Trois semaines de plus à attendre

Un marqueur au sol au Canadian Tire pour la distanciation sociale entre clients.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un marqueur au sol au Canadian Tire pour la distanciation sociale entre clients.

La pause de l’économie québécoise durera au moins trois semaines de plus, soit jusqu’au 4 mai, a annoncé le gouvernement Legault dimanche. Une décision que les milieux économiques acceptent, mais qui n’en suscite pas moins de l’inquiétude.

« De nombreuses petites entreprises sont au bord du précipice », a déclaré la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) juste après l’annonce.

Pas moins de 43 % des PME québécoises disent ne pas pouvoir survivre plus d’un mois à une forte baisse de leurs revenus, selon un sondage Internet mené par la FCEI entre le 27 mars et le 2 avril auprès de 2218 membres. Les PME doivent obtenir une aide « supplémentaire du gouvernement », souligne-t-on.

Or le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, pense que les programmes déjà annoncés leur offrent suffisamment de liquidités pour l’instant, notamment le programme fédéral d’aide aux PME et l’annonce de 150 millions de dollars de la semaine dernière pour les fonds locaux d’investissement.

Il a rappelé en outre que le paiement de la TVQ et de l’impôt avait été reporté.

Toutefois, certaines PME tombent entre les mailles du filet pour toutes sortes de raisons, fait remarquer Charles Milliard de la Fédération des chambres de commerce du Québec. C’est le cas, notamment, des compagnies qui n’existaient pas encore il y a un an et qui ne peuvent dès lors pas comparer leurs revenus de mars 2020 avec ceux de mars 2019.

Pourquoi ces trois semaines supplémentaires ? Parce que la courbe de contamination du coronavirus n’a pas encore atteint son maximum. « La bataille est loin d’être gagnée, a dit le premier ministre. Nous entrons dans la phase décisive. » Pour « rouvrir certaines entreprises », il va falloir attendre que la « courbe recommence à redescendre » et « avoir le OK de la santé publique », a-t-il indiqué.

Contourner les géants du Web

Afin de mieux faire passer la pilule, le gouvernement a annoncé le lancement de la plateforme lepanierbleu.ca pour soutenir l’achat de produits locaux. Le site vise à regrouper toutes les entreprises québécoises qui vendent des produits en ligne. Si chaque Québécois consomme pour 5 $ de plus par semaine en produits locaux, cela pourrait représenter 1 milliard de dollars supplémentaires injectés dans l’économie québécoise, a souligné le ministre Fitzgibbon.

« Ça vient chapeauter toutes les initiatives qui se développent présentement avec le mouvement d’achat local », s’est réjoui dimanche Stéphane Drouin, du Regroupement québécois du commerce au détail. « Ça va être très rassembleur. » Au moment où ces lignes étaient écrites, au moins 1200 commerces s’y étaient inscrits, notamment tous ceux qui sont déjà membres des 52 sociétés de développement commercial du Québec.

On va pouvoir mesurer le mouvement, la force vive des consommateurs et des commerçants qui veulent se mettre ensemble pour être une solution parallèle aux géants du Web 

 

Or la « trop forte demande » a forcé la fermeture du site une bonne partie de la journée, avec plus de deux millions de requêtes enregistrées au moment de l’annonce. Le gouvernement ne s’en cache pas : il veut que Le panier bleu concurrence les géants du Web et réduise le déficit commercial du Québec. Or Le panier bleu n’est pas un site « transactionnel », comme Amazon, sur lequel on peut faire des achats directement. La transaction va plutôt se faire « avec les sites respectifs des différents commerçants québécois », a précisé le ministre.

Selon nos informations, la transformation du site en plateforme transactionnelle n’est pas exclue à moyen terme, mais cela aurait nécessité beaucoup de temps, et on souhaitait offrir rapidement un répertoire pour la période de dormance de l’économie.

« On va pouvoir mesurer le mouvement, la force vive des consommateurs et des commerçants qui veulent se mettre ensemble pour être une solution parallèle aux géants du Web », explique le directeur de l’OBNL qui va gérer la plateforme, Alain Dumas, un expert en commerce électronique.

Le panier bleu permet en outre de contourner les grands moteurs de recherche comme Google, où de nombreux petits commerces apparaissent peu ou n’apparaissent pas, notamment en région, poursuit-il. « La première étape, c’est de donner aux gens un accès aux commerces dans leur localité. »

Dans ce contexte, le secteur de la livraison est assurément appelé à croître, mais aussi à être optimisé afin d’éviter qu’on se retrouve avec un nombre exagéré de livraisons à domicile par semaine. « Il y a une logistique à mettre en place », croit Jean-Pierre Bédard, président d’une Société de développement commercial. « Il y a déjà toute une ligne de commerçants qui offrent de la livraison. Est-ce que leurs camions sont toujours pleins ? Peut-être pas. Il faudrait voir comment on pourrait rationaliser et optimiser la livraison. »

Près de 8000 cas confirmés

Le Québec compte maintenant 7944 cas confirmés de COVID-19, soit 947 de plus que la veille. On déplore 94 décès, soit 19 de plus que la veille.

525 personnes sont hospitalisées, ce qui représente une augmentation de 47 personnes en 24 heures. Pas moins de 154 d’entre elles sont aux soins intensifs.

Lors de la rencontre de presse quotidienne, M. Legault s’est dit très fier du résultat d’une étude de données de Google sur le respect du confinement : parmi les 60 États et provinces de l’Amérique du Nord, le Québec s’est classé premier.

M. Legault s’est dit convaincu que le comportement des Québécois donne des résultats concrets et sauve des centaines de vies.

Montréal, où l’on recense 3713 cas confirmés, demeure la région la plus touchée par la pandémie. La Montérégie suit avec 806 cas. L’Estrie complète ce triste podium avec 518 cas. On dénombre aussi 494 cas en Mauricie et dans le Centre-du-Québec, 345 dans la Capitale-Nationale, 109 en Outaouais et 79 au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Avec La Presse canadienne