Québec paiera pour les sans-papiers

L’assurance-maladie devrait être offerte aux nouveaux arrivants, plaident plusieurs organismes. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’assurance-maladie devrait être offerte aux nouveaux arrivants, plaident plusieurs organismes. 

Québec paiera pour les soins des sans-papiers et des personnes à statut précaire qui n’ont pas la carte soleil, a appris Le Devoir. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) cède ainsi aux pressions d’organismes communautaires qui craignaient que ces personnes hésitent à demander un dépistage ou un traitement pour la COVID-19 pour des raisons financières.

Le Québec emboîte ainsi le pas à l’Ontario qui avait annoncé le 20 mars dernier que son gouvernement renonçait au délai de carence de trois mois pour la couverture du régime d’assurance maladie et qu’il allait payer pour les services en lien avec la COVID-19 pour les personnes non assurées et celles dont les cartes d’assurance maladie sont expirées.

Cet élargissement de la couverture de la RAMQ à tous les sans-papiers et aux personnes à statut précaire était demandé par les organismes défenseurs des droits des migrants depuis près de 25 ans. « C’est inédit », s’est réjoui, le directeur de la Table de concertation des organismes aux services des réfugiés et des immigrants (TCRI). Plus tôt dans la journée de mercredi, il s’était toutefois dit « très inquiet ». « Les gens ne vont pas se présenter pour se faire soigner s’ils n’ont pas de couverture médicale », avait-il fait valoir.

D’autres organismes avaient aussi manifesté leurs inquiétudes au Devoir. C’est le cas de Médecins du Monde, qui gère une clinique pour les migrants à statut précaire, qui a été fréquentée par 1200 personnes l’an dernier. Son président, Nicolas Bergeron, avait insisté sur « l’urgence » de permettre l’accès gratuit à tous les soins en cette période de pandémie. « Dans un contexte de santé publique globale, il serait avisé de réduire tous les risques possibles pour tout le monde, donc de veiller à ce qu’on soigne tout le monde », avait-il dit.

Pénélope Boudreault, une infirmière et coordonnatrice des opérations de la clinique, craignait pour sa part que les migrants à statut précaire, qui se tiennent généralement le plus loin possible des services de l’État, ne se présentent pas pour se faire dépister ou soigner étant donné qu’ils n’étaient couverts par aucune assurance. « Les gens ont peur de se ramasser avec une facture et craignent d’être dénoncés à l’immigration s’ils vont à l’hôpital. Certains se disent même “est-ce que le fait d’avoir la COVID-19 peut faire en sorte que ma demande d’asile sera refusée ?”», avait-elle expliqué. « Il y a tellement de craintes que les gens vont continuer à se garder loin du système, mais on sait qu’il va y avoir des cas. »

Des personnes à risque

Dans un contexte de pandémie, les personnes à statut précaire sont plus à risque, a expliqué le Dr Bergeron. « À cause de leur précarité et de la pauvreté, elles sont dans une promiscuité plus importante, et souvent en présence d’aînés », avait-il souligné. « Ce sont aussi des gens qui, s’ils ont des maladies chroniques, sont souvent mal soignés ou pas soignés du tout. Ils présentent donc une plus grande fragilité sur le plan médical. »

Et quand la survie dépend du travail au noir, il est difficile d’arrêter toute activité. Les soins ne seront pas non plus une priorité. « Les gens se disent qu’ils ne seront pas capables de payer et vont repousser au maximum la consultation, même si les tests de dépistage sont gratuits. »

En après-midi mercredi, le cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, avait déclaré qu’il avait mandaté la RAMQ de « regarder le dossier et de lui revenir rapidement. » Plus tard en soirée, la décision du MSSS de payer les coûts de santé pour les personnes sans statut et à statut précaire a été communiquée au Devoir.