Un rapport sur les pesticides plus costaud

Le gouvernement caquiste avait accepté, en mars, de tenir une commission parlementaire pour examiner l’effet des pesticides sur la santé et l’environnement dans la foulée du congédiement de l’agronome Louis Robert.
Photo: Geoff Robins La Presse canadienne Le gouvernement caquiste avait accepté, en mars, de tenir une commission parlementaire pour examiner l’effet des pesticides sur la santé et l’environnement dans la foulée du congédiement de l’agronome Louis Robert.

La commission sur les pesticides a fini par atterrir en douceur malgré les turbulences, selon le député péquiste Sylvain Roy qui avait été le premier à réclamer cet exercice. Le nombre de recommandations a quadruplé, passant de 8 à 32. Le document a été adopté à l’unanimité par les membres de la commission parlementaire lors d’une réunion mardi. Il demeure confidentiel jusqu’à son dépôt au Salon bleu mercredi.

« Il y a des éléments qui manquent, mais globalement, ça fait la job, a affirmé le député de Bonaventure en point de presse. Cela étant dit, on peut bien avoir 32 recommandations, on pourrait en avoir 52, 150, ça prend de l’argent et ça prend une volonté gouvernementale d’effectuer la transition agroenvironnementale. »

Il s’attend à ce que des sommes y soient allouées dans le prochain budget caquiste le 10 mars, notamment pour financer les centres de recherche. Il a critiqué au passage la sortie publique il y a environ deux semaines de la députée libérale Marie Montpetit et de la députée solidaire Émilise Lessard-Therrien qui avaient qualifié la commission d’échec. Les deux députées avaient alors émis 50 recommandations et n’écartaient pas de produire un rapport dissident. Elles se sont depuis ravisées.

« On a vu que ça a fait bouger les choses dans la bonne direction, a déclaré Mme Montpetit. C’est un demi-pas qui a été accompli, c’est une demi-victoire, mais il reste encore beaucoup de travail à faire. »

Rôle de l’industrie

« S’il y a des gens qui étaient inquiets pour l’indépendance de la science, soyez assurés qu’on en a tout à fait tenu compte dans les recommandations », a indiqué le député caquiste Richard Campeau à l’issue de la réunion des membres de la commission.

Le fait que l’Ordre des agronomes ait annoncé la semaine dernière qu’il resserrait son code de déontologie y est pour quelque chose. L’organisme a rendu public un rapport sur l’indépendance professionnelle qui compte 17 recommandations, dont celle de proscrire toute « rémunération à la commission, ristourne, concours de vente » pour les agronomes. Le rôle des agronomes, à la fois prescripteurs et vendeurs de pesticides, avait été soulevé lors de la commission.

Les députées Montpetit et Lessard-Therrien s’inquiétaient du fait que la première ébauche du rapport ne remettait pas en question le rôle de l’industrie des pesticides dans la recherche sur ces produits. Or, c’était cette question qui avait mené à la mise sur pied de cette vaste consultation.

Le gouvernement caquiste avait accepté, en mars, de tenir une commission parlementaire pour examiner l’effet des pesticides sur la santé et l’environnement dans la foulée du congédiement de l’agronome Louis Robert.

Ce dernier avait dénoncé l’ingérence de cette industrie dans la recherche en agriculture en transmettant une note interne du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) au Devoir et à Radio-Canada.

Les députés caquistes avaient refusé d’inclure cette question dans le mandat de la commission, mais elle avait tout de même été soulevée durant les auditions.

« Nous, on aurait souhaité que la recommandation sur la formation continue obligatoire sur la manipulation, l’utilisation des pesticides soit incluse dans la formation continue des agronomes, a déploré Mme Lessard-Therrien. Ça aussi, c’est une mesure qui n’a pas été retenue. » Les répercussions de ces produits sur la santé n’en font pas partie non plus.

« Je pense que c’est un rapport qui va satisfaire la majorité des gens, a affirmé M. Campeau. Quand il y a 80 mémoires qui sont présentés, il est évident qu’il y aura quelqu’un qui ne sera pas satisfait à 100 %. » Il s’attend à ce que le MAPAQ et le ministère de l’Environnement prennent acte des recommandations.

Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, en inclura-t-il dans son plan pour l’agriculture durable ? « Bien certainement, a-t-il répondu au Devoir en mêlée de presse. Je vais inclure beaucoup de choses qui ont été suggérées par bien des gens depuis des mois au Québec quant à ce qu’on devrait mettre en place pour une utilisation judicieuse des pesticides. »

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 février 2020 10 h 45

    Pour la mise sous tutelle de l’Ordre des agronomes

    À l’exclusion des agronomes employés de l’État (environ le dixième des effectifs), cette profession est pourrie à l’os.

    Adopté par l’Assemblée nationale, le Code de déontologie des agronomes interdit à l’article 31 tout avantage, ristourne ou commission relatifs à l’exercice de sa profession.

    Pourtant, la majorité des agronomes qui conseillent les agriculteurs sur l’utilisation des pesticides sont des salariés des entreprises qui vendent ces produits.

    Inversement, la majorité des agriculteurs qui se font prescrire ces produits reçoivent leurs ordonnances d’agronomes payés par l’industrie agro-chimique.

    Environ 80% des entreprises qui emploient des agronomes leur versent un salaire. Mais elles leur versent également des commissions associées à la vente de pesticides ou de défoliants.

    Par exemple, si l’agronome vend suffisamment de poches de graines de maïs enrobées d’un pesticide, il gagne un voyage dans le Sud, toutes dépenses payées.

    Dans quelques cas, l’agronome est payé exclusivement à commission : pas de vente de pesticides, pas de salaire. Selon l’Ordre des agronomes, il ne s’agit-là que d’une apparence de conflit d’intérêts.

    Bref, toute politique visant à diminuer le recours aux pesticides échouera tant qu’on n’aura pas mis en tutelle l’Orde des agronomes du Québec.