L'heure juste: le retour du Bloc

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef bloquiste Yves-François Blanchet

Le 28 janvier dernier, le gouvernement Trudeau a eu droit à tout un avertissement de la part du Bloc québécois. Au moment du premier vote devant mener à la ratification du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique, tous les députés bloquistes présents se sont prononcés contre, malgré leur appui au libre-échange. Ils voulaient ainsi protester contre le refus du gouvernement de prendre au sérieux les pistes de solution qu’ils voulaient lui soumettre pour rassurer les travailleurs québécois du secteur de l’aluminium.

Les jours précédents, le chef bloquiste Yves-François Blanchet en avait fait la demande plus d’une fois en Chambre, mais s’était fait répondre de façon plutôt nonchalante que le gouvernement était prêt à écouter tout le monde. C’était ignorer la ténacité de l’homme et de son caucus.

En gardant le cap, M. Blanchet a fini par forcer la responsable du dossier, la vice-première ministre Chrystia Freeland, à reconnaître que l’acier et l’aluminium ne bénéficiaient pas de la même protection. Les discussions qui ont suivi ont amené le gouvernement à s’engager publiquement à inciter le Mexique à surveiller ses importations d’aluminium qui proviennent de plus en plus de Chine et de Russie. En le transformant juste assez, le Mexique pourrait bénéficier des privilèges de l’ACEUM, ce qui contreviendrait à son esprit. Si cela se confirme, la ministre ajoute que le Canada travaillera à faire modifier l’accord afin d’offrir explicitement à l’aluminium la même protection qu’à l’acier.

Rien n’est gagné, malgré ce que prétend M. Blanchet qui y trouve une porte de sortie pour appuyer un accord souhaité par Québec. Il a toutefois obtenu du gouvernement la reconnaissance du fait que ce double standard devra être corrigé, si nécessaire, à la première occasion. Et ses députés et lui y sont arrivés en documentant leur position et en mobilisant leurs commettants.

Cette façon de faire est conforme à l’engagement des bloquistes au lendemain de l’élection du gouvernement minoritaire libéral. Leur but, disait-on, n’était pas de défaire le gouvernement à la première occasion, mais de se prononcer sur chaque dossier au mérite et en fonction des intérêts du Québec. Du coup, pas question de se livrer à un théâtre inutile au moment de l’adoption du discours du Trône. Le Bloc voterait pour s’il n’y trouvait aucune pilule empoisonnée, ce qu’il a fait. M. Blanchet se moquait bien de la décision inverse des conservateurs et du NPD, pas plus tentés que lui par de nouvelles élections. Pince-sans-rire, il a ainsi décrit la réalité : « tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir », comme le dit la chanson.

Sous la direction d’Yves-François Blanchet, le Bloc a fait plus que gagner 32 sièges en octobre dernier. Il a remis à l’honneur ce qui faisait la marque de commerce du Bloc aux Communes durant ses meilleures années : la rigueur, la hauteur de vue, la capacité de défendre les intérêts du Québec tout en contribuant à la recherche de solutions à des problèmes que partagent Québécois et Canadiens. Ces qualités n’avaient pas disparu durant la traversée du désert, mais les disputes au sommet sous Mario Beaulieu et Martine Ouellet éclipsaient le reste et minaient la crédibilité du parti.

Depuis la reprise des travaux parlementaires en janvier, le constat de beaucoup d’observateurs de la scène fédérale est que le Bloc se démarque aux Communes, et pour le mieux, quand on le compare aux autres formations, en particulier aux conservateurs qui affichent une partisanerie débridée. Qu’il soit question de logement abordable, d’infrastructures ou de gestion de l’offre, les questions et discours du chef et des députés sont pointus, documentés et dépourvus d’insultes.

Cela a été particulièrement évident au cours des deux dernières semaines, au moment où le trafic ferroviaire était perturbé en appui aux revendications des chefs héréditaires wet’suwet’en opposés au passage d’un gazoduc sur leur territoire du nord de la Colombie-Britannique. Le chef bloquiste a dominé ses rivaux durant les échanges, évitant d’enflammer les passions et s’insurgeant contre ces discours opposant les Autochtones et l’économie. Sans minimiser la gravité de la situation immédiate ni l’urgence d’y remédier, il a su reconnaître la complexité des enjeux et l’importance de faire preuve de compréhension à l’endroit des Autochtones.

Il a critiqué le premier ministre pour le manque de clarté de sa démarche, tout en comprenant la nécessité d’établir des canaux de communication et en soulignant l’impossibilité de négocier sur la place publique. Partisan du dialogue, il a toutefois insisté sur l’importance d’une résolution rapide. Ce pour quoi il a aussitôt fait des suggestions concrètes, réalistes et mesurées, dont la suspension temporaire des travaux, ce qui a finalement eu lieu cette semaine.

Le chef bloquiste a toujours dit qu’il n’allait pas à Ottawa pour empêcher le Parlement de fonctionner, mais pour y défendre avec sérieux les intérêts du Québec en attendant la réalisation de l’indépendance. Ses députés et lui ont jusqu’à présent tenu parole, ce qui ne pouvait qu’être remarqué dans cette Chambre où les conservateurs, eux, débordent d’agressivité.

7 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 29 février 2020 07 h 38

    Associés en affaires

    En travaillant comme il le fait si bien à Ottawa avec Yves-François Blanchet à sa tête, le Bloc québécois fait la démonstration qu'il serait possible qu'un Québec souverain opère son propre développement comme pays en bon partenariat avec les autres états qui composent le Canada de l'heure.

    Vivement que l'Alberta se sépare pour que les Québécois eux-mêmes le comprennent bien.

  • Gilles Delisle - Abonné 29 février 2020 07 h 58

    Le Bloc Québécois, comme aux beaux jours!

    M. Blanchet est en droite ligne avec ceux qui l'ont précédé à la chefferie du Bloc, notamment MM.. Bouchard et Duceppe. Il est un '' debater'' redoutable, et connaît ses dossiers comme pas un! Le Québec est très bien représenté à Ottawa, toujours en attente du pays à venir!

  • Germain Dallaire - Abonné 29 février 2020 08 h 47

    Faire passer une vessie pour une lanterne

    Ce qui me frappe chez M. Blanchet (on ne voit que lui) depuis l'élection, c'est son obsession à paraître raisonnable, poli, sérieux et respectueux. À un concours à l'université, M. Blanchet aurait 100%. Comme si, de bien plaire au professeur, garantissait la réussite. À mon avis, cela garantit surtout la réussite du système. On l'a vu dès le début avec l'empressement du Bloc à appuyer le discours du Trône. Franchement, appuyer un discours d'orientation générale d'un gouvernement libéral!!! Et après, on fait une profession de foi souverainiste la main sur le coeur. Comme disait l'autre: n'en jetez plus, la cour est pleine!
    On le sait, les politiciens sont spécialistes pour parler des deux côtés de la bouche et M. Blanchet avec ses grands airs, semble particulièrement doué. On l'a bien vu cette semaine avec cette misérable retraite sur la question de l'aluminium. Qu'on se le dise, si l'aluminium n'a pas obtenu le même traitement que l'acier, c'est parce que la majorité des parties n'en voulaient pas. Il ne faut quand même pas oublier que cet ACEUM a d'abord été négocié entre le Mexique et les États-Unis. Pour les États-Unis qui ne produisent pratiquement plus d'aluminium primaire (environ un million de tonnes métriques par année), on peut penser que l'origine de l'aluminium était un enjeu très secondaire. Présenter de vagues promesses comme une victoire c'est faire passer une vessie pour une lanterne. Mme Freeland doit encore en rire.

    • Luc Bertrand - Abonné 29 février 2020 13 h 19

      Tout à fait, monsieur Dallaire, et le Bloc québécois est devenu, objectivement, le plus grand allié de Justin Trudeau. En limitant les dommages causés par le gouvernement libéral, il contribue à légitimiser le Canada et le fédéralisme actuel et les Québécois ne perçoivent plus la nécessité ou l'urgence de l'indépendance du Québec.

      Je veux bien croire et j'essaie de comprendre que les Québécois ne sont pas encore murs pour entendre parler d'indépendance, mais ils doivent comprendre, un jour, que, si le Bloc peut réparer les pots cassés d'un gouvernement fédéral minoritaire - et même donner l'impression que le fédéralisme fonctionne bien - il restera toujours impuissant face à un gouvernement majoritaire, qui fera toujours primer les intérêts de l'Ontario ou de l'Ouest au détriment de ceux du Québec.

      Malheureusement, les députés bloquistes ne sont que trop heureux d'avoir retrouvé le créneau qu'ils occupaient pendant les années de Gilles Duceppe et Lucien Bouchard. Les électeurs du Bloc n'étaient pas nécessairement des indépendantistes. On y trouvait également des fédéralistes fatigués, qui voyaient le BQ comme un couteau sur la gorge du Canada pour obtenir plus de pouvoirs d'Ottawa.

      Au lieu de toujours camper aveuglément sur les positions du gouvernement de François Legault, le BQ ferait davantage oeuvre utile en insistant davantage sur les limites de ce que le Québec peut espérer en restant dans le Canada. Mais il ne le fait probablement pas pour des raisons purement électoralistes, en tentant de gruger le vote des électeurs des adversaires fédéralistes.

      Comme il me semble de plus en plus évident que les indépendantistes ne peuvent obtenir une majorité des sièges québécois à la Chambre des communes, il nous faudra mettre tous nos oeufs dans le même panier du côté de l'Assemblée nationale, le seul endroit où l'indépendance pourra être proclamée.

      Luc Bertrand

  • Jean Hamelin - Abonné 29 février 2020 20 h 24

    Germain Dallaire ?

    Dire que le bloc est devenue un défenseur de Justin trudeau c'est mal connaître monsieur blanchet avant les élections il à lui-même dit je vais travailler pour les intérêts du Québec je travaillerez avec tout les partis qui seront pour et avec les intérêts du Québec de toute façon ça vous dérange que monsieur Blanchet sois en contrôle de tout ses dossiers et de plus il à une capacité d' analyse que ses adversaires non pas et un langage qui fait pâlir tout les Justin de ce monde et il est bilingue contrairement à certain ministres unilingues anglophones alors vos propos monsieur Dallaire font figure d'une certaine jalousie quand on regarde les libéraux et conservateurs je vous comprend les attentes ne sont pas la hauteur désolé soyez patient

    • Germain Dallaire - Abonné 1 mars 2020 11 h 11

      Oui, M. Hamelin je suis impatient mais pas du tout jaloux et je ne vous dirai pas pourquoi parce que ça vous ferait monter sur vos grands cheveaux. Pour être impatient, ça oui. Je lui suis depuis que j'ai compris que tous ces gens qui se disent indépendantistes et nous disent d'attendre ne font que ça, attendre. Tout le problème est là. J'ai compris ça lors de la campagne de Pauline Marois pour sa ré-élection en 2014. Vous vous souvenez peut-être lorsqu'elle a présenté PKP et que ce dernier a levé le poing en l'air en disant qu'il s'impliquait en politique pour réaliser l'indépendance. Dans les 2 ou 3 jours suivant, on a senti au Québec une fièvre indépendantiste. Je l'ai senti dans mon milieu et les journalistes l'ont senti aussi parce qu'ils se sont mis à questionner Mme Marois sur le projet d'indépendance. Ses réponses étaient sidérantes, elle disait une chose une journée et le contraire le lendemain. Elle bafouillait littéralement, c'est le moment où elle a perdu l'élection, sondages à l'appui. Pour moi, la preuve était faite: quelqu'un qui ne parle jamais d'indépendance sauf brièvement à la fin d'un discours ne peut arriver et devenir tout à coup pertinent et précis quand on le questionne là-dessus. C'est là que j'ai décroché du discours de ceux et celles qu'il faut appeller des attentistes. Ceux et celles qui attendent... les conditions gagnantes pour un, la conjoncture favorable pour l'autre et je ne sais quoi. J'ai compris à ce moment que ces gens là n'iraient jamais nulle part. Il est temps de se réveiller et de s'en rendre compte.

  • Jacques Fortin - Inscrit 1 mars 2020 10 h 07

    L'étoffe d'un chef !

    Bravo ,au chef aguéri du bloc Québécois d'intervenir, de mains de maîtres, dans les épineux dossiers récents à Ottawa.
    L' Équipe, des députés du bloc, livre admirablement bien la marchandise, le message passe et le gouvernement minoritaire tient bon.
    Toutefois une retenue s' impose sur l'avenir du fédéraliste, car la réussite à faire fonctionner ce gouvernement prouve qu'une chose, la capacité du peuple Québécois, à pouvoir s' administrer pleinement, comme Pays, au moment opportun.