L’opposition dénonce la dérive autoritaire de la CAQ

La présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon a participé à une manifestation, aux côtés de syndiqués du milieu scolaire, pour dénoncer l’adoption sous bâillon du projet de loi 40.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon a participé à une manifestation, aux côtés de syndiqués du milieu scolaire, pour dénoncer l’adoption sous bâillon du projet de loi 40.

François Legault se comporte davantage comme un « boss des bécosses » que comme un « chef d’État » en forçant l’adoption d’un quatrième projet de loi sous le bâillon en huit mois, a déploré la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, jeudi.

À l’instar des autres partis d’opposition, QS a vigoureusement dénoncé la décision du gouvernement caquiste de faire adopter à toute vapeur le projet de loi visant notamment à abolir les élections scolaires d’ici la fin de la semaine.

Depuis son arrivée aux commandes de l’État, M. Legault a autorisé le recours au bâillon pour mettre un terme au débat parlementaire au sujet du projet de loi sur l’immigration (9), du projet de loi sur la laïcité de l’État (21) et du projet de loi sur la fixation des tarifs d’Hydro-Québec (34).

Le gouvernement a décidé de couper court au débat sur le projet de loi 40, qui compte pas moins de 300 articles, après 60 heures d’étude. « J’ignorais que la démocratie se calculait au chronomètre. Ce gouvernement semble considérer le pouvoir législatif comme une nuisance », a déclaré la députée péquiste Véronique Hivon durant la période des questions. « Si le temps du ministre est tellement précieux, pourquoi a-t-il fait le choix de pondre un projet de loi de plus de 300 articles ? » a-t-elle demandé. La tension était à couper au couteau dans le Salon bleu du Parlement.

L’emploi de la procédure parlementaire d’exception visant à limiter le temps consacré au débat pour la quatrième fois en moins de huit mois constitue un « précédent dans l’ère moderne de notre parlementarisme », a dénoncé le leader parlementaire de l’opposition officielle, Marc Tanguay.

Le recours au bâillon est un exemple parmi d’autres de la dérive autoritaire du gouvernement caquiste, selon sa consoeur Marie Montpetit. « On a un gouvernement qui est omnipuissant, qui est en train d’abolir la plupart des structures, des contre-pouvoirs, des avis d’experts. Moi, je trouve ça très dangereux quand on pense qu’on a la vérité infuse, comme gouvernement », a-t-elle déclaré. À ses yeux, « un certain autoritarisme » s’installe du côté de la CAQ.

L’élue libérale, qui siège à la commission parlementaire examinant les répercussions des pesticides sur la santé publique et l’environnement, se plaint d’un « manque de volonté d’entendre les partis d’opposition, de travailler en collégialité » de la part de la CAQ. « Aussi, il y a une arrogance qui s’installe non seulement chez le premier ministre, mais [aussi] chez ses ministres », a poursuivi la députée de Maurice-Richard.

Le chef du gouvernement a balayé du revers de la main les critiques des partis politiques d’opposition. « L’arrogance vient des partis d’opposition. Ils savent très bien qu’on est un gouvernement majoritaire. Passer des jours à répéter les mêmes arguments, à un moment donné, il faut une certaine efficacité », a lancé M. Legault. Il a avisé la presse parlementaire qu’il ne prendra pas part au vote final sur le projet de loi 40, qui sonnera le glas des élections scolaires dans le réseau d’éducation francophone et ordonnera la métamorphose des commissions scolaires en centres de services, puisqu’il ira à la rencontre d’élus canadiens et américains à Washington.

La Fédération des commissions scolaires (FCSQ) a, quant à elle, déjà averti jeudi le gouvernement caquiste qu’elle contestera la future loi 40 devant les tribunaux. Le débat se transportera vraisemblablement devant les tribunaux.