Pesticides: libéraux et solidaires unis contre la tiédeur caquiste

La commission parlementaire sur les pesticides s’est tenue dans la foulée du congédiement du lanceur d’alerte Louis Robert.
Photo: Jean-François Monier Agence France-Presse La commission parlementaire sur les pesticides s’est tenue dans la foulée du congédiement du lanceur d’alerte Louis Robert.

L’industrie des pesticides a toujours un rôle à jouer dans la recherche en agriculture, selon l’ébauche du rapport de la commission sur les pesticides présenté à un comité restreint de députés jeudi. Le Devoir a obtenu la moitié des huit recommandations soumises par les députés caquistes.

« C’est un échec », a déploré la députée libérale Marie Montpetit à sa sortie de la réunion. La Coalition avenir Québec (CAQ) avait accepté, en mars, de tenir une commission parlementaire pour examiner l’impact des pesticides sur la santé et l’environnement dans la foulée du congédiement de l’agronome Louis Robert. Ce dernier avait dénoncé l’ingérence de cette industrie dans la recherche en agriculture en transmettant une note interne du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) au Devoir et à Radio-Canada. Les députés caquistes avaient refusé d’inclure cette question dans le mandat de la commission, mais elle avait tout de même été soulevée durant les auditions.

La recommandation sur l’indépendance des chercheurs suggère que « le gouvernement s’assure de la complémentarité entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, de manière à ce que l’industrie puisse être impliquée dans la recherche appliquée tout en pouvant profiter des résultats scientifiques de la recherche fondamentale ».

« Ce sont vraiment des coquilles vides, c’est gênant », a réagi la députée solidaire Émilise Lessard-Therrien. « Ce qui a été écrit là aurait pu être écrit avant même le début des consultations en septembre dernier. »

L’ébauche du rapport propose également au ministère de l’Environnement d’évaluer « les moyens devant être mis en place pour dresser un portrait plus fiable de la situation québécoise des pesticides ». Il revient au MAPAQ de mieux « conseiller les producteurs et travailleurs agricoles sur la prévention des risques pour la santé » liés à l’usage de ces produits, puis au gouvernement de mieux encadrer la publicité sur les pesticides et de faire un rappel aux municipalités et aux MRC pour « faire respecter l’application des bandes riveraines » et d’intervenir « activement » au besoin « pour réduire la migration des pesticides dans les eaux ».

« Est-ce qu’on a fait tout ça pour rien, a demandé Mme Lessard-Therrien. La question se pose. Est-ce que ça sert encore à quelque chose, les commissions parlementaires ? » La commission avait recueilli près de 700 recommandations et entendu une trentaine d’intervenants des milieux agricole, environnemental, de la recherche et de la santé. Elle s’était également déplacée dans des fermes et en Europe.

Insatisfaites du résultat, la députée solidaire et sa collègue libérale ont diffusé leurs propres recommandations — 50 en tout — divisées en cinq axes, soit l’indépendance de la recherche et des services conseils aux agriculteurs, la protection de leur santé et de celle des travailleurs agricoles, la préservation de l’environnement et de la biodiversité et le soutien à fournir aux agriculteurs pour les aider à changer leurs pratiques. « Ce qui est vraiment très malheureux, c’est qu’une des recommandations qu’on souhaitait voir adoptée — et qui à mon avis est la plus importante —, c’est que le mandat d’initiative se poursuive et qu’il y ait un suivi qui soit fait par les membres de la commission », a regretté Mme Montpetit. Elles tenaient à ce que les treize élus qui y siègent rencontrent des fonctionnaires des ministères de l’Environnement et de l’Agriculture 18 mois après le dépôt du rapport pour mesurer sa mise en oeuvre.

« Dans ce dossier-là, le gouvernement va toujours avoir tendance à pécher par réticence et nous, les oppositions, on va toujours avoir tendance à pêcher par excès, a constaté le député péquiste, Sylvain Roy, le premier à réclamer la tenue de cette commission. On va essayer d’arriver à une posture d’équilibre. Moi, j’ai encore confiance, mais une chose est sûre, maintenant on a des recommandations. »

Que le rapport soit étoffé ou non, le ministre André Lamontagne promet que les témoignages entendus à la commission ne tomberont pas dans l’oubli. « Ça fait déjà des mois que je travaille sur un plan pour l’agriculture durable que je vais présenter d’ici l’été […], a-t-il indiqué. Je peux vous dire qu’il y a une part importante de ce qu’on a pu entendre qui va se retrouver dans ce plan-là. »

Le Devoir révélait en décembre que le président de la commission, le député caquiste Mathieu Lemay, préconisait un rapport sans recommandations pour éviter un débat de deux heures à l’Assemblée nationale. Mmes Montpetit et Lessard-Therrien craignaient ainsi que la commission sur les pesticides n’accouche d’une souris comme celle sur le vol de données chez Desjardins, dont le rapport ne contenait que des observations.ciations avec les trois partis d’opposition.

3 commentaires
  • Robert Taillon - Abonné 7 février 2020 07 h 09

    Tout pour les industriels des pesticides

    Le gouvernement tend encore une fois, malgré les sérieuses recommandations des spécialistes de faire à sa tête et de continuer à laisser entre les mains des producteurs de pesticides les recherches. Ont ils les capacités de comprendre de ce qui est en jeu ? La santé et la sécurité de la population est elle si peu importante pour eux ? Ou auraient ils des placements dans ces compagnies pour vouloir tant les laisser engranger des profits, ce sans respecter le bon sens et les spécialistes ? Sont ils finalement aptes à siéger à la direction du Québec ?

  • Robert Morin - Abonné 7 février 2020 07 h 11

    Les lobbies...

    ...semblent encore une fois avoir réussi leur travail souterrain de sape, cette fois-ci en sabotant les résultats de la commission parlementaire. Vraiment révoltant!

  • Jean Jacques Roy - Abonné 7 février 2020 09 h 59

    « La question se pose. Est-ce que ça sert encore à quelque chose, les commissions parlementaires ? »

    La question des pesticides est sérieuse, mettant en cause la santé de la population. Il est impératif que les autorités gouvernamentales interviennent en tenant compte des recherches scientifiques pour légiférer et assurer les suivis.
    Or, si on se base sur ce reportage, le gouvernement Legault démontre son incapacité d’écouter les recommandations basées sur des « EXPERTISES » indépendantes de l’industrie.

    Cette attitude récurrente de la CAQ devient inquiètante. Aujourd’hui on parle des dangers des pesticides pour l’environnement et la santé. Demain, on parlera des pipelines et gazoduc... et des effets sur l’environnement et l’effet de serre! Et après-demain, d’un plan pour s’arrimer à la lutte pour sauver la planète et l’avenir de notre espèce!