Les manifestants reçoivent l'injonction pour démanteler la barricade de Saint-Lambert

<p>La barricade a été installée par des manifestants qui se disent en solidarité avec les Autochtones de Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.</p>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La barricade a été installée par des manifestants qui se disent en solidarité avec les Autochtones de Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.

L'injonction obtenue par le Canadien National (CN) jeudi a été remise en début de soirée aux manifestants qui ont érigé une barricade sur la voie ferrée à Saint-Lambert, un point névralgique pour le transport ferroviaire de passagers et de marchandises sur la Rive-Sud.

« C’est le travail des policiers maintenant de faire respecter la loi, donc de faire respecter l’injonction », avait déclaré le premier ministre François Legault en fin d’après-midi.

Plus tôt dans la journée, il avait indiqué que la police de Longueuil allait démanteler le campement dès que le tribunal ordonnerait une injonction. « Il y a eu une injonction qui a été demandée, et dès que l’injonction sera obtenue, on va démanteler », avait-il affirmé en mêlée de presse.


L’injonction obtenue en anglais a dû être traduite en français et de nouveau approuvée par un juge, ce qui a causé un délai supplémentaire. Si les manifestants n’obtempèrent pas une fois l’injonction reçue, les forces policières agiront. La Sûreté du Québec (SQ) et le Service de police de l’agglomération de Longueuil sont sur un pied d’alerte ; ils ont déclaré jeudi matin qu’ils seront « en assistance » advenant une opération policière. La police du CN a juridiction sur les chemins de fer, mais n’a pas tout l’équipement nécessaire pour déloger les manifestants. « C’est sûr que le CN ne peut pas faire ça tout seul », a indiqué le directeur principal des affaires publiques de l’entreprise, Olivier Quenneville.

La barricade empêche depuis mercredi le service de la ligne de train de banlieue exo3 et de Via Rail entre Montréal et Québec. Elle a été installée par des manifestants qui se disent en solidarité avec les Autochtones de Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.

Pourquoi ne pas alors demander à la police de déloger les manifestants qui bloquent aussi la voie ferrée à Kahnawake ? « C’est sur un territoire qui est québécois, ce n’est pas sur un territoire qui appartient aux Autochtones », a répondu le premier ministre.

« À Kahnawake, ce sont les Peacekeepers qui sont responsables de faire appliquer les lois, c’est un territoire autochtone, donc oui, il y a une différence », a-t-il expliqué.

Discussion avec Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a acquiescé à la demande du Conseil de la fédération d’organiser un appel téléphonique afin de discuter d’un plan de sortie de crise. L’appel était prévu jeudi en début de soirée.

« Il y a vraiment une urgence que ça se règle. […] À Belleville, en Ontario, c’est un peu le centre nerveux des chemins de fer de tout l’est du Canada. Donc ce que je comprends, c’est que si on était capable de régler Belleville, on pourrait régler le problème aussi à Kahnawake. Donc, c’est vraiment la priorité de régler le problème à Belleville », a fait valoir le chef caquiste.

Les chefs héréditaires de la Wet’suwet’en sont à Tyendinaga, un territoire mohawk à proximité de Belleville, pour discuter de la situation. Une cérémonie est prévue tôt vendredi matin. Ils se rendront ensuite à Kahnawake samedi. Les ministres fédéraux Carolyn Bennett et Marc Miller espèrent être invités à rencontrer les chefs héréditaires à Tyendinaga ou à Kahnawake. Ils attendent une invitation.

À la sortie du conseil des ministres convoqué par le premier ministre Trudeau, M. Miller a affirmé qu’il préconisait une résolution pacifique tout en reconnaissant qu’il ne pouvait pas dire quoi faire à la SQ. Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, reste prudent et ne compte pas s’en mêler pour l’instant.

Pendant ce temps, François Legault s’impatiente. « M. Trudeau nous a dit qu’il avait un plan, on voudrait savoir : c’est quoi ce plan-là, a-t-il demandé. Et on voudrait connaître l’échéancier. Parce qu’à chaque jour qui passe, il y a des centaines de millions de pertes pour l’économie canadienne. »

Le premier ministre du Québec a ajouté qu’il y avait « beaucoup de premiers ministres des autres provinces qui étaient d’accord avec [son idée d’imposer] un échéancier » aux manifestants. « Éventuellement, si l’échéancier n’est pas respecté, qu’on fasse intervenir la police. Ce n’était pas unanime. Par contre, c’était unanime d’avoir une rencontre avec M. Trudeau », a-t-il déclaré.

Quelques heures plus tard, le premier ministre ontarien, Doug Ford, a publié un communiqué dans lequel il écrit que la Police provinciale de l’Ontario est la mieux placée pour « s’assurer que les manifestations demeurent pacifiques et que les deux parties conviennent d’une solution négociée ».

« Le gouvernement de l’Ontario croit à la règle de droit, mais il est impératif que les élus ne dirigent pas les décisions opérationnelles des forces policières », a-t-il insisté.

Les députés de l’Assemblée nationale ont tenu un débat d’urgence jeudi midi sur les conséquences du blocage des voies ferrées au Québec, à la demande du Parti libéral du Québec et du Parti québécois.

Les libéraux ont demandé que le gouvernement crée une cellule de crise pour aider les entreprises touchées à éviter les mises à pied, leur offrir une aide financière immédiate et éviter une pénurie de gaz propane.

 

Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué qu'une cellule de crise a déjà été mise en place et suit la situation toutes les heures, mais que le gouvernement ne contrôlait pas la situation qui relève plutôt du gouvernement fédéral. La réserve de propane disponible pour garder les animaux d'élevage au chaud sur les fermes est d'environ six jours. « Un certain rationnement » est déjà effectué par les propaniers, a-t-il signalé. Les boulangeries pourraient également se retrouver dans une situation critique vendredi puisque leur accès au blé et autres céréales est compromis.

Le chef parlementaire du Parti québécois a condamné le blocage des voies ferrées et invité les manifestants à « les libérer sans tarder ». Il a également appelé le premier ministre Trudeau à agir.

La coporte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a plaidé pour une solution négociée et pacifique qui tient compte des préoccupations des Autochtones de Wet’suwet’en.
 

Avec La Presse canadienne

Avec Alexandre Shields