Legault défend un investissement dans une entreprise de dirigeables

Le projet de ballons dirigeables est destiné au transport de bois ou de pièces de pylônes ou d’éoliennes.
Photo: Flying Whales Le projet de ballons dirigeables est destiné au transport de bois ou de pièces de pylônes ou d’éoliennes.

Le premier ministre, François Legault, accuse non seulement les élus d’opposition de freiner ses ambitions pour le Québec, mais également des journalistes.

Il a reproché mardi à la presse de « ridiculiser » l’investissement de son gouvernement dans une entreprise de dirigeables, tandis que son ministre Jean-François Roberge a protesté contre « l’obstruction » des partis d’opposition vis-à-vis de son projet de loi sur les commissions scolaires.

Le chef du gouvernement n’a pas trouvé drôle de voir à la une du Journal de Montréal, coiffé du titre « Méchante balloune », un des projets de dirigeables dans lesquels Investissement Québec a injecté 30 millions.

« Si, chaque fois qu’un projet est trop risqué, on le ridiculise et on ne prend pas de risque, la société va arrêter d’avancer », a-t-il mis en garde lors de son retour à l’Assemblée nationale.

M. Legault a reproché à des journalistes de parler du programme des baleines volantes « comme si c’était une farce ». « Je trouve cela un peu spécial que des journalistes aient déjà conclu que ce n’est pas une bonne idée », a-t-il déclaré.

À ses yeux, le projet de ballons dirigeables voués au transport de bois ou de pièces de pylônes ou d’éoliennes est « brillant », « très innovateur » et constitue « un beau risque ».

M. Legault a invité les journalistes dubitatifs à aller se « promener à San Francisco et dans la Silicon Valley », où des projets « qui ont l’air bien drôles » ont rapporté « des centaines de millions ».

Les doutes exprimés sur l’investissement dans Flying Whales ne sont pas étrangers à l’absence d’une « longue tradition en affaires [des Québécois], en particulier les Canadiens français ».

M. Legault a aussi montré des signes d’exaspération par rapport aux critiques sur le projet de 3e lien routier entre Lévis et le centre-ville de Québec, qui inclut une voie réservée au transport collectif. « Encore là, c’est innovant. J’espère que les gens vont faire preuve d’ouverture », a-t-il lancé avant de filer vers le Salon bleu.

Si, chaque fois qu’un projet est trop risqué, on le ridiculise et on ne prend pas de risque, la société va arrêter d’avancer

Affrontement sur le projet de loi 40

L’opposition officielle a demandé à la présidence de l’Assemblée nationale d’intervenir afin que « le pouvoir exécutif » cesse « d’entacher le rôle de l’opposition » au moyen de « propos erronés [qui] dévalorisent le rôle du législatif ».

Au coeur de cette situation « inacceptable » selon elle : la menace de bâillon brandie par Jean-François Roberge la semaine dernière, sous prétexte que l’étude de son projet de loi sur les élections et les commissions scolaires allait passer le cap des « 100 heures de travaux en commission parlementaire ».

Le décompte est plutôt à 58 h 21, ont souligné les oppositions — qui, contrairement au ministre, ne calculent pas les heures passées en auditions publiques.

Dans ce projet de loi de 300 articles, « pas moins de 100 amendements proviennent du ministre lui-même », a souligné la députée péquiste Véronique Hivon. « Le ministre Roberge bulldoze plus que le ministre Barrette. C’est pas des farces », a-t-elle lancé.

M. Roberge a déposé mardi 167 pages d’amendements — pour la plupart mineurs — qu’il souhaite apporter à son projet de loi. Il a notamment abandonné sa volonté de changer la composition des conseils d’établissement des écoles.

Quand il a brandi la menace du bâillon vendredi, le ministre a déclaré que « tous les arguments ont été dits », a rappelé l’élue libérale Marwah Rizqy. « Si tous les arguments ont été dits, comment se fait-il que ce matin, nous avons reçu plus de 82 amendements ? », a-t-elle demandé.

« Je dépose des amendements, on me reproche d’être à l’écoute », a répliqué M. Roberge. « Si je ne les dépose pas, ils nous disent qu’on est bulldozer. Toutes les raisons sont bonnes pour faire de l’obstruction », a-t-il lâché.