Les Québécois pourront se prononcer sur l’aide médicale à mourir

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Le Collège des médecins et l’Association des médecins psychiatres s’attendent à ce qu’une poignée de personnes atteintes de maladies mentales puissent obtenir l’aide médicale à mourir après l’élargissement de l’accès exigé par la Cour supérieure.

« Ça va être vraiment marginal », affirme la directrice de l’Association des médecins psychiatres du Québec, Martine Dériger. « Il faut avoir tout essayé. […] On ne donne pas la mort de façon bénigne », lance le secrétaire du Collège des médecins du Québec, Yves Robert.

À première vue, les individus atteints d’une maladie réfractaire, pour lesquels la recherche scientifique n’est d’aucun espoir, pourraient obtenir l’aide médicale à mourir, et ce, dans la mesure où ils satisfont les autres critères définis dans la Loi sur les soins de fin de vie.

Celle-ci stipule qu’une personne majeure et apte à consentir aux soins, atteinte d’une maladie grave et incurable, dont la situation médicale se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités et qui éprouve des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables, ne pouvant être apaisées dans des conditions qu’elle juge tolérables, peut obtenir l’aide médicale à mourir.

Le critère de « fin de vie », qui apparaît actuellement dans la loi, deviendra inopérant à compter du 12 mars prochain, ce qui ouvre conséquemment la porte de l’aide médicale à mourir à des personnes souffrant de maladie mentale.

Mais lesquelles ? « Il peut y avoir des patients qui ont une maladie schizophrénique, qui sont toujours en délire, difficilement contrôlables, qui ont fait quinze tentatives de suicide, qui ont résisté à tous les traitements pharmacologiques, des électrochocs et tout cela. C’est ce qu’on appelle une maladie réfractaire aux traitements. Pour pouvoir considérer que c’est une maladie réfractaire, il faut avoir tout essayé », explique le Dr Robert dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

Je ne me sens absolument pas sous pression pour apporter une réponse à une question éminemment complexe. Parce qu’on ne donne pas la mort de façon bénigne. Ce n’est pas bénin. Il peut y avoir des conséquences médico-légales pour le médecin. Je peux vous garantir 5 sur 5 qu’il y a aucun médecin qui va aller contre le Code criminel.

« Un autre facteur à prendre en considération, c’est la recherche. Il y a des traitements qui existent maintenant qui n’existaient pas il y a 10 ans », poursuit-il. Mais, la réponse du Collège des médecins est provisoire. Il y a d’« autres questions à poser ».

Parmi elles, « au moment où il formule la demande, le patient est-il apte à consentir ? »

Questions complexes

L’ordre professionnel des médecins québécois répondra à ses questions « éminemment complexes » en « temps utile » par le biais d’un nouveau Guide d’exercice sur l’aide médicale à mourir à l’intention de ses membres, indique le Dr Robert.

L’Association des médecins psychiatres du Québec a mis sur pied un comité afin de proposer des pistes de réponse. « On ne peut pas attendre des années », convient Mme Dériger.

Le Collège des médecins ne se fixe pas d’échéancier.

« Ce n’est pas simple. On ne réglera pas ça pour le 12 mars. Et, il n’y a pas d’urgence à le régler pour le 12 mars [soit le moment où le critère de fin de vie deviendra inopérant dans la loi québécoise] », affirme le Dr Robert à l’autre bout du fil.

Sous la pression des partis d’opposition, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a annoncé jeudi la tenue d’une ou de deux journées de consultations publiques, fin février ou début mars, sur l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale.

D’ici là, la Commission sur les soins de fin de vie produira un rapport recensant les préoccupations des usagers du réseau, des organismes concernés, ainsi que des proches aidants, a ajouté Mme McCann.

Contacté par Le Devoir jeudi après-midi, l’organisme « n’avait pas encore reçu le mandat officiel » de la part du ministère de la Santé.

Les coauteurs de la Loi sur les soins de fin de vie, Gaétan Barrette et Véronique Hivon, restent sur leur faim. « Ça ne se règle pas en une journée », a fait valoir Mme Hivon lors d’une mêlée de presse au Parlement.

Ce « grand exercice d’éducation populaire » s’avérera « surtout utile pour les politiciens et la population », selon le Dr Robert.