Québec hausse le ton envers la population

Peu de Montréalais passent leur dimanche à magasiner, comme ici au Centre Eaton, le 15 mars 2020. 
Photo: Alice Chiche Le Devoir Peu de Montréalais passent leur dimanche à magasiner, comme ici au Centre Eaton, le 15 mars 2020. 

Il n’était plus question dimanche de demander, mais bien « d’ordonner ». Dans leur point de presse quotidien, le premier ministre, François Legault, et le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, ont commandé la fermeture immédiate des bars, des cinémas, des bibliothèques et d’une série d’autres lieux publics afin de freiner la propagation du coronavirus.

« J’ordonne », a lancé M. Arruda, au cours d’un point de presse où il a « supplié » les Québécois de modifier leurs comportements pour freiner la propagation du virus. « J’insiste, je prends la parole beaucoup — Monsieur le Premier Ministre, je m’excuse », a-t-il souligné. « Le comportement que vous allez avoir a un impact sur les autres », a-t-il dit aux Québécois.

De samedi à dimanche, le Québec a connu sa plus importante augmentation quotidienne de cas de coronavirus : 18 nouvelles personnes ont été infectées, ce qui porte le nombre total de cas à 39. Jusqu’ici, aucun cas de « transmission communautaire » n’a été recensé, ce qui signifie que les personnes qui ont développé la COVID-19 ont contracté le virus à l’étranger.

Les chiffres au sujet de la contamination étaient mis à jour régulièrement dimanche. Au moment où ces lignes étaient écrites, les cas de 1480 personnes faisaient l’objet d’une investigation et 2270 analyses effectuées s’étaient révélées négatives. Les régions de Montréal et de la Montérégie étaient encore les plus touchées, avec 10 et 9 cas, respectivement. À l’échelle du pays, l’Ontario (145 cas confirmés) demeure la province où le plus grand nombre de cas a été répertorié.

   

« On l’a dit depuis le début, puis quand on regarde ce qu’il s’est passé dans d’autres pays, ça va être exponentiel, ça pourrait être exponentiel », a prévenu le premier ministre Legault, en rappelant « l’importance de mettre toutes les chances de notre côté pour ralentir la contagion au cours des prochains jours ». Dans une allocution transmise sur les réseaux sociaux, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, y est allée d’un avertissement tout aussi sérieux. « Voici notre chance, maintenant, ici. Nous devons agir maintenant, agir ensemble », a-t-elle lancé.

Un scénario de 24 000 morts

Pendant que l’autre fièvre — celle qui a poussé des milliers de consommateurs à se ruer vers les rayons de papier de toilette — semblait diminuer dans les commerces de détail, le premier ministre a dit comprendre qu’il « en demande beaucoup aux Québécois ». « Il y a probablement, et puis on le voit, des personnes qui sont stressées », a-t-il dit. À celles-là, il a recommandé de profiter « de la belle journée ensoleillée qu’on a pour aller prendre une marche ».

Le comportement que vous allez avoir a un impact sur les autres 

Le chef du gouvernement s’est tout de même risqué à évoquer l’un des scénarios que ses équipes étudient, soit celui qui attendrait le Québec si 40 % de sa population devait être atteinte par la COVID-19. Et si 24 000 personnes devaient en mourir. « Si vous parlez [d’un scénario avec] 400 000 personnes hospitalisées, si vous supposez que tout ça se passe sur 40 semaines et que les gens restent une semaine en moyenne à l’hôpital, ça veut dire qu’on a besoin de 10 000 lits », a illustré le premier ministre. « Ça vous donne un ordre de grandeur. Et c’est exactement là-dessus qu’on travaille. »

Ni M. Legault ni M. Arruda n’ont voulu s’avancer davantage sur ce type de scénarios, à l’image de ceux préparés par le Center for Disease Control and Prevention américain. « Au lieu de s’obstiner sur les scénarios, on met des mesures en place », a expliqué le second. « Et j’ai hâte de voir dans quelques mois quel sera le succès du Québec. »

« Très, très, très sérieux »

Dans le souci « d’aplanir la courbe » pour respecter les capacités du réseau de la santé, MM. Legault et Arruda ont exhorté les Québécois à limiter leurs sorties et à pratiquer l’isolement volontaire. « Le succès de notre abaissement de courbe est dépendant des comportements de tous les Québécois », a déclaré Horacio Arruda. « Je ne suis pas du genre hyper énervé, je vous dis : faites ce qu’on vous dit. Je vous en prie. Je vous en supplie. Il y va de votre propre santé, de la santé de nos concitoyens. »

L’expert en santé publique s’est montré agacé par le comportement de certains Québécois, qui, lors de leur retour de l’étranger, ont affirmé devant les caméras de télévision qu’ils n’avaient pas l’intention de respecter les mesures d’hygiène exigée par Québec.

L’idée, c’est d’éliminer ce qui est agrément, ce qui est amusement, ce qui est loisir

« On ne fait pas ça en disant : ça me tente d’avoir le trip de jouer à la dictature », a-t-il lancé à ces personnes récalcitrantes. « Ce n’est pas ça. Je suis très, très, très sérieux — très sérieux par rapport à ce que je vous dis. Et je pense que nous, les directeurs, on aime mieux être plus prudents que pas assez. Les enjeux pour notre société, pour notre système de soin, sont majeurs », a-t-il souligné.

Pour marquer le coup et sensibiliser davantage les Québécois, le cabinet Legault travaille d’ailleurs sur une campagne « massive » de publicités dans les médias. Les publicités devant mettre en lumière les mesures phares du budget ont été retirées pour faire place à des messages de santé publique. Déjà, entre le 8 et le 14 mars, un million de visiteurs uniques se sont rendus sur le site Web mis en place par le gouvernement pour obtenir des informations sur le coronavirus. « On va mettre le paquet » en matière de sensibilisation, a confié une source gouvernementale.

Épiceries et pharmacies ouvertes

La série de fermetures annoncées par les autorités québécoises ne concerne pas les épiceries, les pharmacies, les magasins de détail, ni les restaurants. Aux propriétaires de ces derniers, M. Legault a demandé de mettre en place des mesures afin d’opérer à 50 % de leur capacité. Il a suggéré aux restaurateurs « de s’organiser pour qu’une table sur deux soit occupée » et de garder une distance d’un mètre entre les personnes. « Il y a l’importance de nourrir les gens », a-t-il dit pour justifier sa décision. « L’idée, c’est d’éliminer ce qui est agrément, ce qui est amusement, ce qui est loisir. »

Le premier ministre s’est dit « très conscient de l’impact négatif [du coronavirus] sur l’économie du Québec ». Il s’est engagé à dévoiler, « dans les prochains jours », des mesures pour les individus et les entreprises, « pour relancer des travaux d’infrastructures, justement pour venir remplacer des emplois qui vont avoir disparu ».

Québec a par ailleurs annoncé que l’ensemble des garderies demeureraient ouvertes pour les enfants des travailleurs de la santé ou des services essentiels, comme les policiers ou les pompiers. Dans les milieux scolaires, 400 services de garde pourront continuer d’accueillir des enfants. Ces services ont été géolocalisés près des établissements de soins de santé, des CHSLD et des CLSC.

Lieux de rassemblement fermés dimanche par Québec

Secteur culturel

Bibliothèques, musées, théâtres, salles de spectacle ; toutes autres installations à vocation similaire.

Secteur des loisirs

Bars et discothèques ; piscines, spas, saunas, parcs aquatiques ; lieux récréatifs, y compris les stations de ski, parcs d’attractions, centres de trampoline ; cinémas et arcades ; centres d’entraînement, gymnases, salles de danse, de spinning, de Zumba, de yoga ; arénas ; centres de soccer intérieur ; zoos ; aquariums ; toutes autres installations à vocation similaire.