De bonnes idées, mais une absence de moyens en matière de patrimoine

Plusieurs groupes actifs en matière de défense du patrimoine regrettent de ne pas avoir voix au chapitre des consultations prébudgétaires.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Plusieurs groupes actifs en matière de défense du patrimoine regrettent de ne pas avoir voix au chapitre des consultations prébudgétaires.

Dans ce second budget de la CAQ, « la seule mention du patrimoine semble être sous le titre des infrastructures culturelles en région, avec une intention de voir à installer ces fonctions de manière à donner de nouveaux usages à des bâtiments patrimoniaux désaffectés », résume Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal.

Alors qu’on parle abondamment de l’urgence d’agir en matière de préservation du patrimoine au Québec, l’idée peut sembler bonne, observent plusieurs acteurs du milieu, mais s’avère tout de même fort limitée quant à ses effets concrets. « C’est une excellente idée, commente Dinu Bumbaru, mais les montants — 35M$ sur 5 ans pour tout le Québec apparemment — sont faibles pour les travaux et ne couvriront vraisemblablement que les études. »

Pour Renée Genest, la directrice d’Action Patrimoine, « ces nouveaux pôles de développement culturel seront un bel exemple de reconversion de bâtiments patrimoniaux à des fins culturelles ». Pour elle, « cet usage permettra que ces bâtiments patrimoniaux soient utilisés par la communauté ».

Mais qu’en est-il du patrimoine envisagé dans la perspective d’autres ministères que celui de la culture, se demande Action patrimoine ? Peuvent-ils, eux aussi, apprendre à faire la part belle aux bâtiments déjà existants ? « Nous ne pouvons qu’espérer que les autres ministères développent le réflexe d’utiliser des bâtiments patrimoniaux pour leurs projets immobiliers et en aient une gestion exemplaire », indique Action patrimoine en réaction aux mesures du budget, tout en soulignant qu’hélas « la sensibilisation est délaissée ».

Les problèmes de fond en matière de patrimoine demeurent inchangés avec ce budget, souligne Dinu Bumbaru. Du côté d’Héritage Montréal, on estime en effet qu’« au-delà des questions d’argent, il faudrait vraiment jeter les bases d’une fiscalité pro-patrimoine et favoriser la création de fiducies patrimoniales pour ces bâtiments qui sont de propriété publique, voire gouvernementale, mais tombent en déshérence ». Autrement dit, « le ministère des Finances et le Conseil du trésor ont là l’occasion de faire avancer le Québec plutôt que de perpétuer une habitude d’attendre les crises, un bâtiment à la fois ».

La Fédération Histoire Québec voit pour sa part d’un bon oeil que « le gouvernement prévoie des investissements additionnels de 60 millions de dollars au cours des cinq prochaines années afin de mettre en valeur le patrimoine bâti des établissements de la SEPAQ », le réseau de parcs nationaux, des réserves fauniques et des établissements touristiques.

Pour Richard Bégin, président de la Fédération Histoire Québec, « il y a dans ce budget des engagements fermes qui nous permettent d’espérer qu’on va enfin assister à la fin de l’hécatombe sans précédent que subit notre patrimoine culturel depuis plusieurs années et particulièrement depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec » en 2012.

Plusieurs groupes actifs en matière de défense du patrimoine regrettent de ne pas avoir voix au chapitre des consultations prébudgétaires. Ils attendent en tout cas, avec beaucoup d’impatience, le rapport du Vérificateur général du Québec qui doit être présenté ce printemps au sujet de l’état de la gestion du patrimoine au Québec.