Québec annonce un programme d’indemnisation aux travailleurs en isolement

Le ministre du Travail, Jean Boulet
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre du Travail, Jean Boulet

Québec a annoncé lundi la création d’une indemnisation financière hebdomadaire de 573 $ pour les travailleurs qui doivent s’isoler en raison du coronavirus, mais qui n’ont pas droit aux prestations d’assurance-emploi. 

Il s’agit là de la première d’une série de mesures que le gouvernement Legault compte dévoiler afin d’atténuer l’« impact très négatif » de la COVID-19 sur l’économie du Québec. 

« Il faut un incitatif pour que les gens qui ont des symptômes — qui ont voyagé, qui doivent s’isoler — n’hésitent pas à s’isoler parce qu’ils ont peur de perdre des revenus en n’allant pas travailler », a résumé le premier ministre François Legault

Le gouvernement fédéral doit bonifier le programme d’assurance-emploi d’ici « deux ou trois jours », a-t-il ajouté, mais Québec n’attendra pas jusque là avant d’agir. 

Le PATT — le Programme d’aide aux travailleurs touchés par le coronavirus — est créé sur-le-champ : les travailleurs pourront remplir un formulaire pour y avoir accès dès jeudi, et les versements de prestations pourront commencer dans les 48 heures qui suivront. 

Le programme visera des cas très précis : seuls les Québécois qui se seront rendus à l’étranger, qui auront été en contact avec une personne revenant de l’extérieur du pays, qui auront contracté la COVID-19 ou développé ses symptômes seront admissibles. 

« Il va y avoir un processus de vérification », a assuré le ministre du Travail Jean Boulet. Des copies des billets d’avion et des passeports seront ainsi exigées. Il sera cependant difficile, pour un demandeur, de prouver qu’il a fait de la fièvre, a admis le ministre. « On va se fier beaucoup à la bonne foi des Québécois », a-t-il déclaré. 

Québec a réservé une somme de 150 millions de dollars pour son nouveau programme. Le ministre Boulet a dit baser ses calculs sur un scénario dans lequel 10 % des travailleurs québécois (65 000 travailleurs) auraient recours au PATT d’ici la fin de l’année.  

De la patience

Aux employés devant s’absenter du travail pour s’occuper de leurs enfants, parce que leur lieu de travail est fermé ou parce qu’ils craignent d’être contaminés dans le cadre de leurs fonctions, Québec et Ottawa ne peuvent demander que d’être patients. De l’aide pour ces personnes « pourra faire partie d’autres annonces qu’on fera », a affirmé François Legault. 

D’Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau s’est engagé à « rendre de l’argent accessible » dans les prochains jours. « On comprend qu’il y a énormément de gens qui sont extrêmement inquiets pour la capacité de nourrir leurs familles, de payer leurs loyers. [Ce sont] des préoccupations extrêmement concrètes, particulièrement pour les gens qui n’ont pas l’assurance-emploi, qui sont dans des emplois vulnérables ou à temps partiel », a-t-il reconnu. 

La création du PATT a envoyé un signal positif aux entreprises. La Fédération des chambres de commerce a salué ces mesures « nécessaires en ces temps incertains », tandis que la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a dit estimer que l’annonce du jour permettrait de « soulager plusieurs personnes » et de « mettre du baume au coeur en ces temps difficiles ». 

Les deux organisations ont néanmoins dit attendre l’annonce de mesures pour stimuler l’innovation dans les entreprises, aider les PME et les travailleurs autonomes. Pour l’heure, François Legault s’est engagé à « aider les entreprises rapidement » par des prêts qui pourront être convertis en aide directe.

Devant les prévisions économiques changeantes, le premier ministre a dit privilégier la façon de faire « qui est appliquée habituellement durant les récessions » en stimulant l’économie avec des investissements dans le secteur public. « Ce qu’on va vouloir faire, c’est d’accélérer tout ce qu’on est capables d’accélérer », a-t-il lancé. « Évidemment, on va commencer par la santé », a-t-il ajouté, en précisant voulant faire « d’une pierre deux coups » en améliorant les capacités d’accueil du réseau et en créant des emplois dans le secteur de la construction.