Des syndicats estiment que la crise actuelle se prête mal à des négociations

Le président de la CSN, Jacques Létourneau
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le président de la CSN, Jacques Létourneau

Les négociations de renouvellement des conventions collectives dans le secteur public n’ont produit que « très peu d’avancées » au cours de la dernière semaine, a affirmé la CSN dimanche en déclarant que l’« entêtement » du gouvernement à vouloir boucler des ententes rapidement freine les autres discussions portant sur la protection du personnel qui se trouve sur les premières lignes contre la COVID-19. L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) demande pour sa part des mesures « d’ici lundi ».

Environ 550 000 employés du secteur public sont touchés par les négociations, que le gouvernement Legault souhaite mener plus rapidement que dans le passé, car les conventions collectives arrivent à échéance le 31 mars. Or, plusieurs centrales estiment que la crise actuelle se prête mal à des négociations accélérées sur des enjeux qui, soulignent-elles, ne se dissiperont pas lorsque le coronavirus aura disparu du radar de la santé publique et du quotidien.

Invité à dire s’il souhaite boucler l’ensemble de l’opération d’un coup, une autre option étant la mise en place de mesures pour assurer la santé du personnel exposé, le premier ministre François Legault s’est montré prudent dans ses propos dimanche. « À ce que je sache, du côté de la santé, on s’entend bien sur les façons de protéger le personnel. Évidemment, il faut toujours faire attention pour utiliser les équipements médicaux juste quand c’est nécessaire », a-t-il dit lors de sa conférence de presse quotidienne.

« Sur la rémunération, on le dit depuis le début, […] même avant la crise, ce qu’on souhaite, c’est d’augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires. Ce n’est pas simple, actuellement au Québec, quand on négocie des augmentations de salaire, on donne la même augmentation à tout le monde. Mais nous, on pense, et c’est encore plus vrai avec l’arrivée du chèque de 2000 $ par mois, faire quelque chose de spécial pour les préposés aux bénéficiaires. Donc ça fait partie des discussions avec les syndicats. Et je vais laisser les discussions à la table. »

Au cabinet du président du Conseil du trésor, Christian Dubé, on affirme que ce dernier n’a pas évoqué d’échéance pour en arriver à des ententes.

Dans un message que la CSN a envoyé à ses syndicats, la centrale syndicale affirme que le gouvernement est revenu à ses offres du mois de décembre. « Aujourd’hui, en pleine crise, il nous demande d’accepter un statu quo sur les conditions de travail pour les trois prochaines années et il tient à boucler cet important exercice d’ici le 31 mars, alors qu’une telle opération s’étend généralement sur des mois, voire plus encore. » Une solution serait d’adopter des mesures, « dont certaines de nature financière », afin de mettre les discussions en veilleuse pour une période qui pourrait aller jusqu’à la fin de l’été 2021.

De son côté, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente 55 000 membres, a sommé Québec de mettre en œuvre d’ici lundi des mesures visant à assurer la protection de « nos anges gardiens, comme il se plaît à les nommer, et ça, c’est non négociable », selon sa présidente, Andrée Poirier. « Ironiquement, des discussions intensives se sont amorcées aujourd’hui, dans le cadre des négociations pour le renouvellement des conventions, pour justement déterminer les mesures à prendre pour assurer la protection des technicien.ne.s et des professionnel.le.s du réseau de la santé et des services sociaux. Ces mesures doivent être prises en cohérence avec les consignes de la santé publique, et non dépendre d’un processus de négociation où la partie patronale cherche à tout prix à minimiser les coûts pour le gouvernement. »

La situation actuelle ne devrait pas donner des idées au gouvernement Legault, a signalé samedi la Fédération autonome de l’enseignement, qui représente 45 000 membres, lorsqu’elle a mis Québec en garde de ne pas « profiter de la crise sanitaire […] pour tenter un coup de force ».


 
4 commentaires
  • Germain Dallaire - Abonné 30 mars 2020 07 h 29

    Où est la logique?

    C'est peu de dire que l'ensemble de l'énergie de la société sert à se défendre contre le covid-19. Comme le dit notre cher premier ministre, le Québec est à pause. Voilà cette même personne qui veut négocier de façon intensive. Difficile de voir autre chose que la volonté d'obtenir une entente à rabais. La contradiction entre l'urgence sanitaire et les conditions déplorables des travailleur(se)s de la santé saute aux yeux quand on voit que la prestation fiscale du gouvernement fédéral dépasse le salaire de bien des préposés dans le privé. Est-ce que Legault veut se servir de ce problème pour règler les conventions? Une folie pure.
    De plus et même s'il s'agit probablement d'un détail sans importance pour la CAQ, les syndicats sont des institutions démocratiques. Comment rassembler des gens quand les rassemblements sont interdits? Par contre, l'idée d'octroyer des primes exceptionnelles pendant la crise me semble s'imposer. Là-dessus, pas besoin de grands rassemblements.

  • Raynald Rouette - Abonné 30 mars 2020 08 h 32

    Un coup de dés


    Nous sommes dans la premiere de trois crises. Présentement sanitaire, suivront économique et finallement celle des finances de l'état. À suivre...

  • Loyola Leroux - Abonné 30 mars 2020 10 h 06

    Syndicats d’enseignants et négociations !

    Dur, dur par les temps qui courent que d’affirmer que l’`éducation est ‘’la priorité prioritaire à prioriser en priorité’’ alors que tous les profs sont assis chez eux, payés.

    Ce qui est dangereux dans cette crise, c’est le risque de voir des parents aimer faire ‘’l’école à la maison’’ et de mieux réussir que les profs diplômés en ‘’sciences’’ de l’éducation.

    La FAE pro-voile, toujours prompte à faire la morale à tous, a-t-elle fait un appel chez ses membres sans enfants, pour remplacer les vieux bénévoles de 70 ans et plus, dans les centre de distribution de nourriture pour les plus mal pris, non-payés assis chez eux ?

  • Tristan Roy - Inscrit 30 mars 2020 17 h 39

    À leur place...

    Les syndicats seraient mieux d'arriver à une entente rapide, parce que l'an prochain ça va être la crise économique doublée d'une crise des finances publiques. Les compressions de l'ancien gouvernement pourraient être de la rigolade en comparaison. Ils auront alors bien moins que ce qu'ils pourraient avoir maintenant.

    Mais bon. Les syndicats ont la science infuse, ils savent sûrement mieux que tout le monde ce qui s'en vient.