Montréal veut éviter une «crise humanitaire»

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, préparait les esprits vendredi à un confinement partiel ou total de l’île de Montréal visant à endiguer la propagation du coronavirus.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a décrété l’état d’urgence local, mais s’est empressée d’éloigner la perspective d’une mise en « quarantaine » ou d’un « confinement » de la métropole. « Non, la ville n’est pas en confinement. Elle n’est pas en quarantaine, ni aujourd’hui ni demain », a-t-elle insisté, avant d’ajouter : « Si un jour cela devait être le cas, ce sera à la demande du gouvernement du Québec et de la Santé publique. »

Néanmoins, l’État québécois se prépare à d’éventuelles mesures de restrictions de la circulation aux points d’entrée et de sortie de la métropole.

Des sous-ministres sont sortis « sur le pied de guerre » d’une rencontre avec le premier fonctionnaire de l’État québécois.

La Loi sur la santé publique permet notamment au gouvernement d'« interdire l’accès à tout ou partie du territoire concerné par [un état d’urgence sanitaire] ou n’en permettre l’accès qu’à certaines personnes et qu’à certaines conditions », et ce, « pour protéger la santé de la population ».

Le Dr Arruda pourrait restreindre l’accès à certains « hot spots » s’il « sent que [le virus y] circule trop et que ça ne circule pas ailleurs », a-t-il expliqué vendredi. « On ne veut pas que, par exemple, Montréal soit l’épicentre comme la province du Hubei [en Chine]. Qu’est-ce qu’elles ont fait les autres provinces ? Elles se sont mises en mode de protection. Elles ont diminué les échanges », a-t-il rappelé en conférence de presse.

 

Le sous-ministre adjoint à la Santé a assuré à la population que, le cas échéant, l’État « [appuiera] le citoyen dans son confinement » en permettant que ses « besoins essentiels » soient satisfaits. « Quand on ira à ces mesures-là, on va s’assurer de prendre soin des personnes qui sont à l’intérieur comme de celles à l’extérieur. Ça, c’est bien important. […] On n’ira pas enfermer un secteur puis dire : “Dans ce quartier-là, personne ne mange puis, etc.” On s’organise pour qu’il n’y ait pas de violence non plus parce qu’il y en a qui peuvent décider de faire de la violence, aller faire des vols, etc. », a-t-il expliqué.

Surveillance policière accrue

La Ville de Montréal a décrété l’état d’urgence local sur le territoire de l’agglomération en raison des problèmes criants en matière d’itinérance, compte tenu de la fermeture de plusieurs ressources pour les sans-abri et la réduction de places dans les refuges destinés à cette clientèle vulnérable, a soutenu la mairesse Plante. « Cette crise sanitaire ne doit pas devenir une crise humanitaire », a-t-elle dit.

La Ville entend ainsi créer cinq centres extérieurs qui pourront accueillir 1000 itinérants par jour. Le premier sera ouvert au square Cabot en collaboration avec Résilience Montréal. L’emplacement des autres sera dévoilé sous peu. Montréal a déjà annoncé que l’ancien hôpital Royal-Victoria accueillerait les itinérants qui doivent être mis en isolement dans le cadre de la pandémie de COVID-19.

La Ville entend aussi être plus sévère quant au respect des consignes de distanciation. Des mesures seront implantées progressivement, pour notamment permettre aux policiers de faire respecter les ordonnances de confinement. « Face à une propagation du virus, on ne peut plus tolérer aucun laisser-aller », a expliqué la directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin.

Les policiers devraient donc être plus visibles sur le terrain et pourraient, par exemple, délivrer des constats d’infraction aux commerces qui n’auraient toujours pas fermé leurs portes ou à des personnes qui participeraient à des rassemblements. Les détails des nouvelles mesures seront dévoilés samedi. « Notre souhait, ce n’est pas que la police se mette à donner des contraventions partout, mais si c’est nécessaire, on n’aura pas le choix », a soutenu la Dre Drouin.

Les directeurs de santé publique à travers le Québec se sont donné pour tâche de faire respecter, de concert avec les services de police si nécessaire, les consignes visant à freiner la propagation du coronavirus, a fait remarquer le Dr Arruda à Québec. « On n’est pas dans une perspective de délation, mais c’est sûr qu’on va s’assurer que les gens qui n’ont pas compris finissent par comprendre », a-t-il lancé.

La mairesse Plante n’a pas écarté l’idée d’instaurer des mesures encore plus coercitives, mais elle soutient que la situation ne le commande pas pour l’instant. Les ponts et les tunnels reliant l’île au reste du Québec demeurent ouverts, a-t-elle insisté.

Répartition inégale des cas

Les autorités de santé publique ont recensé vendredi 2021 cas de personnes atteintes du coronavirus, dont 971 cas à Montréal — surtout dans le centre-ouest de l’île —, ainsi que 227 cas en Estrie.

Mais, pour l’heure, le gouvernement du Québec « n’est pas à l’étape de fermer » ni Montréal ni l’Estrie, a indiqué le premier ministre, François Legault, vendredi. Aucun décret ne se trouvait vendredi soir sur « la table des grandes décisions », a indiqué un membre de sa garde rapprochée.

Vendredi, le chef du gouvernement recommandait aux Montréalais et aux Estriens de demeurer à la maison « autant que possible ». « Puis ça veut dire aussi, tous les Québécois qui ne sont pas à Montréal puis en Estrie, bien, ne faites pas exprès pour aller à Montréal ou en Estrie, allez-y seulement si c’est absolument nécessaire parce qu’il y a, toutes proportions gardées, beaucoup plus d’infections à Montréal et en Estrie », a-t-il ajouté l’air grave.

Le bilan des personnes décédées de la COVID-19 s’est alourdi au fil des dernières heures, passant de 8 à 18 cas. « 10 décès juste dans une journée, c’est dur. Puis, on avait beau avoir averti depuis quelques jours qu’on en viendrait là, mais… », a-t-il lancé, invitant du même souffle la population à poursuivre la « bataille » contre le coronavirus dans cette « nouvelle étape plus critique ».

L’après-crise

La haute fonction publique commence déjà à penser à l’après-crise sanitaire, en jetant les bases d’un nouveau budget du Québec 2020-2021, qui pourrait être déposé à l’Assemblée nationale entre juin et septembre prochain.

 

Évolution du nombre de cas de coronavirus et de décès qu Québec 

Et, face à des revenus en chute libre et des dépenses effrénées, le gouvernement a confié à la sous-ministre Dominique Savoie le soin de reprendre la révision des programmes, qui avait été initiée par le gouvernement Couillard au printemps 2014.

 

Qu’est-ce que l’état d’urgence ?

En vertu de la Loi sur la sécurité civile, une municipalité peut déclarer l’état d’urgence local « pour protéger la vie, la santé ou l’intégrité des personnes » en cas de sinistre majeur par exemple. Lors des inondations de 2017 et de 2019, la Ville de Montréal avait d’ailleurs eu recours à cette procédure.

Cette mesure exceptionnelle permet à une municipalité de contrôler l’accès aux voies de circulation ou à un territoire, ordonner le confinement de citoyens, réquisitionner des lieux d’hébergement privés et faire des dépenses qu’elle juge nécessaire.

« C’est ce que font les administrations responsables à travers le monde », a dit la mairesse Valérie Plante. « Nous sommes aujourd’hui arrivés à un point où nous devons nous doter de nouveaux pouvoirs, des pouvoirs exceptionnels, pour être encore plus agiles. »

L’état d’urgence déclaré par un conseil municipal a une durée maximale de cinq jours, mais peut être renouvelé sur autorisation du ministre.

L’état d’urgence?

En vertu de la Loi sur la sécurité civile, une municipalité peut déclarer l’état d’urgence local « pour protéger la vie, la santé ou l’intégrité des personnes » en cas de sinistre majeur par exemple. Lors des inondations de 2017 et de 2019, la Ville de Montréal avait d’ailleurs eu recours à cette procédure.

Cette mesure exceptionnelle permet à une municipalité de contrôler l’accès aux voies de circulation ou à un territoire, ordonner le confinement de citoyens, réquisitionner des lieux d’hébergement privés et faire des dépenses qu’elle juge nécessaire.

« C’est ce que font les administrations responsables à travers le monde », a dit la mairesse Valérie Plante. « Nous sommes aujourd’hui arrivés à un point où nous devons nous doter de nouveaux pouvoirs, des pouvoirs exceptionnels, pour être encore plus agiles. »

L’état d’urgence déclaré par un conseil municipal a une durée maximale de cinq jours, mais peut être renouvelé sur autorisation du ministre.

4 commentaires
  • Michel Bédard - Abonné 28 mars 2020 05 h 44

    Nous ne sommes pas sortis du bois...

    En urgence, 5 centres (que) pour 1000 itinérants, parce qu'l faut éviter la ''crise humanitaire''... Chose sûre, nous sommes depuis très longtemps dans une crise d'humanité... Nos nombreux problèmes (pauvreté, importation de fléaux de toutes sortes, etc) au Québec (et ailleurs) ne sont-ils pas liés fondamentalement et intimement à la mondialisation des marchés (donc des biens), dictée implacablement par le Dieu $$$ et ses impératifs économiques tordus ?

  • Bernard LEIFFET - Abonné 28 mars 2020 08 h 00

    De nouveaux pouvoirs pour s'affranchir du gouvernement provincial?

    Tout est bon pour la mairesse de Montréal! Vouloir rendre Montréal encore plus distincte et libre qu'elle ne l'est déjà et où la minorité anglophone est à la barre depuis des lustres, c'est envoyer un message que les Québécois n'appuieront pas! La concentration de la population produit les mêmes effets que dans les autres grandes villes, c'est l'effet pervers de vouloir vivre confiner les uns sur les autres, là où les services sont offerts. Bien sûr, cette période est dure et c'est surtout aux itinérants que je pense! Sans domicile fixe, ils sont les plus vunérables et les plus dangereux pour propager la pandémie. Bref, ce n'est pas le moment de faire de la politique sur le dos des plus démunis! Eux, ils n'ont pas les moyens de quitter rapidement la ville pour aller s'isoler dans leur refuge ou chalet, loin de leur métropole pendant que là ça va mal! Il serait temps de revoir les régions administratives du Québec, sinon de créer de nouvelles villes, toutes reliées par TGV pour l'environnement. Et pourquoi pas, une métropole moderne, plus centrée sur le territoire québécois, ...

    • Bernard LEIFFET - Abonné 28 mars 2020 16 h 02

      La simplicité n'étant pas de mise, peut-on m'expliquer pourquoi à 16h00 les « frontières » de huit régions du Québec seront contrôlées par la SQ, afin de protéger soi-sisant les habitants du virus, comme ceux de la Gaspésie, en regard de ce qui se passe à Montréal? En clair, il me semble que c'est plutôt à Montréal que la popagation doit être contrôlée, comme par exemple aux sorties des ponts, ou une peu plus loin comme des douanes volantes pour éviter la fuite vers justement nos régions qui sont presque toutes exemptes de la pandémie! En temps de guerre, la bataille se livre où l'ennemi est là, pas ailleurs! Jusqu'ici c'était une forme de transparence, elle risque de se transformer en méfiance! Dommage!

  • Denis Carrier - Abonné 28 mars 2020 10 h 59

    Densité de population vs pandémie

    Les dégâts de la pandémie sont intimement liés aux grandes villes et le Québec ne fait pas exception. Il ne faut pas se surprendre que Montréal représente environ la moitié des cas alors qu’elle représente moins du quart de la population (un ratio 8 :1). New York et Vancouver en sont aussi de bons exemples.
    Montréal comme Manhattan étant des îles, il serait assez facile de les isoler avant que le phénomène s’étende. Cette concentration de cas n’est pas du au manque de civisme des Montréalais. Au contraire, l’habitude de tenir compte des voisins y est plus grande qu’ailleurs, la promiscuité l’exigeant.
    Quand on dit aux gens des grandes villes de rester à la maison, ils le font avec civisme et collaboration plus qu’ailleurs. Alors, pourquoi tant de cas dans les grandes villes?
    Quand rester à la maison signifie s’isoler dans son appartement ce n’est pas d’aller s’isoler dans la «petite maison dans la prairie». Il s’agit plutôt de s’enfermer dans un bloc appartement, l’équivalent à s’isoler sur un navire de croisière avec les conséquences que l’on connait. Que les logis soient à la verticale dans le building plutôt qu’à l’horizontale dans le navire de croisière ne change rien à la propagation d’un virus.
    Les autorités sanitaires, municipales et provinciales ont bonne conscience et bonne presse en envoyant les gens «à maison», sauf que la maison n’est pas celle isolée dans la prairie. Il y a peu à faire à court terme si ce n’est de compter les morts mais à plus long terme il faudrait oser tenir compte de la nouvelle réalité qui est celle de l’apparition de maladies dit maladies émergentes et pour lesquelles nous n’avons ni vaccin ni cure. Vouloir densifier les centres-villes est aux antipodes de ce qu’il faut mettre de l’avant. Et le gouvernement provincial vient de voter un budget énorme pour les transports en commun quand la leçon à tirer de cette pandémie est la dispersion de la population sur l’ensemble de notre territoire.