Feu vert aux étudiants et rappel à l'ordre des médecins

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Les externes en médecine et finissants en soins infirmiers qui le souhaitent peuvent désormais prêter main-forte au personnel des CHSLD, a appris Le Devoir. Beaucoup réclamaient en vain de pouvoir le faire depuis des jours, voire des semaines.

« On est à la maison depuis un mois et on ne peut pas contribuer d’une quelconque façon », a déploré mercredi Mélanie (nom fictif), externe en médecine à l’Université Laval. Les externes sont des étudiants en médecine qui ont terminé leur formation théorique et sont arrivés à l’étape des stages.

Mélanie n’était pas la seule à vouloir aider sans pouvoir le faire. Le Devoir a reçu plusieurs messages de ce genre au cours de la journée de mercredi.

 
2000
C’est le nombre de travailleurs manquants pour répondre aux besoins dans les résidences pour aînés, selon les estimations du gouvernement. Dans les CHSLD du réseau public, 1382 infirmières et préposés aux bénéficiaires sont absents, en plus des quelque 600 qui manquent dans le réseau privé.

« Pourquoi les finissantes en soins [infirmiers] sont à la maison à faire des études de cas théoriques ? », s’indignait une étudiante en soins infirmiers par écrit. « Il nous reste 20 jours de stages à faire. Pourquoi ne pas tout simplement nous envoyer sur le terrain et faire compter les heures pour nos stages ? »

Or, c’est désormais possible, a confirmé Guillaume Roy, porte-parole de la Fédération des médecins étudiants (FMEQ).« Il y a beaucoup de CIUSSS particulièrement à Montréal qui ont contacté les universités pour voir s’il y avait une possibilité que les étudiants participent. Et la réponse du ministère a été oui. »

Seulement en médecine, on recense 2000 étudiants potentiellement disponibles au Québec à l’heure actuelle. Pourquoi ne pas avoir ouvert cette porte avant ? Jusqu’à présent, les étudiants avaient été interpellés pour travailler au 811 ou prendre part à des enquêtes épidémiologiques, selon M. Roy.

« Mais on n’avait pas eu de signal avant mardi et mercredi comme quoi il y avait un besoin criant pour nous dans les CHSLD. »

 

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Par ailleurs, des volontaires du réseau de l’éducation attendent toujours un signe du réseau de la santé pour aller prêter main-forte dans les CHSLD. Michel Sardi, enseignant de français à l’École internationale de Montréal, s’est inscrit la semaine dernière via le site Je contribue COVID-19, mis en place par le ministère de la Santé.

Sept jours plus tard, il reste sans nouvelles du CIUSSS Centre-Sud, qui lui a confirmé des besoins pour un des CHSLD les plus touchés par la pandémie. On lui avait proposé de faire le lien entre les résidents et les familles. Il a rappelé deux fois le CIUSSS.

« Je suis étonné, mais la situation est compréhensible : il est vrai que personne n’était prêt à faire face à une crise comme celle-là », indique Michel Sardi.

Les spécialistes pointés du doigt

Mais mercredi midi, c’est aux médecins spécialistes que le premier ministre a demandé de faire leur part.

Le gouvernement estime avoir besoin de 2000 personnes de plus pour épauler le personnel débordé des CHSLD publics et des résidences privées.

Non sans exaspération, le PM a reproché aux médecins spécialistes d’être seulement disposés à faire des tâches de médecins et de se refuser à prêter main-forte aux infirmières et aux préposés.

Une sortie qui a fait bondir la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur. « Monsieur le Premier ministre, depuis jeudi dernier, nous levons la main. J’ai personnellement dit oui trois fois à votre ministre de la Santé. Encore une fois, il y a une heure. Nous serons là où il le faut. »

Alors que le point de presse se poursuivait, Mme Francoeur a aussi interpellé le directeur de la Santé publique, Horacio Arruda, sur Twitter, en lui demandant si, lui aussi, comme médecin spécialiste, allait faire sa part…

« Misère… Dr Arruda est 7 jours sur 7 et plus de 16 heures par jour à se dévouer », lui a répondu du tac au tac le chef de cabinet du premier ministre, avant qu’elle ne retire son tweet et s’excuse formellement auprès de M. Arruda.

Plus tard dans la journée, Mme Francoeur s’est engagée elle-même à faire des heures dans un CHSLD le lendemain, tout comme l’ancien ministre de la Santé, le radiologue Gaétan Barrette.

Or, en fin de journée, le fonctionnement de tout cela restait bien vague. Questionnée sur le nombre de médecins spécialistes qui allaient finalement aider, la porte-parole de la FMSQ, Clémentine Maes, a dit qu’ils ne savaient pas… où aller.

« Nous n’avons encore reçu aucune information de la part du MSSS sur le déploiement des troupes : où faut-il aller ? », a-t-elle écrit au Devoir en début de soirée.

Les faits saillants du jour

  • 52 nouveaux décès, pour un total de 487;
  • 612 nouveaux cas confirmés, pour un total de 14 860;
  • 984 personnes hospitalisées, dont 218 aux soins intensifs.