Les messages haineux sur sa page Facebook sont «inacceptables», dit Legault

Le premier ministre François Legault a discuté avec le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, mercredi, à l’occasion de la commémoration de l’attentat de la Grande Mosquée de Québec survenue en 2017.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault a discuté avec le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, mercredi, à l’occasion de la commémoration de l’attentat de la Grande Mosquée de Québec survenue en 2017.

Le premier ministre François Legault a vivement dénoncé, vendredi, des commentaires « haineux » et « intolérants » publiés sur sa propre page Facebook. Du même souffle, il a invité les journalistes à ne « pas dramatiser » la situation. « Un [message haineux], c’est un de trop. Mais, il ne faut pas non plus généraliser », a-t-il répété.

Aucun signalement n’a cependant été fait à la police puisqu’aucun de ces messages n’incite à la violence ou à la haine. Ils ne constituent donc pas une infraction au Code criminel.

M. Legault a toutefois raconté avoir lui-même effacé des messages « inacceptables et terribles » publiés sur sa page Facebook mercredi soir après qu’il eut pris part à la commémoration de l’attentat à la mosquée de Québec. Il a demandé à sa garde rapprochée de poursuivre le travail avant de se mettre au lit.

« Il y a quelques personnes qui aiment envoyer ces messages haineux, mais je ne pense pas qu’ils représentent le peuple québécois. […] Je continue de dire que les Québécois ne sont pas racistes ou islamophobes », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Paraissant ébranlé, le premier ministre a ajouté que c’était la première fois qu’il en voyait autant.

Des commentaires tels que « Je leur pisse au visage » ou « J’ai ben plus de peine pour les six motoneigistes que ces osties de bâtards là » ont été repérés par La Presse. Mais dans la journée de vendredi, d’autres commentaires se sont ajoutés et n’ont pas été effacés, a constaté Le Devoir.

« Ben là. Du léchage de cul de musulmans », « attendez qu’ils augmente [sic] leurs populations [sic] la pauvre race de martyre [sic] ».

Les auteurs de certains de ces commentaires affichaient sur leur profil Facebook le logo de la patte de chien du groupe La Meute, que plusieurs associent à l’extrême droite identitaire.

Toujours sur la page Facebook du premier ministre, beaucoup de commentaires déplorent que les six Québécois tués dans une attaque djihadiste au Burkina Faso ne reçoivent pas autant d’égards.

Haine quotidienne

« Quelque part, je suis heureuse que ces gens-là se soient exprimés sur la page du premier ministre, car il l’a maintenant sous le nez et c’est à lui d’agir », a dit Samira Laouni, présidente de l’organisme Communication pour l’ouverture et le rapprochement culturel. « Et si je vous disais que ce qu’a reçu M. Legault sur sa page Facebook, c’estce que je vis tous les jours sur la mienne ? »

Elle déplore l’inaction du gouvernement sur cette question et souhaiterait que les incidents haineux, non pas seulement les crimes qui sont recensés par certains corps policiers, fassent l’objet d’une étude sérieuse.

« On est encore à l’étape du déni. Rares sont ceux qui reconnaissent l’islamophobie, mais quand on crache sur un musulman parce qu’il est musulman, c’est de l’islamophobie. »

Je continue de dire que les Québécois ne sont pas racistes ou islamophobes

Myrlande Pierre, vice-présidente à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), partage cette impression d’un gouvernement dans un certain déni d’une réalité.

« Dans un premier temps, […] il faut savoir reconnaître le problème. Il faut savoir le nommer et dire que oui, il existe du racisme au Québec et de l’islamophobie », a-t-elle déclaré.

Se référant aux recommandations d’une importante recherche sur « les actes haineux à caractère xénophobe, voire islamophobe » publiée à l’été 2019 par son organisme, elle répète que le gouvernement québécois doit se doter d’une politique gouvernementale de « lutte contre le racisme et toutes les formes de discrimination, dont les actes haineux, qui en sont une forme grave ».

Elle souhaite aussi la création d’un groupe de travail mêlant experts des réseaux sociaux, ministères concernés et journalistes pour discuter de la question.

Mais François Legault a dit douter de l’utilité d’adopter une politique gouvernementale, préférant travailler avec la police pour « assurer une meilleure vigie des réseaux sociaux ».

Son avis a été contredit par la ministre caquiste de la Justice, Sonia LeBel, qui prétend que son gouvernement élabore actuellement des « moyens d’action » découlant de la recommandation de la CDPDJ.

D’ailleurs, des employés du ministère de la Sécurité publique et de la CDPDJ se sont entretenus avant le congé des Fêtes « pour mettre en place ces recommandations et voir la façon la plus appropriée d’y répondre ».

Invitation à la dénonciation

Sonia LeBel appelle les acteurs de la société civile à dénoncer tout commentaire haineux sur les réseaux sociaux. Ce faisant, ils font oeuvre d’« éducation sociale », a-t-elle affirmé.

« Les gens pensent que puisqu’ils sont derrière un écran, ils sont [exemptés] des règles de vie de base. Ce sont des choses qu’ils ne diraient probablement pas, en tout cas j’ose espérer, face à face aux gens. Moi, j’appelle ça de la lâcheté », a laissé tomber l’élue caquiste.

La ministre de la Justice a rappelé que les enquêteurs analysent « chacune des déclarations prises isolément » avant de décider si leur auteur a contrevenu au Code criminel.

Cela dit, « il y a un phénomène de groupe de cyberviolence » auquel le ministère de la Sécurité publique ne reste pas insensible, a assuré Mme LeBel aux médias. « Ils sont en action. »

La Sûreté du Québec (SQ) indique ne pas avoir constaté de recrudescence de signalements d’actes haineux ces derniers jours. Elle est toutefois au courant de la déferlante haineuse sur la page Facebook du premier ministre.

« On invite les gens qui constatent des infractions criminelles à nous contacter ou à appeler le service de police local », a dit Hugo Fournier, porte-parole de la SQ. Il rappelle que Facebook a, à lui seul, 6000 personnes qui font de la surveillance de propos haineux ou malveillants sur son réseau.

« Nous, on est 5000 dans toute la SQ. Alors de penser que la police peut faire des vigies et tout détecter… On a besoin de la population. »