Le plan d’action manque d’ambition, selon certains

Le gouvernement confie la gestion du système de recyclage aux entreprises qui produisent des contenants et emballages.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le gouvernement confie la gestion du système de recyclage aux entreprises qui produisent des contenants et emballages.

Québec fixe à 75 % l’objectif de recyclage du carton, du verre, du plastique et du métal pour 2023 et mise sur une refonte majeure du système de collecte sélective pour y parvenir. Le plan d’action 2019-2024 de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, qui a été publié mardi, prévoit des investissements de plus de 100 millions de dollars.

Le plan d’action a été rendu public en marge du dévoilement, mardi, de la réforme qui accorde aux entreprises privées la responsabilité du recyclage. Ce plan établit des cibles dans différentes sphères de la gestion des déchets pour les quatre prochaines années.

En matière de recyclage, il prévoit notamment que 85 % des matières reçues par les centres de tri devront être expédiées à des conditionneurs ou des recycleurs. Québec compte aussi réduire de 25 % la quantité de produits à usage unique en 2024 et fixe à 15 % la part de produits recyclés que devront contenir les emballages de plastique.

Au chapitre des matières organiques, Québec vise un taux de valorisation de 60 % pour 2023. Dans quatre ans, 100 % des municipalités devront avoir implanté la collecte de ces matières, précise-t-on.

Québec souhaite aussi réduire à 525 kg par habitant la quantité de matières éliminées.

Le plan, qui compte 22 actions et prévoit des investissements de 106,5 millions, est une mise à jour du précédent qui couvrait les années 2011 à 2015. « On attendait ce plan depuis longtemps. On avait des attentes un peu plus élevées », souligne Karel Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, qui ne cache pas sa déception. « En ce qui concerne les matières organiques, ce sont les mêmes objectifs qu’il y a dix ans. Pour le recyclage, c’est une hausse de 5 % par rapport aux objectifs de 2015. »

Selon lui, ce plan aurait dû être plus ambitieux et contenir davantage de mesures concrètes, notamment en ce qui a trait à la traçabilité des matières engagées dans la chaîne de recyclage.

 

Réforme en profondeur

En matinée, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a dévoilé la stratégie gouvernementale visant à améliorer la performance des centres de tri. De grands pans de cette réforme étaient déjà connus.

Québec confiera ainsi la gestion du système de recyclage aux entreprises qui produisent des contenants et emballages. Celles-ci seront alors responsables du cycle de vie de leurs produits, du début à la fin. Les entreprises devront atteindre les objectifs fixés par le gouvernement, faute de quoi des pénalités leur seront imposées.

Ce sont les entreprises qui ont demandé d’assumer davantage de responsabilités dans ce domaine, a soutenu le ministre Charette. « C’est 160 millions par année que les entreprises investissaient dans le système. Elles finançaient le système, mais leur rôle s’arrêtait là », a-t-il souligné.

 

En d’autres mots, les entreprises qui mettent des emballages et des contenants sur le marché seront dès lors responsables de matières qui sont distribuées aux consommateurs. « Ce qui change, c’est la responsabilité des entreprises », explique Marie-Claude Tremblay, conseillère en affaires publiques à Éco Entreprises Québec (EEQ), l’organisme qui représente les entreprises. « Ultimement, ça devrait donner une meilleure qualité et une meilleure traçabilité des matières et ce sera plus facile pour les centres de tri de traiter ces matières et de trouver des débouchés », indique-t-elle. Cette réforme sera de nature à regagner la confiance des citoyens qui ont pu voir leur foi dans le recyclage ébranlée par les événements des derniers mois.

Sa collègue Geneviève Dionne, directrice, Écoconception et économie circulaire, à EEQ, explique que la réforme sera l’occasion de faire le ménage dans les matières contenues dans les emballages de manière à instaurer une uniformité dans les plastiques utilisés et à faciliter du même coup leur recyclage. À titre d’exemple, l’industrie pourrait déterminer que toutes les entreprises utilisent le même type de résine pour les bouteilles de shampoing, qui pourraient être sans pigment et avec des étiquettes du même type.

Des règles à préciser

Karel Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, accueille favorablement la réforme proposée, même s’il aurait préféré un échéancier plus serré. Selon lui, les groupes environnementaux devront suivre de près la transformation du système.

Annick Van Campenhout, vice-présidente du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, estime que beaucoup de questions demeurent en suspens quant à l’application des nouvelles règles. L’industrie alimentaire est disposée à participer à la réforme du gouvernement et est favorable à la réduction de l’emballage, mais la prudence est de mise, dit-elle. « Il y a quelque chose dans l’alimentaire qui est majeur, c’est la salubrité des aliments, rappelle-t-elle. L’emballage est un mal nécessaire. »

Les élus solidaires et péquistes ont accueilli favorablement la réforme du système de collecte sélective annoncée par M. Charette.

Même si elle s’« inquiète énormément » de voir Recyc-Québec en être responsable, la députée solidaire Ruba Ghazal trouve que « c’est une bonne chose ». « Mais je ne comprends pas pourquoi on attend jusqu’en 2025 pour finir la réforme. Ç’a pris une nuit pour abolir les commissions scolaires, mais quand il s’agit de l’environnement, on attend aux calendes grecques », a-t-elle ajouté.

M. Charette a fait un « pas important » en consacrant le « principe de la responsabilité élargie » des entreprises dans la récupération et le recyclage des contenants et emballages qu’elles mettent sur le marché, a affirmé le député péquiste Sylvain Gaudreault. Toutefois, « il faut aller beaucoup plus loin que ça », a-t-il ajouté. Il demande au ministre de déposer un projet de loi-cadre sur l’économie circulaire ainsi qu’une stratégie de réduction à la source des matières.

Avec La Presse canadienne