Un retour à l’école fin mars peu probable

Le premier ministre, François Legault, a évoqué vendredi un retour en classe des élèves du primaire et du secondaire en mai prochain.

« C’est peu probable qu’il y ait un retour à la fin mars. On est en train de regarder si on peut essayer de viser le début du mois de mai », a-t-il déclaré, ajoutant du même souffle étudier « différents scénarios ».

Les personnes inscrites dans un cégep ou une université pourraient pour leur part terminer leur trimestre d’hiver 2020 à distance, a indiqué le chef du gouvernement. « Je pense que les cégeps et les universités, on va réussir à faire des cours à distance pour être capables de terminer l’année scolaire d’ici l’été », a-t-il affirmé.

M. Legault, ex-ministre de l’Éducation, a écarté l’idée de mettre sur pied des classes primaires et secondaires virtuelles durant la pandémie. « D’enseigner en ligne à des enfants plus jeunes, ça me semble très difficile. Je pense entre autres à tous les enfants qui ont des difficultés… » a-t-il poursuivi.

Le gouvernement a consulté sur ce sujet — et sur d’autres — toutes les parties prenantes du réseau de l’éducation au cours d’une conférence téléphonique vendredi.

 

Personne n’est contre l’idée d’offrir une formation à distance, mais le projet se heurte à une série d’obstacles : parents qui ne parlent pas le français, foyers sans Wi-Fi ou sans ordinateur, notamment. Dans certaines régions, la bande passante est insuffisante pour permettre l’échange de fichiers autres que du texte.

Les syndicats d’enseignants veulent aussi des précisions au sujet des relations de travail : des enseignants précaires ou à forfait se trouvent dans l’incertitude au sujet de leurs conditions d’emploi. Des enseignants ont des enfants à la maison. D’autres sont en isolement, volontaire ou non.

« L’important pour nous, c’est de prendre le temps de bien faire les choses, et que la décision du ministère soit annoncée correctement pour qu’elle soit bien comprise. On veut éviter la panique de cette semaine [avec l’arrêté ministériel sur le réseau de l’éducation] », dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

En attendant les directives ministérielles, des écoles privées offrent des travaux scolaires en ligne, tandis que le réseau public est en congé, comme l’a décrété le ministre Jean-François Roberge. Pas question d’offrir de soutien pédagogique aux élèves du public, même à ceux qui en font la demande.

Josée Scalabrini estime que les initiatives du réseau privé amènent une « pression », une « compétition » qui se fait aux dépens de l’égalité des chances entre enfants. D’autres voix soulignent que le réseau public a le devoir de s’adapter pour éduquer les élèves en ces moments de crise.

Le gouvernement fournira des « indications claires » aux élèves, étudiants, parents et employés du secteur de l’éducation dans les « prochains jours », a promis M. Legault.

D’après nos sources, le gouvernement n’a pas tranché sur la tenue ou non des examens ministériels de fin d’année.

139 cas confirmés

Au Québec, il y avait 139 cas confirmés de la COVID-19 vendredi à 13 h, soit une hausse de 18 cas en 24 heures. Parmi eux, des professionnels de la santé comme le chef des urgences de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, Stéphane Duquette.

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a assuré à la presse que les soins nécessaires sont offerts dans tous les établissements en dépit de la mise en quarantaine de certains travailleurs. « On ne prévoit pas de bris de service actuellement parce qu’on a des plans de contingence dans le cas de ces situations-là », a-t-il précisé.

Dix personnes atteintes du nouveau coronavirus étaient hospitalisées, dont six aux soins intensifs, vendredi à 13 h. Le coronavirus a frappé des personnes de tous âges au Québec :

 

Pas moins de 43 personnes âgées de 18 à 44 ans figurent parmi les individus ayant reçu un diagnostic de la COVID-19 en date de jeudi, comparativement à 54 personnes âgées de 45 à 74 ans.

Vendredi, 2400 personnes attendaient un résultat de test. « Ça devrait arriver rapidement », a indiqué M. Legault, précisant que 6000 échantillons peuvent être prélevés et analysés par jour.

Des personnes ayant contacté Le Devoir s’expliquent mal pourquoi elles ont été avisées qu’elles attendraient de « trois à cinq jours » avant d’obtenir les résultats de leur dépistage de la COVID-19.

Le Dr Arruda refusait toujours de dire que le Québec est la proie d’une « transmission communautaire soutenue » même si son équipe enquête sur des cas de personnes ayant contracté le virus au Québec. « Ce n’est pas tout le Québec qui est en deuxième génération », a-t-il dit en conférence de presse. « On va vous le dire quand est-ce qu’on change de stade », a ajouté le sous-ministre adjoint à la Santé.

Secteur «critique» de l’économie

Le gouvernement québécois compte devancer le coup d’envoi de plusieurs chantiers de construction, d’agrandissement ou de réfection d’écoles, d’établissements de santé et d’infrastructures routières ou de transport collectif à travers le Québec.

Aux yeux de M. Legault, la construction constitue « un secteur économique qui peut continuer de fonctionner malgré la crise » sanitaire de la COVID-19. « La construction au Québec, c’est 260 000 emplois », a-t-il souligné à gros traits alors que l’économie québécoise a fortement ralenti depuis près de 10 jours.

Tout employé du secteur de la construction doit avoir sous la main de l’eau et du savon en plus de lieux de repos où ils peuvent casser la croûte à distance les uns des autres, a fait valoir le premier ministre. « C’est très important, si on veut protéger cette base économique du secteur de la construction, d’offrir aux employés toutes les précautions nécessaires [afin de mettre les travailleurs à l’abri du nouveau coronavirus] », a-t-il affirmé, demandant aux « propriétaires de compagnies de construction » de faire le nécessaire.