Québec se «prépare au pire des scénarios»

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a donné un point de presse mercredi à Montréal, avec les directrices de santé publique de la Montérégie et de Montréal, Julie Loslier et la Dr Mylène Drouin.
Photo: Stephanie Marin La Presse canadienne Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a donné un point de presse mercredi à Montréal, avec les directrices de santé publique de la Montérégie et de Montréal, Julie Loslier et la Dr Mylène Drouin.

Du directeur national de santé publique à l’Organisation de la sécurité civile, en passant par les établissements d’enseignement et l’Office de la protection du consommateur, l’État québécois se « prépare au pire des scénarios » de pandémie de coronavirus.

Neuf cas d’infection au coronavirus ont été recensés au Québec, a indiqué Santé Québec mercredi soir.

« J’aimerais ça qu’il n’y ait personne qui meure du coronavirus au Québec. Mais, je pense que ça serait un pari excessivement difficile à tenir », a déclaré le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale mercredi après-midi.

Le gouvernement québécois a pris une série de mesures pour stopper net ou, à tout le moins, limiter la propagation du coronavirus au Québec. Parmi elles : un coup d’arrêt aux voyages professionnels à l’étranger des employés de l’État québécois.

Les autorités ont aussi annoncé l’annulation des Championnats du monde de patinage artistique ainsi que des combats de boxe prévus à Montréal.

« Il faut être prudents. Je demande aux Québécois d’être prudents. La pire chose qui pourrait arriver, c’est que le virus se propage dans des centres de personnes âgées [qui] sont à risque », a fait valoir le premier ministre, François Legault.

Il a demandé à toute personne présentant des symptômes du coronavirus de joindre Info-Santé au 811 afin de demander les « directives » à suivre.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a observé « une augmentation exponentielle des appels depuis deux jours », qui entraînent de longs temps d’attente à Info-Santé. « On va faire ce qu’il faut pour vraiment rétablir un temps d’attente qui soit plus raisonnable, bien entendu », a-t-elle promis.

J’aimerais ça qu’il n’y ait personne qui meure du coronavirus au Québec. Mais, je pense que ça serait un pari excessivement difficile à tenir.

 

Les réseaux de garderies, d’écoles, de cégep et d’universités sont aussi sur un pied d’alerte.

L’UQAM a annoncé mercredi qu’elle suspendait tous les nouveaux échanges étudiants et les écoles d’été à l’étranger. « L’UQAM avait pris la décision, dès janvier, de suspendre les activités [universitaires] en Chine, mesure qui a été appliquée à la Corée du Sud à la fin février, puis à l’Iran et à l’Italie du Nord la semaine dernière. Cette directive est étendue aujourd’hui à l’ensemble du globe », a affirmé la porte-parole Jenny Desrochers.

L’Université de Montréal a, elle, annulé plusieurs écoles d’été.

Plans de contingence

Dans l’appareil public, les plans de contingence et de services essentiels ont été mis à jour. Mais, ceux-ci « ne sont pas de nature publique », a fait savoir le ministère de l’Agriculture.

À l’instar d’autres organisations, la Régie de l’assurance maladie explique qu’elle a rappelé à l’ensemble de ses employés les mesures d’hygiène de base, afin qu’ils toussent dans leur coude ou évitent les « baisers, accolades et poignées de main ».

Ailleurs, comme à l’École nationale de police, les administrateurs ont demandé aux familles qui ont visité l’Iran, la Chine ou l’Italie, de s’abstenir d’assister à la cérémonie de remise des diplômes.

L’Office de la protection du consommateur ressent aussi les effets du coronavirus. « [L’Office] répond aux voyageurs et aux agences de voyages, principalement en lien avec sa responsabilité d’appliquer la Loi sur les agents de voyages et de gérer le Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages », a fait savoir le porte-parole Charles Tanguay.

« On se prépare au pire des scénarios », a souligné Mme McCann, tout en assurant à la presse que le réseau québécois « va avoir tous les moyens nécessaires pour répondre aux besoins de la population ».

« On est prêts », a soutenu le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Peu inquiet de la baisse des marchés boursiers qu’il compare aux changements météorologiques, il suit toutefois non sans inquiétude l’état d’esprit du Québec Inc.

« Ce qui est important c’est le « mindset » des dirigeants. Ça, c’est plus préoccupant parce que ce qu’on voit maintenant, ce n’est pas une panique à court terme, c’est des décisions d’investissement dans des projets majeurs où il y a un recul un petit peu. […] Attendre un mois, ce n’est pas grave. Mais si ce « mindset-là » perdure trop longtemps, là, on pourrait avoir un décalage d’un an et ça, c’est plus inquiétant », a-t-il souligné.

Les thanatologues, pas en reste

La Corporation des thanatologues du Québec n’est pas en reste. Elle a demandé mercredi soir à ses membres d’appliquer « les mesures de protection maximale » lors de la manipulation de la dépouille d’une personne morte du coronavirus.

« On est le bout de la chaîne. On n’a pas attendu le ministère ou le directeur de santé publique pour agir », a indiqué la directrice générale du regroupement, Annie Saint-Pierre.

La Corporation des thanatologues du Québec offrira une formation en ligne sur la prise en charge de cadavres présentant des risques pour la santé de la population.

« On suit cette situation de très près », a ajouté Mme Saint-Pierre, tout en précisant « demander depuis un mois d’être impliqué dans l’élaboration d’un plan d’action » par les autorités gouvernementales, mais en vain.


Neuf cas confirmés au Québec

Un nouveau cas confirmé de la COVID-19 au Québec a été annoncé mercredi soir par le ministère de la Santé et des Services sociaux, portant le total à neuf cas confirmés au Québec. 

Cette fois, il s’agit d’une personne qui a voyagé en Italie et qui a consulté un médecin en Estrie. Cette personne est en isolement à domicile, selon le ministère qui précise que la recherche de «contacts étroits» est en cours.

2 commentaires
  • Denis Carrier - Abonné 12 mars 2020 12 h 28

    Pourquoi moins de cas au Québec (a)

    Pourquoi si peu de cas au Québec?
    Quand le Québec fait moins bien que les autres, tout le monde nous montre du doigt en commençant par la télé de radio-Canada. Quand nous faisons mieux : silence radio.
    Il serait intéressant de savoir pourquoi seulement 9 cas au Québec et plus du double en Alberta avec une population quatre fois moindre. Et on ne parlera pas de l’Ontario et du BC. Ce sont pourtant les mêmes contrôles aux aéroports (ou plutôt leur absence) partout au Canada. Les hôpitaux ont les mêmes standards et les mêmes pratiques. Alors d’où vient cette différence énorme?
    J’ai une hypothèse qui évidemment reste à vérifier. Je l’appellerais le «syndrome de l’air pulsé». Les gens consultés sont du domaine médical, du domaine politique et du domaine journalistique. C’est bien mais de toute évidence insuffisant pour expliquer notre meilleure situation. Toutes ces bonnes gens regardent le problème de haut et de loin, en surface seulement. Il manque un regard technologique.
    Qu’est-ce que les avions, les bateaux de croisière et les autobus/métros ont en commun? D’être des pouponnières à virus et … d’avoir des systèmes de chauffage/ventilation à air pulsé. Croire que la propagation des virus se limite à trois rangées dans les avions alors que tout l’air provenant de tous les passagers est constamment recirculée semble ne pas avoir été remarqué. Il ne faut pas croire que l’air vicié de la zone des passagers est expulsé vers l’extérieur et remplacé par de l’air frais. N’oublions pas qu’il fait couramment moins 60 degrés à l’extérieur, impensable de réchauffer cet air glacial.
    Dans les bateaux de croisière, même situation, cette fois-ci l’air pulsé sert à refroidir plutôt qu’à réchauffer mais le problème est le même : l’air est traité centralement, filtré de ses grosses poussières mais aucunement filtré avec des filtres de même nature que ceux utilisés à des fins médicales. Les virus y circulent donc sans la moindre contrainte.

    • Denis Carrier - Abonné 12 mars 2020 12 h 37

      Idem dans les métros et autobus : l’air est pulsée et recirculé ad noseam. Ce n’est pas en frottant la barre verticale qu’on remédiera à ce problème. Tout au plus pourra-t-on se donner bonne conscience et surtout bonne image auprès du public. Une mesure importante comme le demande l’OMS serait de fermer les transports en commun.
      (b)
      Et le lien avec notre plus bas taux de contagion au covid-19, j’y arrive. C’est qu’au Québec, nous nous chauffons majoritairement avec des radiateurs électriques individuels situés dans chaque pièce et sans circulation par air pulsé relié à un système central. Ceux des autres provinces ont très souvent (en particulier en Alberta) des systèmes au gaz, ce qui implique pour les résidences individuelles des systèmes de chauffage à air pulsé, rarement avec radiateurs où l’eau est l’agent calorifique.
      Si mon hypothèse s’avère être vraie, même au Québec il serait important de ne pas envoyer les gens en quarantaine dans des résidences multi loyers où le chauffage est à air pulsé. La propagation se ferait rapidement d’un loyer à l’autre. À ma connaissance il n’est jamais vérifié quel est le type de chauffage ont ces gens à qui l’on demande de se mettre volontairement en quarantaine. Des mesures prisent en toute … ignorance de causes.