’accorder un droit de
pratique restrictif aux médecins étrangers, mais dit qu’«il n’était pas rendu là».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le cabinet de la ministre Danielle McCann n’écarte pas l’idée d’accorder un droit de pratique restrictif aux médecins étrangers, mais dit qu’«il n’était pas rendu là».

Une centaine de médecins formés à l’étranger exhortent Québec à leur donner un permis de pratique restrictif pour qu’ils puissent aller prêter main-forte dans les CHSLD et les hôpitaux. Ces praticiens, dont la plupart ont réussi tous les examens requis par le Collège des médecins, ne comprennent pas pourquoi le Québec n’imite pas l’Ontario, qui accorde déjà des permis de pratique temporaires à des médecins internationaux sous certaines conditions.

Germinal Privilège, qui était médecin en Haïti avant d’immigrer au Québec il y a 4 ans, détient une maîtrise en santé publique de l’Université de Montréal et est en voie de passer le dernier examen requis par le Collège.

« J’étais en Haïti lorsqu’il y a eu le tremblement de terre. J’ai déjà travaillé en temps de crise », dit-il. « J’ai le cœur qui pleure à chaque fois que je vois des gens qui souffrent et qui meurent par manque de personnel alors que je suis là, disponible, avec toute mon expérience et mes compétences. »

Au Québec depuis dix ans, Ketani Elalia, qui était médecin en Algérie, est actuellement infirmière à l’Institut de cardiologie et détient une formation de préposée aux bénéficiaires. « Je me dis qu’à moi seule, je peux former une équipe pour aider. Je suis une 3 en 1 ! »

Même si elle est à mi-chemin du parcours pour faire reconnaître ses acquis par le collège de médecins, elle ne comprend pas que le gouvernement ne sollicite pas ses services.

« C’est du gâchis ! », lance-t-elle. « Le gouvernement pourrait offrir des permis restrictifs comme en Ontario et ça nous donnerait l’occasion d’être enfin ce que nous sommes, soit des médecins à part entière, au lieu de se contenter de nous utiliser comme des préposés. Pourquoi ne pas nous donner notre chance ? »

 

Pour Marie-Ange Jeudy, fondatrice des Anges de l’espoir ACI, qui gère un programme aidant près de 400 médecins étrangers à faire reconnaître leur formation, le Québec sortirait gagnant « puisque cela permettra à des diplômés étrangers d’acquérir l’expérience québécoise tant recherchée. »

Son organisme n’a d’ailleurs pas tardé à répondre à l’appel aux renforts du premier ministre et a dressé une liste de 150 médecins qui ont entamé ou terminé leurs démarches de reconnaissance des acquis auprès du Collège des médecins.

Parmi eux, Patrick Pongo et Alexis Okonda, deux médecins en République démocratique du Congo et installés au Québec depuis dix ans. Le premier a réussi tous ses examens exigés par le Collège des médecins et le second, à mi-chemin du parcours de reconnaissance des acquis, travaille comme gestionnaire au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

« Je gère des projets cliniques pour la COVID-19 et une clinique d’urgence. Je me dis que je peux apporter plus que si je travaille comme préposé aux bénéficiaires », a dit M. Okonda. « J’ai même fait ici une formation en soins infirmiers et une maîtrise en administration. Mais ce que je voudrais apporter, c’est mon expertise médicale », a ajouté l’homme qui rêve de travailler comme médecin.

Échec de JeContribue !

La semaine dernière, le premier ministre, François Legault, et la ministre de la Santé, Danielle McCann, avaient tous deux fait valoir qu’ils étaient ouverts à la contribution des immigrants détenant une formation en santé et ayant des permis de travail. « Je les invite à s’inscrire sur Je contribue !, et on va faire les suivis avec eux », s’était contentée de dire Mme McCann.

Or, cette démarche est un échec pour plusieurs des médecins à qui Le Devoir a parlé. Arrivée d’Algérie il y a sept ans, Hayat Bentaleb, qui est en attente de pouvoir commencer sa résidence, s’est empressée d’aller remplir le formulaire en ligne et a même été appelée plusieurs fois.

« Mais à chaque fois, quand je dis que je suis médecin, on ne sait pas quoi faire. Ils prennent mes coordonnées, mais la réponse c’est que le formulaire est réservé aux infirmières membres de l’Ordre. Une fois, une personne m’a dit qu’elle allait présenter mon cas à son supérieur, mais je n’ai jamais eu de retour », déplore-t-elle.

Interrogé sur la question de savoir si le Québec allait emboîter le pas à l’Ontario et octroyer des permis temporaires aux médecins, le cabinet de la ministre McCann a répondu qu’il n’excluait pas l’idée de procéder à des aménagements pour les accueillir dansle réseau, mais qu’« il n’était pas rendu là ».

« Pour l’instant, on a surtout besoin de préposés aux bénéficiaires », a dit l’attaché de presse, Alexandre Lahaie. Quant au Collège des médecins, il ne retient pas l’idée pour l’instant et privilégie plutôt la contribution des médecins à la retraite depuis moins de trois ans et celle des médecins spécialistes et des médecins de famille, notamment.

L’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario a commencé le mois dernier à octroyer des permis temporaires à des médecins étrangers ayant terminé l’examen du Collège royal du Canada ou ayant obtenu un diplôme dans une université canadienne au cours des deux dernières années. D’une durée de 30 jours, le permis permet à ces médecins de pratiquer dans un établissement reconnu et sous supervision. Jusqu’ici, une dizaine de candidats ont été acceptés.

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