À Montréal, après l’isolement, la quarantaine?

Le professeur Benoit Barbeau croit que, dans les territoires placés en quarantaine, les réseaux de transport limiteront le nombre de métros et d’autobus en circulation pour les réserver aux cas urgents et essentiels.
Photo: Alice Chiche Le Devoir Le professeur Benoit Barbeau croit que, dans les territoires placés en quarantaine, les réseaux de transport limiteront le nombre de métros et d’autobus en circulation pour les réserver aux cas urgents et essentiels.

À l’heure où le nombre de personnes contaminées à la COVID-19 grimpe au Québec — 15 nouveaux cas en 24 heures — et où le gouvernement du Québec restreint l’accès aux lieux publics, pourrait-on envisager de placer Montréal ou toute autre ville québécoise en quarantaine, comme l’ont fait la Chine ou l’Italie, pour tenter de juguler la crise ?

Jeudi dernier, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, n’écartait pas l’idée d’une quarantaine pour sa ville. Pour Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM et expert en virologie, ce scénario est loin d’être farfelu. « En ce moment, c’est difficile de faire des projections quant au nombre de cas à venir parce qu’on est au début de la vague, dit-il. Les chiffres sont bas, mais d’après les analyses qui ont été faites à date à partir de la situation vécue à Wuhan et en Chine, on sait très bien que le nombre est sous-estimé. »

Au cours des dernières semaines, le nombre de cas de contamination a explosé en Italie, en Espagne et en France, notamment. M. Barbeau ne croit pas que la situation sera différente au Canada et aux États-Unis. « On ne sait pas ce qui nous attend dans les prochains jours et les prochaines semaines et à quel point le nombre de cas d’infection va augmenter. »

La vie cloîtrée

Une quarantaine pourrait signifier que l’ensemble des citoyens soient tenus de rester à la maison, qu’ils doivent limiter les sorties inutiles et éviter de prendre les transports en commun pour des activités non essentielles afin de réduire les contacts avec d’autres personnes. Finis les visites chez des amis et les voyages dans une autre ville ou une autre région.

   

Les règles strictes imposées en Chine semblent avoir eu les effets recherchés, avec une baisse graduelle du nombre de nouveaux cas. « Du moins, s’ils sont honnêtes quant aux données qu’ils publient, ils ont réussi à contrôler la propagation du virus. […] On devrait s’en inspirer. »

Reste à voir comment les policiers d’ici feraient respecter les consignes. Faudrait-il fermer les ponts ? Contrôler les déplacements de citoyens ? Même en Chine, malgré la surveillance serrée, certains citoyens ont fait fi des règles. « Les autorités gouvernementales ne pourront pas cogner à toutes les portes pour s’assurer [que les citoyens respectent la quarantaine]. J’ose croire que l’ensemble des citoyens vont y adhérer », dit-il. « On a tous des personnes âgées dans notre entourage. Ce sont les personnes les plus vulnérables. Une mise en quarantaine, c’est un devoir de citoyen. »

Benoit Barbeau croit que, dans les territoires placés en quarantaine, les réseaux de transport limiteront le nombre de métros et d’autobus en circulation pour les réserver aux cas urgents et essentiels. « En quarantaine, on ne devrait pas sortir un soir pour aller faire un tour au centre-ville. Premièrement, il n’y a rien qui va s’y passer », fait-il remarquer.

La rigueur de la quarantaine pourra être déterminée par le nombre de cas de contamination. Sans vouloir s’avancer sur le seuil de cas à considérer, Benoit Barbeau souligne que, selon certaines estimations, on peut penser que seulement 10 % des cas de contamination sont connus.

Des parcs « noirs de monde »

En France, où le nombre de contaminations a atteint 5423 cas avec 127 décès, selon le gouvernement français, les mesures de confinement imposées par les autorités jeudi dernier semblent avoir été mal comprises par de nombreux citoyens. Les terrasses étaient bondées samedi soir dans plusieurs villes françaises et les parcs parisiens étaient « noirs de monde sous le soleil dominical », rapportait Libération dimanche.

Au cabinet de la mairesse Valérie Plante, on indique que les discussions sont constantes avec les autorités de santé publique, le Centre de sécurité civile et les autres ordres de gouvernement. On estime toutefois que le scénario d’une mise en quarantaine est prématuré et qu’il importe de procéder par gradation. La fermeture des installations municipales et les consignes décrétées par Québec concernant l’accès aux lieux publics en donnent toutefois un avant-goût.

Benoit Barbeau doute qu’au Québec, une quarantaine soit limitée à une seule ville. Selon lui, il est plus vraisemblable que l’ensemble du territoire québécois soit touché, voire tout le Canada. « Si on se met à cibler une seule ville, il y aura relâchement ailleurs », croit-il.

La crise, qui aura des répercussions certaines sur l’économie, pourrait durer des semaines, voire des mois si l’on se fie à l’expérience de Wuhan, épicentre de l’épidémie en Chine, prévient-il.

Dimanche, en entrevue à TVA, la mairesse Valérie Plante s’est plainte du manque de contraintes imposées aux voyageurs qui atterrissent à l’aéroport Montréal-Trudeau, qu’elle a qualifié de « passoire ». Elle doit d’ailleurs participer à une conférence de presse lundi matin avec la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique, pour présenter les détails de l’intervention que fera la santé publique auprès des voyageurs.