Guy Nantel entre en scène

L’humoriste Guy Nantel est d’abord devenu membre du Parti québécois juste avant de confirmer qu’il souhaite diriger le parti.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’humoriste Guy Nantel est d’abord devenu membre du Parti québécois juste avant de confirmer qu’il souhaite diriger le parti.

L’humoriste Guy Nantel estime qu’un Québec souverain pourrait demeurer dans un partenariat avec le Canada. Celui qui a pour idole politique René Lévesque — le fondateur du Mouvement souveraineté-association devenu ensuite le premier chef du Parti québécois (PQ) — a officialisé sa candidature jeudi pour diriger à son tour la formation politique indépendantiste.

M. Nantel préconise un référendum dans la première moitié d’un mandat péquiste, mais dit vouloir « éviter tous les sujets » qui rebuteraient les gens par rapport à la tenue d’un vote sur l’avenir du Québec comme un débat sur une éventuelle monnaie québécoise. « Je trouve que ce sont des barrières inutiles », a-t-il affirmé lorsque Le Devoir lui a demandé ce qu’il pensait de la proposition de l’aile jeunesse du parti qui débattra lors de son congrès en mars de la possibilité pour un Québec indépendant d’avoir son propre dollar.

« Il y a des choses qui peuvent être faites éventuellement même plusieurs années après qu’un Québec est souverain, mais moi de toute façon je proposerais une souveraineté-association avec le reste du Canada et il y aurait des choses qui pourraient être faites en commun comme une vraie confédération comme l’Union européenne, donc la monnaie pourrait être une monnaie commune… je ne sais pas, les chemins de fer, on peut discuter de plein d’autres choses comme ça », a-t-il ajouté.

Bien connu du grand public, M. Nantel est prêt à mettre sa carrière d’humoriste en veilleuse s’il l’emporte. Il a annoncé ses intentions à la permanence du parti à Montréal, après s’être procuré sa carte de membre et avoir déposé sa lettre d’intention pour sa candidature. « Je pense que le Parti québécois a besoin d’être restructuré, d’être assumé et d’être décomplexé. Il a besoin d’être uni également », a-t-il expliqué aux journalistes en mêlée de presse. Le choix de l’endroit a étonné certains militants qui ne le considèrent pas encore comme l’un des leurs.
 

S’il reconnaît manquer d’expérience en politique, Guy Nantel croit qu’il pourra y remédier. « Je ne suis pas néophyte dans la mesure où ça fait 32 ans que je fais de l’humour social et politique, a-t-il rappelé. J’ai une capacité de communiquer avec le monde et je sais vulgariser. Je crois que cela a aussi une valeur en politique. »
 

M. Nantel, 51 ans, rejette l’attentisme comme il l’a écrit dans son livre Je me souviens… de rien publié en 2017 et estime qu’il aurait environ deux ans s’il devient chef du PQ pour construire un projet national avant la prochaine élection, puisqu’il n'a pas de siège de député à l’Assemblée nationale. « Les conditions gagnantes, on ne les attend pas, on les fait », a-t-il déclaré. Il éviterait donc les grandes réformes, comme celle d’offrir la gratuité scolaire, jusqu’à ce que le Québec devienne indépendant.

Au cours de sa campagne pour la course à la direction, iI entend mettre la pérennité de la langue française au coeur de ses préoccupations. Il compte aussi prôner des valeurs telles que l’égalité hommes-femmes, la séparation entre le religieux et l’État, l’intégration des personnes issues des communautés culturelles et la protection de l’environnement.

Certains observateurs de la scène politique craignent un scénario similaire au passage de Martine Ouellet comme cheffe du Bloc québécois qui avait mené à la pire crise de l’histoire du parti. Mme Ouellet, qui prônait la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes, s’était heurtée à des députés qui préconisaient plutôt la défense des intérêts du Québec. « On n’est pas la même personne, on n’a pas le même tempérament », a-t-il répondu en entrevue au Devoir en précisant que s’il était élu chef, ce serait parce que les gens veulent prioriser la souveraineté.

L’approche pressée de Guy Nantel est la meilleure façon pour le PQ « d’aller dans le mur », selon l’historien Frédéric Bastien, l’un de ses opposants dans la course à la direction.
 

« C’est comme ce qu’André Boisclair proposait en 2007, a-t-il rappelé. On allait faire un référendum dans un premier mandat. Donc, il n’y aura pas de référendum dans la première moitié du premier mandat parce qu’il n’y aura pas de premier mandat, comme André Boisclair qui avait fini dans la deuxième opposition. »
 

M. Bastien préconise d’abord la tenue de négociations constitutionnelles avec Ottawa après l’adoption d’une motion par l’Assemblée nationale dans un premier mandat. Il est le seul candidat de la course à reporter un référendum à un deuxième mandat. Les deux autres aspirants à la succession de Jean-François Lisée, soit l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et le député Sylvain Gaudreault, sont en faveur de la tenue d’un référendum dans un premier mandat majoritaire. Tous deux ont bien accueilli la candidature de M. Nantel jeudi, tout en évitant de se prononcer sur ses idées.
 

Joint par Le Devoir, M. Lisée s’est dit « très content de la tournure » que prend la course, lui qui avait mené le PQ en octobre 2018 à la pire défaite de son histoire. « C’est une preuve de vitalité du parti qui est toujours sous-estimé », a-t-il signalé.
 

Même son de cloche au sein de l’aile parlementaire péquiste où un député a fait remarquer au Devoir que la course péquiste se démarquait par rapport à celles du Parti libéral du Québec et du Parti conservateur du Canada. Pour l’instant, Guy Nantel ne compte aucun appui au sein des élus péquistes et il ne les avait pas encore rencontrés.
 

Le nom du prochain chef du PQ sera connu le 19 juin. L’humoriste a indiqué que son spectacle à l’horaire ce jour-là sera reporté ou annulé pour lui permettre d’assister au dévoilement des résultats. Reste à voir s’il se rendra jusqu’au bout puisqu’il a déjà indiqué qu’il pourrait se rallier à un autre candidat. Le plus important pour lui c’est que le « parti et le mouvement souverainiste prennent de l’ampleur ». D’ailleurs, il n’hésitera pas à inciter ses admirateurs à devenir membres ou sympathisants du PQ durant la course.